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EDITORIAL
Bassirou Diomaye Faye (d.) et Ousmane Sonko
Bassirou Diomaye Faye (d.) et Ousmane Sonko

En démocratie, la vérité des urnes finit toujours par imposer sa logique implacable, quitte à bousculer les certitudes des appareils politiques. Le président Bassirou Diomaye Faye conserve intactes les prérogatives que la Constitution lui attribue, dont ce fameux pouvoir du décret qui lui a permis de limoger son ancien mentor le 22 mai 2026. Mais il doit désormais composer – et jusqu’à nouvel ordre – avec Ousmane Sonko, devenu par la force de la loi et du rapport de force, la deuxième personnalité de l’État sénégalais après son élection à la tête de l’Assemblée nationale le 26 mai 2026, quatre jours après son départ de la Primature. Cette posture nouvelle a été rendue possible par deux facteurs objectifs de taille : sa mainmise sur une majorité de 130 députés sur 165, et des pouvoirs importants de contrôle sur l’action gouvernementale que la Constitution donne aux législateurs sénégalais.

 

Concrètement, le Sénégal est donc sous une forme de cohabitation politique inédite et peu commune à travers le monde. D’abord rampante entre les deux pôles de l’exécutif durant plusieurs mois, elle est devenue pleinement institutionnelle. La bataille entre les deux figures-phares du parti Pastef, vainqueur de la présidentielle d’avril 2024, se mue ainsi en un potentiel affrontement à distance entre un exécutif reconfiguré à l’image et à la personnalité du chef de l’État, et un pouvoir législatif qui affiche déjà à la fois sa disponibilité au « dialogue politique intelligent » et une réelle volonté de puissance.

 

Cette rupture peu surprenante est le produit fini de divergences politiques, morales, stratégiques et surtout idéologiques apparemment insurmontables entre deux personnes porteuses, chacune, d’une part de légitimité. Au président de la République élu au suffrage universel direct, fait face un président de l’Assemblée nationale, réceptacle d’une majorité parlementaire voulue par le peuple souverain du Sénégal.

 

En l’espace de quatre jours, c’est toute une vieille grille de lecture des faits politiques qui s’est affaissée sous la pression d’événements politiques majeurs que tout le monde a vus venir. Il va falloir s’y habituer jusqu’à nouvel ordre. Le régime « hyper-présidentialiste » ou « présidentialiste » connu des experts de la science politique fait place à un système de partage obligé du pouvoir qui va fatalement renseigner sur la conscience et le niveau de responsabilité des acteurs politiques en situation. C’est ainsi, en particulier, que les démocraties se réinventent, s’enrichissent, s’approfondissent, à condition que lesdits acteurs soient à la hauteur des événements et des enjeux. Est-ce le cas ? Rien n’est moins sûr.

 

La nouvelle réalité politique sénégalaise permet en effet de constater, encore une fois, qu’une frange de la classe politique, du monde médiatique et d’une certaine intelligentsia a décidé de faire de la situation politique un objet de fixation rentière pour combler le vide d’une impuissance manifeste à être utile au projet démocratique national. L’affichage est de rigueur. Entre phraséologies catastrophistes visant à impressionner et accusations farfelues non documentées, certains d’entre eux/elles ont pourtant fièrement sévi contre les intérêts fondamentaux du Sénégal dans un passé immédiat, sous le parapluie du système autoritaire et clientéliste qui les a fabriqués. Les divergences d’orientation de la gouvernance de l’État entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko ont libéré rage, cris d’orfraie, instrumentalisation des faits, théories fumeuses sur une « crise institutionnelle » imputée à la dualité au sommet de l’État, tous éléments qui mettraient le pays tout entier en danger et l’État en sursis… C’est tout juste si les moins recommandables d’entre eux n’ont pas appelé l’armée à « prendre ses responsabilités », selon une vieille expression usitée en la matière… Toute tension, même artificielle, a ses rentiers.

 

Des tensions, il y en a eu entre le président Faye et le premier ministre Sonko au cours de la séquence avril 2024-mai 2026. Il va y en avoir entre le chef de l’État et le président de l’Assemblée nationale à l’orée de la nouvelle configuration politique imposée par le rapport de force politique. Les deux hommes ne sont en phase ni sur le fonctionnement de la justice, ni sur les conditions de prise en charge des questions liées au bien-être des populations, en particulier le pouvoir d’achat, ni sur les modalités du traitement de la dette, ni sur les nouveaux rapports à mettre en place avec les institutions de Bretton Woods, etc. Mais il n’y a pas encore de mort !

 

Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko ne s’amusent pas à la tête du pays. Pour reprendre la sentence populaire wolof, « gni da niouy foowé deuk-bi », ils ne jouent pas : ils s’écharpent parce que l’exercice du pouvoir a révélé l’existence de lourdes contradictions entre eux, libérant chez chacun une vision et des convictions assumées qui rendent l’un incompatible à l’autre. Le pays doit certes rester vigilant devant les soubresauts de cette dualité. Mais la République dispose d’institutions solides capables d’obstruer les chemins de l’aventurisme.

 

Là se trouve le défi auquel doivent faire face Bassirou Diomaye Faye, Ousmane Sonko et leurs partisans respectifs. Les Sénégalais ont toujours su déjouer les complots taillés sur mesure pour des intérêts partisans. Qui ne se souvient du projet de report de la présidentielle brisé par le Conseil constitutionnel en février 2024 ? Qui ne se souvient du 23 juin 2011 et de la tentative avortée de dévolution monarchique du pouvoir, dont le héraut de cent ans a été bruyamment célébré ce 4 juin 2026 par le jeune président Bassirou Diomaye Faye ?

 

Ousmane Sonko (d.) et Donald Trump
Ousmane Sonko (d.) et Donald Trump

« Monsieur Trump n’est pas un homme de paix. C’est un homme de déstabilisation du monde. » Quoi de plus factuel ? On a le sentiment que les propos du premier ministre sénégalais sont bien modérés par rapport aux désordres qu’un vieux potentiel criminel de guerre inflige à la planète tout entière depuis janvier 2025. En toute impunité. Mais il ne fallait pas les rendre publics, ces propos ! Il fallait les chuchoter doucement aux oreilles de quelques collaborateurs qui les auraient gardés pour eux-mêmes. 

 

Il est utile de rappeler que c’est par une sorte de rituel sacrificiel obligé que le locataire actuel de la Maison Blanche est entré en guerre contre l’Iran en balançant 2 missiles sur une école fréquentée par des enfants à Mineb en Iran, tuant plus de 300 personnes le 28 février 2026. Au mépris du Droit international (ou de ce qu’il en reste !). Devant les télévisions du monde entier, sans sourciller, sans l’once d’humanité qui devrait fait frémir tous les papas et mamans que compte la terre, il a assumé cette performance criminelle, tout naturellement, presque en rigolant. C’est Trump !

 

C’est le même gars qui, en janvier 2026, a supervisé (depuis la Situation room de la Maison Blanche) puis revendiqué l’enlèvement et le transfert chez lui aux Usa de Nicolas Maduro, président en exercice d’un Etat souverain et indépendant, le Venezuela, au mépris (toujours) de ce qui est encore pour une majorité de pays le Droit international. 

 

C’est également ce même président des Etats-Unis d’Amérique qui, lors de son premier mandat 2016-2020, a insulté l’Afrique entière avec une expression devenue célèbre : pays de merde.

 

De quoi Trump est-il le nom ? L’association de malfaiteurs - corrompue et messianique - qu’il forme avec son acolyte Benyamin Netanyahu est sans doute la pire des tragédies qui secouent le monde. Il n’est pas fortuit d’ailleurs que son compère sioniste soit, depuis novembre 2024, à la fois sous mandat d’arrêt international de la CPI pour crimes de guerre et crime contre l’humanité à Gaza et en procès pour corruption dans trois affaires distinctes devant les tribunaux de l’entité terroriste et coloniale que l’on appelle Israël.   

 

C’est donc ce sinistre individu dont tous les superlatifs négatifs de la langue française ne suffiraient pas à ressortir la quintessence de ce qu’il est en réalité que des gens bien de chez nous se plaisent à défendre d’une certaine manière. Sans argument crédible. On a même entendu un diplomate dire sur une radio que ce n’était ni le lieu ni le moment (meeting avec Pascal Boniface) pour lâcher des propos si graves d’Ousmane Sonko ! Ce qui laisse supposer donc qu’il y a bien un lieu et un moment pour lesquels les propos du PM pouvaient être dits ! L’argument saute faute de crédibilité.

 

De quoi sommes-nous le nom pour nous indigner en protégeant la réputation (déjà tordue) d’un individu à l’immoralité reconnue de tous et de toutes et qui mérite d’être mis face à ses responsabilités ? On nous parle de diplomatie ! Soit. C’est quoi la diplomatie ? Un ensemble de rites, pratiques, d’us et de coutumes que les Etats conviennent de partager entre eux pour établir un minimum de paix dans le monde. La diplomatie n’est donc pas une matière scientifique (au sens usuel du terme) que l’on peut convoquer à tout bout de champ pour légitimer ou délégitimer des propos substantiellement politiques et absolument véridiques et courageux. A la place, ces doctes indignés sans cause recommandent le silence, le refoulement de nos frustrations, la souffrance intérieure face aux crimes innommables et assumés de la doublette Trump/Netanyahu et, en fin de compte, la soumission et l’indifférence face au réel. 

 

Ce que notre diplomatie n’ose pas dire des entreprises criminelles israélo-américaines contre des pays et peuples libres, notamment la Palestine et l’Iran, Ousmane Sonko l’a caractérisé en des mots simples que le plus grotesque des présidents américains incarne parfaitement. C’est la fourberie d’un personnage sans foi ni loi et animé d’une volonté de puissance sans bornes qui menace le monde, et elle seule. 

 

Des représailles contre le Sénégal ? C’est cela un de nos problèmes : cette culture séculaire enfouie dans le subconscient de nos élites politiques et qui lierait notre sort au bon vouloir des « grands » de ce monde. Des élites dépersonnalisées à outrance et déconnectées de leurs milieux d’origine par des décennies d’acculturation lesquelles ont fini par leur faire prendre des vessies pour des lanternes dans toutes les circonstances. La diplomatie de façade est passe par là, celle des compromissions, des faux-semblants et des calculs tactiques perdants qui elles finit par nous produire des militants de leurs propres ambitions au détriment d’une diplomatie de souveraineté active. 


CAN 2025 - Quand la passion du titre vire à la dictature

Quand le trône défie le terrain, le sport s'efface devant la raison d'État. La finale de la CAN 2025 restera comme l’illustration parfaite du danger d’une instrumentalisation politique venant se heurter à la glorieuse incertitude du football.

 

Quelle équipe détesterait remporter la Coupe d’Afrique des nations (CAN), de surcroit quand elle est organisée chez elle après avoir mobilisé des énergies et des moyens inestimables ? Quel pays n’aimerait pas rehausser son prestige sur la scène internationale en regardant ses joueurs et son peuple soulever la plus belle compétition sportive organisée sur le continent ? Quel Etat assez insouciant et inconscient ne profiterait pas des avantages inestimables qu’offre le soft-power à ceux qui savent s’en servir pour le mettre au service de ses ambitions internationales ?

Trois questions qui renvoient naturellement aux conditions particulières dans lesquelles s’est terminée la 35e édition de la CAN organisée par le Maroc du 21 décembre 2025 au 18 janvier 2026. En même temps, ces interrogations suggèrent l’existence de « risques » tapis derrière un tel rendez-vous qui exige préparation optimale, moyens colossaux, organisation millimétrée et maîtrisée, infrastructures efficaces et parfaites, etc. 

 

Le modèle marocain 

 

L’Histoire secrète de cette CAN-2025 souvent controversée (essentiellement au niveau de l’arbitrage) nous sera peut-être racontée un jour. Mais pour l’instant, il sied de retenir - en les saluant - les efforts gigantesques déployés par le Maroc pour la rendre fraternelle, belle, festive.

Le Royaume chérifien a pris sur lui d’offrir à l’Afrique une compétition remarquablement mise en musique grâce à un savoir-faire organisationnel, technologique et opérationnel digne des standards mondiaux les plus enviables. C'est tout à son honneur. Lancé depuis 2015 sur l’autoroute de l’organisation de la Coupe du monde 2030 aux côtes de ses co-organisateurs ibériques que sont l’Espagne et le Portugal, le Royaume s’est opportunément payé à titre onéreux un échauffement qui lui serait d’une grande utilité pour accueillir un événement encore plus exigeant. 

 

Mais la Coupe du monde de football, ce n’est pas la CAN. Dans ce cadre, il est improbable de voir se reproduire des événements-terrains à l’origine du grand choc de la finale entre le Sénégal et le Maroc ou de faits survenus avant même l’ultime rencontre du tournoi. D’où la rage de constater que l’Afrique du football en est encore à subir certaines imperfections de type arbitral qui saccagent en douce la crédibilité de la Confédération africaine de football (CAF) et de toutes ses instances. A ce titre, il est légitime de dénoncer les opacités cultivées par l’instance continentale, en particulier sur les changements nocturnes d’arbitres concernant certains matches de la compétition… 

 

Frustration et amertume 

 

Le sentiment le plus puissant et le plus désolant qui se dégage de cette 35e édition de la CAN est que le Maroc ne semble avoir jamais envisagé de ne pas être sacré champion d’Afrique au soir du 18 janvier 2026, dans son stade et devant son peuple.

La traduction la plus politique de cette arrogance est
le double refus obstiné du prince Moulaye Rachid de toucher pleinement la coupe encore moins de la remettre en mains propres au capitaine de l’équipe vainqueur, le Sénégalais Kalidou Koulibaly. Ce mépris inattendu infligé au verdict de la compétition continentale phare par une figure respectable du Royaume chérifien - surnommé le « Prince rouge » -  a heurté bien des Africains et des militants et amoureux du football.

Si la frustration peut être compréhensible à ce moment de défaite, si l’amertume du sacre manqué peut avoir ses effets, elles n’autorisent pas forcément à s’humilier soi-même devant un monde sportif planétaire attentif à ce qu’il se passe en Afrique.  

 

« Je gagne ou je gagne »

 

Si le football est un formidable incubateur pour faire émerger des infrastructures de développement - moyens de transport modernes et industrie du tourisme par exemple - qui impactent de manière positive les populations dans leur vie quotidienne, il portera éternellement en lui ce que Roger Chabaud appelait superbement « la glorieuse incertitude du sport ».

Sous cet angle, le Maroc a acquis des compétences et une expérience d’envergure profitables aux pays du continent qui en auraient bien besoin. Les ambitions transatlantiques clairement affichées par les autorités royales marocaines vont d’ailleurs dans ce sens.

Mais faudrait-il que ces atouts et cette disponibilité aux partenariats inter-africains - si pertinents soient-ils - soient agrémentés d’un « royal decree » qui serait l’équivalent du fameux « je gagne ou je gagne »? Assurément non ! 

 

C’est ici que pointe le danger d’une politisation démesurée : quand les plans concoctés en coulisses se fracassent sur la réalité du terrain, l’effroi de l’échec mène au déni. Le scandale de la finale Sénégal-Maroc en est l’instant fatal. Que tout futur pays organisateur en tire leçon : le football ne se décrète pas, il se joue.

 

Liberté de presse ? Il faut en payer le prix

Le pouvoir sénégalais peut avoir des choses à reprocher à des journalistes sénégalais qui ont éprouvé le besoin d’interviewer l’homme d’affaires sénégalais Madiambal Diagne contre lequel un mandat d’arrêt international a été lancé sous l’égide de la police internationale (Interpol). Une notice rouge qui a trouvé un début d’exécution avec son interpellation par la police française puis sa présentation devant un tribunal de Versailles. 

 

A quel moment donc l’Etat du Sénégal a-t-il pensé que le fait d’aller cueillir deux journalistes Maïmouna Ndour Faye (7 TV) et Babacar Fall (RFM) jusque dans leurs locaux respectifs pouvait être une stratégie payante dans sa quête de régler (une partie de) son compte au fugitif ? Cette double interpellation est une faute. Elle pouvait et devait être évitée parce qu’elle n’honore pas l’idée de rupture promise d’avec les pratiques de l’ancien régime. Elle ne règle nullement - ni dans le fond ni dans la forme - la question et le sort du fugitif. La preuve, tous deux ont été relâchés sans charges connues. 

 

Tous les Etats de la planète savent fabriquer des délits et des infractions là où il n’y en a pas. Si interviewer un fugitif était un délit, cela se saurait. Et dans ce scénario là, tout journaliste ‘’en situation’’ (pour parler comme Jean-Paul Sartre) mettrait en balance les principes d’éthique et déontologiques de son métier dans l’optique de faire le meilleur choix (pour sa conscience et pour son pays). Ainsi, la violence institutionnelle déployée par la police et la gendarmerie dans deux espaces médiatiques différents en l’espace de quelques heures n’aurait jamais eu lieu !  

 

Néanmoins, en présentant l’entrepreneur Madiambal Diagne comme « analyste politique » et en faisant un black-out total sur le mandat d’arrêt international dont il fait l’objet depuis plusieurs semaines, la direction de 7 TV n’a-t-elle pas trahi sa mission d’information à l’endroit du public ? Pouvait-elle oublier que le protagoniste en question a été inculpé pour divers chefs d’accusation gravissimes qu’elle avait obligation de mentionner dans ses annonces publicitaires ? Cette omission ou cet acte de complaisance assumé ne devrait-(elle-il) pas être considéré(e) comme une faute professionnelle ? Peut-on revendiquer le droit d’informer le public sur une question d’intérêt public et national tout en n’étant pas ou peu transparent sur la nature, le contenu et les circonstances dans lesquelles intervient cette initiative ? 

 

Dans tous les cas, une des grandes batailles pour la presse est encore en jachère : assurer l’indépendance éditoriale des médias qui leur appartiennent ou qui leur sont confiés. Pour les professionnels qui vivent du métier et seulement du métier, cela ne saurait être une option. Il faut mettre un terme impératif à la complicité éditoriale avec des politiciens milliardaires ou pauvres, ou mafieux out tordus. La liberté de la presse passe irrémédiablement par la cassure des liens d’amitié, de connivence et de subordination que des membres éminents de la corporation ont décidé de pérenniser avec des affairistes en quête d’influence et de débouchés divers pour leurs business. Il est trop dur d’être à la fois journaliste et politicien ! 

 

Nos confrères Maïmouna Ndour Faye et Babacar Fall n’auraient jamais dû subir ce que policiers et gendarmes leur ont infligé. Non parce qu’ils seraient au-dessus des lois du pays mais parce qu’aucune loi écrite et in-dis-cu-ta-ble aux yeux de tous ne peut leur dénier le choix de donner la parole à un fugitif qui jouit encore de la présomption d’innocence. Le journalisme est un métier très « spécial » - n’en déplaise à ses détracteurs organiques - qui repose en grande partie sur l’éthique et la déontologie. D’où l’urgence que nous refusions les combats par procuration ou par amitié qui nous sont fourgués. 

 

A bon droit, la liberté de presse est revendiquée partout dans le monde car elle reste un pilier majeur des conquêtes démocratiques contemporaines. Elle doit donc être absolument protégée. Au Sénégal, sommes-nous prêts à en payer le vrai prix en sortant des coteries partisanes et connivences qui assurent la dépendance de presse ? 

 

L’ironie de nos histoires quotidiennes, c’est la furie de politiciens opportunistes et sans vergogne qui, aujourd’hui, condamnent allègrement les interpellations de MNF et BF, dénoncent les coupures des signaux de 7TV et TFM. Pourtant, il y a moins de deux ans, ce sont les mêmes qui applaudissaient gaillardement les agressions caractérisées et documentées du régime déchu auquel ils appartenaient au détriment d’autres groupes de presse dans un contexte de répression générale contre les libertés les plus élémentaires !

 

Dette cachée du Sénégal : Le FMI dépose les armes…en attendant son conseil d'administration

Après une mission au Sénégal du 19 au 26 août 2025, le Fonds monétaire international (FMI) est dans une position délicate dans le le sulfureux dossier de la dette cachée du pays entre 2019 et mars 2024. D’abord « surpris » par les révélations des autorités sénégalaises du 26 septembre 2024 concernant « les chiffres réels » du déficit budgétaire et de la dette laissés derrière lui par l’ancien régime, ensuite prudent sur leur existence même, le FMI ne semble plus se faire d’illusion. Aujourd’hui, les subterfuges qui ont échappé, semble-t-il, à sa vigilance de gardien des dogmes budgétaires dans notre pays au cours des ultimes années de présidence de Macky Sall sont flagrants.  

 

Les 65,9 % d’endettement en pourcentage du PIB consignés par l’ancien pouvoir sont passés à 76,3 % selon l’audit effectué par l’Inspection générale des finances (IGF) du ministère des Finances et du Budget après le changement de régime d’avril 2024. Ensuite, cet endettement a été relevé à plus de 99 % sur la période 2029-mars 2024 dans le rapport de la Cour des comptes publié en février 2025. Puis, le Sénégal et le FMI s’entendent pour un nouvel audit confié à Mazars. Et les résultats livrés par ce cabinet indépendant sont encore plus catastrophiques : la dette centrale est à 111 % du PIB fin 2023 et à 118,8 % fin 2024, loin devant les conclusions des audits précédents. 

 

Le constat est tout aussi grave pour le déficit budgétaire supposé à 5,5 % du PIB alors qu’il a été établi à 10,4 % par l’IGF et à plus de 12 % par la Cour des comptes. Le FMI peut-il continuer à cultiver sa propre cécité face à des réalités statistiques aussi implacables ?

 

Comment le Sénégal si souvent célébré par les institutions de Bretton Woods pour sa discipline budgétaire en est-il arrivé à ce point critique qu’il a fallu suspendre le programme 2023-2026 pour un montant de 1,8 milliard de dollars (plus de 1000 milliards de francs CFA) dont un versement de 338 milliards de francs CFA finalement annulé en 2024 ? 

 

Dans des propos rapportés par l’agence Bloomberg en octobre 2024, le ministre des Finances et du Budget Cheikh Diba expliquait ainsi le choix du gouvernement de s’en remettre à une nouvelle séquence de sa relation avec le FMI. 

 

« Nous étions conscients des conséquences (de la révélation des écarts constatés sur la dette et le déficit), mais quand nous avons réalisé qu'il y avait ces écarts fondamentaux entre les chiffres communiqués au Fonds, qui formaient la base de notre relation, nous avons compris que nous devions les signaler. » 

 

Dans le communiqué publié le 27 août 2025 par son service de communication, le Fonds monétaire international ne semble pas en avoir fini avec cette dette cachée qu’il entend soumettre à son conseil d’administration sous le vocable de « déclarations erronées ». 

 

N’ayant pas les moyens de travailler sans l’aide directe des administrations et institutions auxquelles l’Etat le recommande en bonne et due forme, le FMI a sans doute raison de jouer la prudence. En particulier dans la caractérisation des situations auxquelles il se retrouve confronté. Mais cela ne saurait le disculper de ses étourderies. 

 

Gendarme de nos agrégats macroéconomiques roulé dans la farine, le FMI se retrouve à devoir tenter de sauver la face. Mais il le fait en essayant de reprendre l’initiative face à un gouvernement qui, ne souhaitant plus dépendre intégralement de sa coopération, tente de s’en sortir avec un Programme de redressement économique et social (PRES). Le tout est donc de savoir ce que seront les marges de manoeuvre de l’Etat sénégalais dans une coopération renouvelée avec une institution financière désormais échaudée par un laxisme qui ne lui coûte qu’un brin de crédibilité alors que le Sénégal est contraint de le payer cher. Des rebondissements en vue au prochain conseil d’administration du Fonds ?

 

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