| 29/06/2026 | 341 vues
EDITORIAL
Sur une chaîne de télévision française en octobre 2015, Macky Sall, alors président de la République depuis 3 ans et demi, prenait l’engagement solennel suivant : « Vous ne verrez jamais au Sénégal pendant ma gouvernance, un journaliste mis en prison pour délit de presse. Les journalistes n’ont aucun risque au Sénégal. Ça, je le dis très clairement et je ne serai pas démenti. »
Sept ans plus tard, précisément le 9 novembre 2022, le journaliste Pape Alé Niang, directeur du site d’informations Dakarmatin.com, est raflé puis jeté en prison pour des… délits de presse. Rattrapé par l’histoire, le Président Macky Sall a bel et bien été démenti par ses propres services. En effet, c’est le procureur de la République, le bras judiciaire tout-puissant du pouvoir politique, qui a fixé les réquisitions ayant précipité l’emprisonnement de notre confrère à la prison de Sébikhotane.
On ne se consolera pas de constater que ce n’est pas la première fois que le Président Sall est pris en flagrant délit de violation de ses propres engagements devant le peuple sénégalais et même devant la Communauté internationale. Mais l’agression du 9-novembre contre la presse sénégalaise qui aboutit à priver de liberté un journaliste dans l’exercice de ses fonctions est autrement plus grave. Il s’agit d’une atteinte délibérée et intolérable aux droits sacrés et inaliénables que la Constitution du Sénégal, la Déclaration universelle des droits de l’homme et des Chartes internationales comme celle de Munich reconnaissent expressément à ceux et celles qui exercent le métier de journaliste. C’est clairement inacceptable !
L’arrestation de Pape Alé Niang en pleine rue alors qu’il vaquait à ses occupations - violence symbolique - et la diligence avec laquelle il a été privé de liberté est une opération politique kamikaze. Son but ultime est, au pire, de neutraliser les plumes et voix encore attirées par le réflexe professionnel de fouiner dans les placards à cafards des détenteurs de responsabilités publiques, au minimum de susciter une épidémie d’autocensures et de renoncements dans les rangs de notre profession. C’est inenvisageable ! Cette tentative d’assignation à résidence du journalisme de qualité entre les geôles de la médiocrité et les souterrains pénitenciers de la révérence est un mépris et une insulte à l’endroit de tous ceux qui ont fait le serment d’informer vrai en toutes circonstances. Dans son ouvrage « La valeur de l’information », Edwy Plenel, directeur co-fondateur de Mediapart, identifie « deux éléments décisifs » qui donnent sens au journalisme : « L'obligation envers la vérité et la loyauté vis-à-vis du public. » Au regard de cela, Pape Alé Niang doit-il rester encore en prison ? NON !
Cette affaire-ci est un véritable tournant porteur d’une jurisprudence fondatrice soit d’un musellement légalisé de la presse sénégalaise, soit d’un environnement de travail où les journalistes continuent de s’épanouir sous le contrôle de leurs pairs et des principes de liberté/responsabilité conformes aux fondamentaux de leur métier. Ce qui se joue ici et maintenant est donc d’une gravité exceptionnelle pour l’avenir de la presse, des journalistes, de la liberté d’information, du droit à l’information pour le public. Avons-nous encore le pouvoir d’informer les Sénégalais en toute liberté ? Avons-nous toujours le pouvoir de choisir, en toute liberté, les orientations d’une mission de service public chevillée à la défense de l’intérêt général ? Avons-nous le pouvoir de refuser les injonctions - aimables ou directrices - qui infiltrent notre profession en la caporalisant au service d’intérêts privés couverts du manteau de la puissance publique ? Les « OUI » à ces questions ne dépendent que de nous, journalistes, et de tous les démembrements du peuple sénégalais attachés aux libertés de presse et d’expression. Les « NON » aussi.
Les soubassements politico-revanchards qui caractérisent ce dossier puent à dix mille lieux. Leur évidence est grotesque et manifeste. Ils sont les préliminaires d’une offensive visant à réduire au silence toutes sortes de contestations de nature à mettre en cause la volonté de puissance qui sous-tend la gouvernance actuelle du Sénégal. Les puissants enjeux politiques qui pointent à l’horizon, en particulier l’élection présidentielle de février 2024, en sont LA RAISON ESSENTIELLE. Les médias encore libres en sont LES CIBLES.
Après avoir fait semblant de dormir, le « Monstre » a dû quitter l’état de somnolence pour reprendre du service. La violence et la détermination avec lesquelles il a fait boucler en quatre jours l’étape d’incarcération de Pape Alé Niang menace fondamentalement la profession de journaliste, mais aussi le droit à l’information des Sénégalais. Du reste, il se satisferait bien que les journalistes sénégalais se transforment en chroniqueurs de chiens écrasés, de ragots de comptoir, de faits divers spectaculaires… loin des problématiques qui structurent l’état réel du pays.
Mais « Le Monstre » doit se convaincre – et définitivement - que les journalistes sénégalais n’acceptent pas d’être les victimes expiatoires des dysfonctionnements de ses pratiques politiciennes. Les hommes et femmes des médias qui ont fait le choix de servir l’intérêt public général n’ont pas vocation à être les otages de concepts fourre-tout dont les finalités servent en fin de compte l’affairisme de groupuscules privés de politiciens publics. C’est rigoureusement impensable !
Pape Alé Niang ne méritait pas un instant de passer une seule nuit en prison. Les motifs inavoués de son embastillement relèvent de l’instrumentalisation flagrante d’une justice au sein de laquelle l’hyper-puissance d’une marionnette enchantée dénommée Parquet a décidé de réduire nos libertés à leur plus petite expression, sur ordre d’un pouvoir politique en stage d’autoritarisme. Ce ne sont pas seulement les journalistes et les activistes qui font les frais de ces dérives liberticides, c’est aussi une certaine idée de la démocratie et de la séparation réelle des pouvoirs qui est en train d’être anéantie.
Avant d’être assassiné par des mercenaires du régime de Blaise Compaoré, le journaliste d’investigation burkinabè Norbert Zongo écrivait en 1993 que « les peuples comme les hommes finissent toujours par payer leurs compromissions politiques : avec des larmes parfois, du sang souvent, mais toujours dans la douleur. »
Pour nous Sénégalais, il est encore temps de réagir !
Libérez Pape Alé Niang !
PAN ! A bas le monstre !
CAP (Coordination des associations de presse)
Sept ans plus tard, précisément le 9 novembre 2022, le journaliste Pape Alé Niang, directeur du site d’informations Dakarmatin.com, est raflé puis jeté en prison pour des… délits de presse. Rattrapé par l’histoire, le Président Macky Sall a bel et bien été démenti par ses propres services. En effet, c’est le procureur de la République, le bras judiciaire tout-puissant du pouvoir politique, qui a fixé les réquisitions ayant précipité l’emprisonnement de notre confrère à la prison de Sébikhotane.
On ne se consolera pas de constater que ce n’est pas la première fois que le Président Sall est pris en flagrant délit de violation de ses propres engagements devant le peuple sénégalais et même devant la Communauté internationale. Mais l’agression du 9-novembre contre la presse sénégalaise qui aboutit à priver de liberté un journaliste dans l’exercice de ses fonctions est autrement plus grave. Il s’agit d’une atteinte délibérée et intolérable aux droits sacrés et inaliénables que la Constitution du Sénégal, la Déclaration universelle des droits de l’homme et des Chartes internationales comme celle de Munich reconnaissent expressément à ceux et celles qui exercent le métier de journaliste. C’est clairement inacceptable !
L’arrestation de Pape Alé Niang en pleine rue alors qu’il vaquait à ses occupations - violence symbolique - et la diligence avec laquelle il a été privé de liberté est une opération politique kamikaze. Son but ultime est, au pire, de neutraliser les plumes et voix encore attirées par le réflexe professionnel de fouiner dans les placards à cafards des détenteurs de responsabilités publiques, au minimum de susciter une épidémie d’autocensures et de renoncements dans les rangs de notre profession. C’est inenvisageable ! Cette tentative d’assignation à résidence du journalisme de qualité entre les geôles de la médiocrité et les souterrains pénitenciers de la révérence est un mépris et une insulte à l’endroit de tous ceux qui ont fait le serment d’informer vrai en toutes circonstances. Dans son ouvrage « La valeur de l’information », Edwy Plenel, directeur co-fondateur de Mediapart, identifie « deux éléments décisifs » qui donnent sens au journalisme : « L'obligation envers la vérité et la loyauté vis-à-vis du public. » Au regard de cela, Pape Alé Niang doit-il rester encore en prison ? NON !
Cette affaire-ci est un véritable tournant porteur d’une jurisprudence fondatrice soit d’un musellement légalisé de la presse sénégalaise, soit d’un environnement de travail où les journalistes continuent de s’épanouir sous le contrôle de leurs pairs et des principes de liberté/responsabilité conformes aux fondamentaux de leur métier. Ce qui se joue ici et maintenant est donc d’une gravité exceptionnelle pour l’avenir de la presse, des journalistes, de la liberté d’information, du droit à l’information pour le public. Avons-nous encore le pouvoir d’informer les Sénégalais en toute liberté ? Avons-nous toujours le pouvoir de choisir, en toute liberté, les orientations d’une mission de service public chevillée à la défense de l’intérêt général ? Avons-nous le pouvoir de refuser les injonctions - aimables ou directrices - qui infiltrent notre profession en la caporalisant au service d’intérêts privés couverts du manteau de la puissance publique ? Les « OUI » à ces questions ne dépendent que de nous, journalistes, et de tous les démembrements du peuple sénégalais attachés aux libertés de presse et d’expression. Les « NON » aussi.
Les soubassements politico-revanchards qui caractérisent ce dossier puent à dix mille lieux. Leur évidence est grotesque et manifeste. Ils sont les préliminaires d’une offensive visant à réduire au silence toutes sortes de contestations de nature à mettre en cause la volonté de puissance qui sous-tend la gouvernance actuelle du Sénégal. Les puissants enjeux politiques qui pointent à l’horizon, en particulier l’élection présidentielle de février 2024, en sont LA RAISON ESSENTIELLE. Les médias encore libres en sont LES CIBLES.
Après avoir fait semblant de dormir, le « Monstre » a dû quitter l’état de somnolence pour reprendre du service. La violence et la détermination avec lesquelles il a fait boucler en quatre jours l’étape d’incarcération de Pape Alé Niang menace fondamentalement la profession de journaliste, mais aussi le droit à l’information des Sénégalais. Du reste, il se satisferait bien que les journalistes sénégalais se transforment en chroniqueurs de chiens écrasés, de ragots de comptoir, de faits divers spectaculaires… loin des problématiques qui structurent l’état réel du pays.
Mais « Le Monstre » doit se convaincre – et définitivement - que les journalistes sénégalais n’acceptent pas d’être les victimes expiatoires des dysfonctionnements de ses pratiques politiciennes. Les hommes et femmes des médias qui ont fait le choix de servir l’intérêt public général n’ont pas vocation à être les otages de concepts fourre-tout dont les finalités servent en fin de compte l’affairisme de groupuscules privés de politiciens publics. C’est rigoureusement impensable !
Pape Alé Niang ne méritait pas un instant de passer une seule nuit en prison. Les motifs inavoués de son embastillement relèvent de l’instrumentalisation flagrante d’une justice au sein de laquelle l’hyper-puissance d’une marionnette enchantée dénommée Parquet a décidé de réduire nos libertés à leur plus petite expression, sur ordre d’un pouvoir politique en stage d’autoritarisme. Ce ne sont pas seulement les journalistes et les activistes qui font les frais de ces dérives liberticides, c’est aussi une certaine idée de la démocratie et de la séparation réelle des pouvoirs qui est en train d’être anéantie.
Avant d’être assassiné par des mercenaires du régime de Blaise Compaoré, le journaliste d’investigation burkinabè Norbert Zongo écrivait en 1993 que « les peuples comme les hommes finissent toujours par payer leurs compromissions politiques : avec des larmes parfois, du sang souvent, mais toujours dans la douleur. »
Pour nous Sénégalais, il est encore temps de réagir !
Libérez Pape Alé Niang !
PAN ! A bas le monstre !
CAP (Coordination des associations de presse)
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« Les peuples comme les hommes finissent toujours par payer leurs compromissions politiques : avec des larmes parfois, du sang souvent, mais toujours dans la douleur. Deux illustres et malheureux exemples de l’heure peuvent être cités en la matière : le Zaïre et le Togo. Ces peuples, subjugués et gémissant sous la férule de tyrans militaires, ont malheureusement leur part de responsabilité dans le drame qu’ils vivent.
En Afrique, la compromission des peuples s’effectue à 3 niveaux :
Le 1er niveau est constitué d’intellectuels opportunistes qui se servent de leurs connaissances livresques pour aider les dictateurs à donner un contour idéologique et politique à leur tyrannie…
Le tyran peut voler, tuer, emprisonner, torturer… il sera défendu, intellectuellement réhabilité par des « cerveaux » au nom de leurs propres intérêts. Résultat : la plupart de ces intellectuels finissent par s’exiler, ou sont froidement exécutés ou « se suicident » en prison. Les plus heureux sont ceux qui sont dépouillés de leurs biens et de leurs privilèges avant d’être jetés en pâture au peuple… Un tyran n’a pas d’amis éternels.
Le 2ème niveau est constitué par les opposants de circonstance.
Ils se battent et entraînent des hommes sincères avec eux avant de rejoindre l’ennemi d’hier, avec armes et bagages, surtout avec la liste des opposants sincères. Résultat : ils bénéficient des grâces du tyran pendant quelques temps avant d’être éjectés, emprisonnés ou tués… Un dictateur n’a confiance en personne, surtout pas en un ancien opposant.
Le 3ème niveau est constitué des « indifférents ».
Les « pourvu que », la pure race des égoïstes myopes (pourvu que mon salaire tombe, pourvu que je n’aie pas d’ennuis, pourvu que rien n’arrive à ma famille…). Comme nous le disait un brave ami togolais dans les années 1980 : « pourvu que les bateaux continuent de venir au port, Eyadema peut faire ce qu’il veut. On le laisse avec DIEU » – notre ami est actuellement réfugié à Cotonou et les bateaux mouillent toujours au large de Lomé.
Résultat : personne n’échappe à une dictature lorsqu’elle s’installe dans un pays.
Comme le dit la sagesse populaire, chaque peuple a le régime qu’il mérite. Et chaque compromission avec une dictature est toujours payée au prix fort. La règle ne souffre pas d’exception. »
Norbert ZONGO, « le sens d’un combat », in L’Indépendant, « Edito N° 00... du 03 Juin 1993.
L’arrestation du journaliste Pape Alé Niang est l’énième agression du pouvoir politique et de ses relais répressifs contre les libertés publiques en général, contre la liberté de presse au Sénégal en particulier. En dépit du caractère martial des mots par lesquels le procureur de la république entend incriminer notre confrère, la réalité de cette forfaiture politico-judiciaire est beaucoup plus simple et accessible. Il est juste question – comme un autre confrère l’a remarquablement noté – d’un document dont le contenu fait état de falsifications d’une enquête préliminaire par un commandant de la gendarmerie sur ordre d’un procureur de la république. C’est cette information de taille livrée à l’opinion publique comme partie intégrante d’un dossier judiciaire fortement politisé qui est à l’origine de l’arrestation de Pape Alé Niang.
Fondamentalement, le régime règle ses comptes avec Pape Alé Niang, une bête noire qu’il entend faire taire par tous les moyens, même non conventionnels. Les motifs d’appel à la subversion et de publication de documents militaires qui lui sont collés sont simplement ridicules : des prétextes revanchards d’une bande de politiciens décidés à neutraliser des journalistes libres et indépendants qui exercent leur métier dans le cadre des libertés garanties par la Constitution du Sénégal, en toute responsabilité.
On aurait souhaité que la hiérarchie de la gendarmerie apporte les réponses nécessaires aux accusations publiques graves dont font l’objet de hauts gradés au sujet de l’enquête préliminaire sur l’affaire « Sweet Beauté ». Mais en jetant son courroux sur Pape Alé Niang, l’Etat valide à la fois l’existence du « Rapport » et les manipulations dont il a fait l’objet, dans le but évident de liquider ou de salir un opposant politique. Par la même, le « complot » dont Ousmane Sonko se dit victime fait sens au dessus du silence synchronisé de tous ces protagonistes adossés aux basques du régime, incapables de répliquer à l’infâmante accusation de « comploteurs », attendant sagement la décision politique qui sortirait de la machinerie judiciaire.
La place du journaliste Pape Alé Niang n’est ni dans un commissariat de police ni en prison, ce purgatoire où l’Etat incarcère allègrement ceux qui font grincer les rouages de sa mécanique corrompue. Aujourd’hui, ce qui est plutôt mis en évidence par le Rapport de la gendarmerie relative à l’enquête préliminaire sur l’affaire « Sweet Beauté », c’est l’existence au sein de cette institution militaire d’un noyau de résistance qui veut perpétuer un prestige et un respect vieux de plusieurs décennies. D’où l’urgence que les autorités politiques du Sénégal reviennent à la raison en libérant Pape Alé Niang.
Fondamentalement, le régime règle ses comptes avec Pape Alé Niang, une bête noire qu’il entend faire taire par tous les moyens, même non conventionnels. Les motifs d’appel à la subversion et de publication de documents militaires qui lui sont collés sont simplement ridicules : des prétextes revanchards d’une bande de politiciens décidés à neutraliser des journalistes libres et indépendants qui exercent leur métier dans le cadre des libertés garanties par la Constitution du Sénégal, en toute responsabilité.
On aurait souhaité que la hiérarchie de la gendarmerie apporte les réponses nécessaires aux accusations publiques graves dont font l’objet de hauts gradés au sujet de l’enquête préliminaire sur l’affaire « Sweet Beauté ». Mais en jetant son courroux sur Pape Alé Niang, l’Etat valide à la fois l’existence du « Rapport » et les manipulations dont il a fait l’objet, dans le but évident de liquider ou de salir un opposant politique. Par la même, le « complot » dont Ousmane Sonko se dit victime fait sens au dessus du silence synchronisé de tous ces protagonistes adossés aux basques du régime, incapables de répliquer à l’infâmante accusation de « comploteurs », attendant sagement la décision politique qui sortirait de la machinerie judiciaire.
La place du journaliste Pape Alé Niang n’est ni dans un commissariat de police ni en prison, ce purgatoire où l’Etat incarcère allègrement ceux qui font grincer les rouages de sa mécanique corrompue. Aujourd’hui, ce qui est plutôt mis en évidence par le Rapport de la gendarmerie relative à l’enquête préliminaire sur l’affaire « Sweet Beauté », c’est l’existence au sein de cette institution militaire d’un noyau de résistance qui veut perpétuer un prestige et un respect vieux de plusieurs décennies. D’où l’urgence que les autorités politiques du Sénégal reviennent à la raison en libérant Pape Alé Niang.
La cinquantaine de morts relevée lors des manifestations de l’opposition à Ndjamena ce 20 octobre 2022 sonne déjà, malheureusement, comme une porte d’entrée dans un cycle infernal de violences politiques auxquelles le Tchad serait appelé à faire face d’ici à « l’intronisation » programmée de Mahamat Idriss Déby à la tête du pays. C’est le cadeau scintillé d’or que lui destine le Dialogue national inclusif et souverain (DNIS) après le rallongement de deux ans de la seconde période transitoire ouverte après la mort – dans des conditions mystérieuses - de son père en avril 2021.
Dans le feu d’une certaine émotion suscitée par l’assassinat d’Idriss Déby Itno, la France est vite accourue pour annihiler toute évolution défavorable de la situation qui se ferait au détriment de ses intérêts. Elle a ainsi veillé scrupuleusement à ce que Déby fils hérite du pouvoir en invoquant le prétexte de circonstances exceptionnelles dans un espace sahélo-saharien marqué par une recrudescence des actes terroristes et criminels.
Dans la foulée, le président Emmanuel Macron débarque à Ndjamena et parraine la prise du pouvoir par le poulain de Paris à travers une cérémonie haute en couleurs et en…signaux. L’Elysée entend bien perpétuer son influence sur le régime en place à Ndjamena. Pour sa part, l’Union africaine condamne par principe l’arrivée au pouvoir d’une junte militaire. Mais elle reste impuissante sur tout le reste. Alors, elle joue le jeu de Paris en recevant l’engagement formel du jeune putschiste d’organiser une transition puis de s’effacer.
Du reste, le DNIS qui devait être la concrétisation du cheminement des « forces vives » de la nation tchadienne vers un pouvoir civil a été radicalement détourné de cet objectif pour être un instrument de légitimation des ambitions d’un militaire cornaqué par l’Elysée. On comprend alors pourquoi une frange significative de l’opposition tchadienne ainsi que plusieurs mouvements rebelles ont considéré in fine que la DNIS entamée à Doha n’était au fond que de la poudre aux yeux.
On ne se faisait aucune illusion sur les intentions évidentes de la France par rapport à Mahamat Idriss Déby. On n’espérait, non plus, de l’Union africaine aucune surprise dans ses méthodes de sanction à géométrie variable, selon la tête du client. Ni l’une ni l’autre n’a remis en cause le passage en force de Déby au sortir de la DNIS.
L’une aux basques de l’autre, l’UA et la France ont constitué le socle international à partir duquel Déby fils a pu dérouler en interne cette escroquerie grotesque qu’a été le Dialogue national inclusif et souverain. De fait, elles apparaissent aujourd’hui comme les principaux complices du massacre de civils perpétré par les forces de sécurité tchadiennes lors des manifestations du 20 octobre à Ndjamena. Cette boucherie à ciel ouvert sous les yeux de la "communauté internationale" restera une page sombre dans l'histoire tragique du Tchad.
A deux, elles ont finalement assuré la couverture politique dont avait besoin la junte pour assurer la perpétuation du pouvoir par la dynastie Déby après les deux prochaines années de transition. Politiquement – et surtout pour Paris - elles ne s’en laveront pas facilement les mains au travers de quelques lignes de communiqués… Pendant ce temps, d’autres pouvoirs moins accommodants subissent des persécutions par Cédéao interposée…
Dans le feu d’une certaine émotion suscitée par l’assassinat d’Idriss Déby Itno, la France est vite accourue pour annihiler toute évolution défavorable de la situation qui se ferait au détriment de ses intérêts. Elle a ainsi veillé scrupuleusement à ce que Déby fils hérite du pouvoir en invoquant le prétexte de circonstances exceptionnelles dans un espace sahélo-saharien marqué par une recrudescence des actes terroristes et criminels.
Dans la foulée, le président Emmanuel Macron débarque à Ndjamena et parraine la prise du pouvoir par le poulain de Paris à travers une cérémonie haute en couleurs et en…signaux. L’Elysée entend bien perpétuer son influence sur le régime en place à Ndjamena. Pour sa part, l’Union africaine condamne par principe l’arrivée au pouvoir d’une junte militaire. Mais elle reste impuissante sur tout le reste. Alors, elle joue le jeu de Paris en recevant l’engagement formel du jeune putschiste d’organiser une transition puis de s’effacer.
Du reste, le DNIS qui devait être la concrétisation du cheminement des « forces vives » de la nation tchadienne vers un pouvoir civil a été radicalement détourné de cet objectif pour être un instrument de légitimation des ambitions d’un militaire cornaqué par l’Elysée. On comprend alors pourquoi une frange significative de l’opposition tchadienne ainsi que plusieurs mouvements rebelles ont considéré in fine que la DNIS entamée à Doha n’était au fond que de la poudre aux yeux.
On ne se faisait aucune illusion sur les intentions évidentes de la France par rapport à Mahamat Idriss Déby. On n’espérait, non plus, de l’Union africaine aucune surprise dans ses méthodes de sanction à géométrie variable, selon la tête du client. Ni l’une ni l’autre n’a remis en cause le passage en force de Déby au sortir de la DNIS.
L’une aux basques de l’autre, l’UA et la France ont constitué le socle international à partir duquel Déby fils a pu dérouler en interne cette escroquerie grotesque qu’a été le Dialogue national inclusif et souverain. De fait, elles apparaissent aujourd’hui comme les principaux complices du massacre de civils perpétré par les forces de sécurité tchadiennes lors des manifestations du 20 octobre à Ndjamena. Cette boucherie à ciel ouvert sous les yeux de la "communauté internationale" restera une page sombre dans l'histoire tragique du Tchad.
A deux, elles ont finalement assuré la couverture politique dont avait besoin la junte pour assurer la perpétuation du pouvoir par la dynastie Déby après les deux prochaines années de transition. Politiquement – et surtout pour Paris - elles ne s’en laveront pas facilement les mains au travers de quelques lignes de communiqués… Pendant ce temps, d’autres pouvoirs moins accommodants subissent des persécutions par Cédéao interposée…
Quand l’annonce du discours présidentiel est tombée, il fallait bien rêver du contenu que le chef de l’Etat s’apprêtait à livrer à la nation. Entre les excités qui pronostiquaient des annonces fortes et les blasés qui s’en fichaient royalement, beaucoup d’autres restaient perplexes face à la subite décision de Macky Sall de « parler » enfin aux Sénégalais. Car, des sujets qui tiennent à cœur ses compatriotes, il y en a plein et ce, depuis longtemps…
Finalement, le snobisme présidentiel aidant, on s’en est tiré avec un petit cauchemar d’une dizaine de minutes au cours desquelles Macky Sall, débonnaire et distant, a démontré qu’il est éloigné des préoccupations actuelles des Sénégalais, de leurs angoisses sociales et de leurs incertitudes quant à l’avenir du pays sous son magistère. Son laïus sur « les mesures d’allègement du coût de la vie et de soutien à l’emploi et à l’entrepreneuriat des jeunes », la rengaine concernant « la lutte contre les inondations » et la ritournelle relative à « la cherté du loyer » ont été maintes fois bassinés à nos oreilles par lui et ses collaborateurs en d’autres circonstances. Que cherchait-il donc à travers ce discours sans feu ni flamme qu’il pouvait du reste bien s’épargner, lui le grand absent du quotidien infernal des Sénégalais ?
En réalité, Macky Sall n’avait qu’un seul objectif : « neutraliser » les effets des accusations gravissimes portées par Aminata Touré contre les « entourages » du président de la République et de la Première Dame, la doublette accusée de vouloir la liquider afin que sa suppléante parlementaire siège à sa place dans le groupe Benno Bokk Yaakaar à l’Assemblée nationale. L’idée était de ne pas laisser le champ des médias et des réseaux sociaux à une députée qui semble avoir lancé une guerre frontale contre le « clan familial » des Faye-Sall, contre le « cabinet noir » qui dirige le pays à partir du palais de la république, contre un projet de 3e candidature, etc.
Ecartée de la présidence de l’Assemblée nationale au profit d’un proche du chef de l’Etat, Aminata Touré avait commencé par dénoncer la pratique de la préférence familiale qui, selon elle, a conduit au choix porté sur Amadou Mame Diop. Dans la foulée de cette désillusion qui l’avait poussée à quitter l’hémicycle avant le vote, l’ex première ministre a ensuite réitéré sur des médias étrangers son opposition entière à une nouvelle candidature de Macky Sall en 2024, un sujet sur lequel elle avait pourtant perdu la voix depuis son retour en grâce au palais en perspective des législatives du 31 juillet.
Dissidente des orientations présidentielles au parlement mais décidée à y garder sa place, Aminata Touré aura donc réussi - à son corps défendant - à faire (re)venir Macky Sall à la télévision sénégalaise et l’a poussé fine à parler pour ne rien dire…
En fait, le logiciel présidentiel est enrayé, saturé, truffé de bugs qui discréditent ses mots et sa parole. Depuis son arrivée au pouvoir, Macky Sall a fondamentalement construit son pouvoir sur la violence physique et institutionnelle avec l’appui inconsidéré de l’armada d’obligés qui lui font allégeance urbi et orbi dans la police, la gendarmerie et la justice. A ce titre, son appel au rassemblement et à l’union pour contrer la violence apparaît comme une provocation qui semble lui faire plaisir. Il peut bien condamner les événements survenus à l'Assemblée nationale, mais on lui rappellera toujours qu'aux élections locales de 2002, c'est avec la violence que lui permettait son statut qu'il vota de force, sans la pièce d'identité que lui réclamait un agent électoral dans son fief de Fatick...
Après cette vraie-fausse « adresse à la nation », le président sénégalais peut tranquillement faire ses valises et prendre la direction de Londres pour assister aux obsèques da la reine Elisabeth II aux côtés des autres « grands » de ce monde. Ensuite, il embrayera vers New York et l’assemblée générale des Nations-Unies. Au-delà de la sortie médiatique qu’Aminata Touré lui a imposée, Macky Sall était peut-être gêné ( ?) de quitter encore la terre sénégalaise à bord de son bijou du ciel en laissant derrière lui des hommes et des femmes tellement fatigués…
Finalement, le snobisme présidentiel aidant, on s’en est tiré avec un petit cauchemar d’une dizaine de minutes au cours desquelles Macky Sall, débonnaire et distant, a démontré qu’il est éloigné des préoccupations actuelles des Sénégalais, de leurs angoisses sociales et de leurs incertitudes quant à l’avenir du pays sous son magistère. Son laïus sur « les mesures d’allègement du coût de la vie et de soutien à l’emploi et à l’entrepreneuriat des jeunes », la rengaine concernant « la lutte contre les inondations » et la ritournelle relative à « la cherté du loyer » ont été maintes fois bassinés à nos oreilles par lui et ses collaborateurs en d’autres circonstances. Que cherchait-il donc à travers ce discours sans feu ni flamme qu’il pouvait du reste bien s’épargner, lui le grand absent du quotidien infernal des Sénégalais ?
En réalité, Macky Sall n’avait qu’un seul objectif : « neutraliser » les effets des accusations gravissimes portées par Aminata Touré contre les « entourages » du président de la République et de la Première Dame, la doublette accusée de vouloir la liquider afin que sa suppléante parlementaire siège à sa place dans le groupe Benno Bokk Yaakaar à l’Assemblée nationale. L’idée était de ne pas laisser le champ des médias et des réseaux sociaux à une députée qui semble avoir lancé une guerre frontale contre le « clan familial » des Faye-Sall, contre le « cabinet noir » qui dirige le pays à partir du palais de la république, contre un projet de 3e candidature, etc.
Ecartée de la présidence de l’Assemblée nationale au profit d’un proche du chef de l’Etat, Aminata Touré avait commencé par dénoncer la pratique de la préférence familiale qui, selon elle, a conduit au choix porté sur Amadou Mame Diop. Dans la foulée de cette désillusion qui l’avait poussée à quitter l’hémicycle avant le vote, l’ex première ministre a ensuite réitéré sur des médias étrangers son opposition entière à une nouvelle candidature de Macky Sall en 2024, un sujet sur lequel elle avait pourtant perdu la voix depuis son retour en grâce au palais en perspective des législatives du 31 juillet.
Dissidente des orientations présidentielles au parlement mais décidée à y garder sa place, Aminata Touré aura donc réussi - à son corps défendant - à faire (re)venir Macky Sall à la télévision sénégalaise et l’a poussé fine à parler pour ne rien dire…
En fait, le logiciel présidentiel est enrayé, saturé, truffé de bugs qui discréditent ses mots et sa parole. Depuis son arrivée au pouvoir, Macky Sall a fondamentalement construit son pouvoir sur la violence physique et institutionnelle avec l’appui inconsidéré de l’armada d’obligés qui lui font allégeance urbi et orbi dans la police, la gendarmerie et la justice. A ce titre, son appel au rassemblement et à l’union pour contrer la violence apparaît comme une provocation qui semble lui faire plaisir. Il peut bien condamner les événements survenus à l'Assemblée nationale, mais on lui rappellera toujours qu'aux élections locales de 2002, c'est avec la violence que lui permettait son statut qu'il vota de force, sans la pièce d'identité que lui réclamait un agent électoral dans son fief de Fatick...
Après cette vraie-fausse « adresse à la nation », le président sénégalais peut tranquillement faire ses valises et prendre la direction de Londres pour assister aux obsèques da la reine Elisabeth II aux côtés des autres « grands » de ce monde. Ensuite, il embrayera vers New York et l’assemblée générale des Nations-Unies. Au-delà de la sortie médiatique qu’Aminata Touré lui a imposée, Macky Sall était peut-être gêné ( ?) de quitter encore la terre sénégalaise à bord de son bijou du ciel en laissant derrière lui des hommes et des femmes tellement fatigués…
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19:57
Soudan : l’ONU alerte sur des actes pouvant relever du génocide
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