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EDITORIAL
L'instinct de survie
Sans surprise, le projet de loi sur le parrainage citoyen est passé sans encombre à l’assemblée nationale. Même si l’opposition a eu gain de cause en arrachant du temps conséquent pour ses questions préalables, elle a dû céder face à la mécanique implacable mise en place par l’exécutif et traduite en actes par la majorité Benno Bokk Yaakaar.
 
La surprise était impossible car tout dans cette journée a été l’objet de verrouillages systématiques contre les débats de fond dont on n’a eu qu’un bref aperçu à travers les interventions des députés de l’opposition et les répliques de la majorité. La surprise était impossible car, fondamentalement, les jeux étaient faits, et le chef de l’Etat l’avait dit, relayé par ses courroies de transmission, avant sa dérobade brusque pour les bords de Seine.
 
Ce qu’il restait en jeu dans ce dossier pour le moins sulfureux, c’était donc moins l’issue du coup de force constitutionnel planifié que la forme qu’allait emprunter ce vaudeville cauchemardesque pour la démocratie sénégalaise. Finalement, c’est l’argument majoritaire stricto sensu qui est sorti vainqueur d’un duel où la morale politique n’a jamais eu sa place.
 
Les reniements trop flagrants et pour le moins cyniques du ministre de la Justice par rapport à des questions majeures foulées aux pieds par ce parrainage scélérat n’ont échappé à personne de ceux qui ont suivi ses productions liées à la gouvernance juridique de la démocratie sénégalaise depuis plusieurs années.
 
C’est grave certes, mais cela relève davantage du registre des ambitions personnelles qui l’ont placé en première ligne dans la guérilla parlementaire active de ce 19 avril 2018. L’essentiel est ailleurs, sous des dehors beaucoup plus simples à appréhender.
 
L’histoire retiendra que Macky Sall, juge et partie, président en exercice de la république du Sénégal, candidat déclaré à l’élection présidentielle du 24 février 2019, a unilatéralement et violemment modifié les règles du jeu électoral en confisquant le fichier des candidatures adverses potentielles.
 
L’histoire retiendra que le président Sall, au lieu de mettre toute son énergie dans le rétablissement de la confiance perdue des électeurs après le fiasco retentissant des législatives de juillet 2017, a choisi d’ouvrir une page d’aventure personnelle et égoïste. Cette même histoire retiendra l’arrogance silencieuse et ostentatoire déployée contre des Sénégalais justement opposés à ce projet de capture de la démocratie et des libertés politiques des citoyens.
 
On peut passer sur le mépris administré à tous ces chefs religieux -mais «simples citoyens» - qui ont fait prévaloir le souci de la paix sociale sur l’égoïsme démesuré d’un candidat plus que jamais sans limites. Non, le pire pour la démocratie au Sénégal est peut-être devant nous, en état de maturation dans les ateliers d’un pouvoir pris par la panique que peut conseiller l’instinct de survie. 
 

Macky Sall à Paris: Un voyage à la sauvette !
Le président sénégalais a (encore) choisi de s’absenter du pays de manière incongrue. Dans un contexte lourd d’incertitudes liées au projet de loi sur le parrainage contesté de toutes parts, c’est une dérobade dans la logique d’une initiative politicienne qu’il refuse d’assumer personnellement devant le peuple sénégalais.
 
Il y a quelques jours, Edouard Philippe a renvoyé sine die un voyage au Mali prévu de longue date. Le Premier ministre français venait de prendre la mesure de la situation dangereuse et chaotique induite par le mouvement massif des cheminots de la Sncf, au moment où se durcissaient les grèves des pilotes d’Air France et des étudiants opposés au projet de sélection pour l’accès à l’Université. Des démarches similaires sont fréquentes chez les grands responsables politiques, en Afrique ou ailleurs, confrontés à des situations intérieures délicates, pour dire le moins.
 
Pour le chef de l’Etat sénégalais, c’est l’inverse qui est de rigueur. Quand le pays bruit de menaces et d’intentions affirmées de défendre une démocratie ouverte, Macky Sall prend l’avion en direction de Paris pour, indique un communiqué laconique de la présidence manifestement rédigé à la va-vite, «des entretiens d’intérêt commun avec le président Emmanuel Macron.»
 
Personne n’est dupe. Ce voyage diplomatique du président sénégalais est la suite logique de la fuite en avant présidentielle dans la gestion du sulfureux dossier du projet de parrainage que l’assemblée mécanique des parlementaires de Benno Bokk Yaakaar envisage de faire passer le jeudi 19 avril 2018.
 
Quand c’est important, le président sénégalais n’est jamais présent. Sur cette question épineuse, Macky Sall n’a jamais jugé utile de parler solennellement au peuple sénégalais sur une disposition qui, dans les conditions de sa mise en œuvre envisagée, ramène notre démocratie plusieurs décennies dans le passé.
 
Pas une adresse, les yeux dans les yeux, pour expliquer et tenter de justifier son projet, ici au Sénégal. Pas un mot à des compatriotes surpris par une initiative inopportune et malhonnête dont l’objectif de capture de l’électorat national est trop évident pour ne pas mériter un dessin.
 
En réalité, cet «exil» planifié de cinq jours en France pour rencontrer un Macron également pris dans le tourbillon des revendications-contestations est une indication significative du rapport que le président Sall entretient avec le pays. Distance, froideur, silence, incompétence… L’aveu de faiblesse d’un magistrat suprême reclus dans sa tour d’ivoire, laissant la parole en héritage à des téméraires qui tiennent si fort à la pérennisation de leurs strapontins qu’ils en sont devenus aveugles et perdus.

Quand ce pays brûlera pour de bon - à Dieu ne plaise - cet homme là n'y passera pas une seconde.
 

Justice de compagnie
Lourde, la condamnation de Khalifa Ababacar Sall à 5 ans de prison ferme l’est sans doute. De même que celles, également de 5 ans, infligées à deux de ses collaborateurs, Mbaye Touré, directeur administratif et financier de la Ville de Dakar, et Yaya Bodian, le comptable.
A dire vrai, ce verdict tant attendu n’est pas une surprise, loin s’en faut. C’est la traduction d’une volonté d’Etat manifeste de «tuer» dans l’œuf les velléités de candidature du maire de Dakar à la présidentielle du 24 février 2019.
 
Il n’y a pas eu de surprise car nous partons du principe qui veut qu’un pouvoir qui prend le risque de déclencher une telle procédure s’entoure des pleines et totales garanties de son succès par un verrouillage d’acier sur les hommes et les organes chargés de lui faire ce job. C’est cela que Macky Sall a fait avec une froideur et un cynisme qui renvoient tout autant à la faiblesse morale et politique de l’homme. Mais qu’espérait-on vraiment de ce feuilleton POLITIQUE où une libération du maire de Dakar aurait été encore plus dangereuse pour le commanditaire et donneur d’ordre ?
 
Ce verdict n’est pas une surprise. Comme dans d’autres secteurs «stratégiques» de la vie nationale, le président de la République s’est taillé une justice de compagnie sur mesure qui s’est mise en situation de ne pouvoir rien lui refuser de ce qu’il lui demandera, jusqu’au déraisonnable. De hauts magistrats imbus de leurs fonctions et de leur puissance présumée mais réelle ont pris en otage l’institution la plus significative de l’ordre démocratique dont elle est le pilier. C’est cette institution là, qui devait faire vivre l’Etat de droit au quotidien, qui a été corrompue et compromise jusqu’à la moelle pour soutenir un idéal de pouvoir personnel et familial aux antipodes des attentes des Sénégalais. Cette justice de compagnie est là pour frapper encore et encore sur les cibles qui lui seront désignées pour destruction.
 
Ce verdict n’est pas une surprise, il est une HONTE pour ce pays et pour ceux qui le gouvernent selon leurs humeurs, leur agenda, sans jamais se transposer dans la direction que commande l’intérêt général. Il est le prolongement de la complicité organique tissée entre une magistrature bureaucratique corrompue et un ersatz de féodalité autocratique qui, à ses risques et périls, feint d’oublier qui elle est, d’où elle vient.
 
L’une, composée de dinosaures en rouge et en noir, a parachevé aux forceps les réformes judiciaires par lesquelles la carrière des magistrats est encore soumise aux desiderata conditionnels de leur hiérarchie ; l’autre est un conglomérat d’entrepreneurs politiciens dont l’ambition ne dépasse visiblement pas une accumulation tranquille de capital en temps de vaches grasses. Mais à l’histoire, on n’impose pas toujours le chemin de ses sentiments!   
 
Par delà ce procès, c’est pourtant le mal sénégalais qui transparaît si on s’éloigne un tant soit peu de cette justice de compagnie attachée à ses privilèges de gouvernance. Soyons juste pour dire que nos drames proviennent fondamentalement d'une race particulière d'hommes politiques de tous horizons dont les pratiques prospèrent au-dessus de nos têtes grâce à un turn-over dont les enjeux échappent souvent aux citoyens électeurs. Et ça, c'est un vrai problème!
 

Sidiki Kaba, allégeance publique au Sionisme
Les Israéliens en rigolent encore sous cape, après avoir majestueusement roulé dans la farine notre ministre des Affaires étrangères. En même temps, l’Etat Hébreux est conscient d’avoir réalisé un parfait et joli coup diplomatique sur le dos du Sénégal, l’un des plus anciens et constants soutiens de la cause du peuple de Palestine.
 
Ils n’en espéraient pas tant en regard de l’évolution dramatique de la question palestinienne depuis l’arrivée à la Maison Blanche de Donald Trump à la tête d’une Administration foncièrement et ouvertement pro-sioniste. Le transfert pour bientôt de l’ambassade US de Tel-Aviv à Jérusalem est l’épicentre d’une vision totalement alignée sur la cause d’Israël, notamment sur sa politique d’annexion systématique de territoires spoliés aux Palestiniens. Pour Israël, l’«offrande» du chef de la diplomatie sénégalaise est une vraie bouffée d’oxygène dans un environnement international où l’Etat juif est comme un paria.
 
Devant la gravité d’une situation à la complexité exceptionnelle qui fait démissionner toutes les bonnes volontés et entrave toutes les initiatives et pistes de paix, il faut être soit d’une singulière naïveté, soit d’un cynisme implacable pour poser l’acte que Sidiki Kaba, ministre des Affaires étrangères de la République du Sénégal, a montré au monde entier. Le geste est irréfléchi car il ne participe en rien à une perspective de «paix» quelconque. Au contraire, nombreux sont les observateurs et les opinions publiques qui le regarderont comme un encouragement explicite apporté aux politiques sionistes qui défient, imperturbables, toutes les lois internationales depuis soixante dix ans exactement. Les Palestiniens en sont révoltés.
 
Que cherchait vraiment à prouver l’ancien président de la Fédération internationale des ligues de droits de l’homme (Fidh) en se faisant guider par des autorités et la police israéliennes dans les enceintes historiques de la Mosquée Al-Aqsa? Lui seul le sait, et peut-être ses «amis» qui lui ont conseillé cet acte ridicule qui met en colère les Palestiniens, crée l’émoi, ravit les Juifs. S'il voulait donner des gages aux Israéliens après la brouille née du vote par le Sénégal de la résolution des Nations Unies condamnant le changement du statut de Jérusalem en décembre 2016, c'est peut-être réussi. Mais cette affaire engage le Sénégal, ternit son image et brouille la spécificité positive dont notre pays pouvait se targuer au niveau international en ce qui concerne la gestion du problème palestinien.
 
Homme d’expérience, cultivé, intellectuel de talent, au fait des codes qui gouvernent le monde, monsieur le ministre sait mieux trop bien que la diplomatie publique allie exigences et contraintes, us et coutumes, théories et ses pratiques. C’est pourquoi l’œcuménisme inavouable qui a entouré son «pèlerinage» ne répond à aucune logique positive dans ce bout de monde où répressions et injustices sont devenues le quotidien d’enfer des Palestiniens soumis au grand étroit sur la terre de leurs ancêtres.

Alors, devant un geste si peu gratuit, on est en droit de se demander ou de croire que Sidiki Kaba, au nom du Sénégal, est venu ici pour faire allégeance à Israël et au moteur de son existence: le sionisme, suite au grand "malentendu" de décembre 2016.
 

Macky Sall, prestation de serment le 3 avril 2012. Qu'en reste-t-il ?
Macky Sall, prestation de serment le 3 avril 2012. Qu'en reste-t-il ?
Cet autre rapport de l’Ofnac sur la gestion du Centre des œuvres universitaires de Dakar (COUD), dont nous publions des éléments essentiels grâce au très perspicace Mody Niang, n’a jamais pu être rendu public parce que Nafi Ngom Keïta a été empêchée de poursuivre sa mission pour les raisons que nous savons et pour d’autres que nous ignorons. Mais ce document est tout simplement explosif, ahurissant de par son contenu. Il y a des choses qui ne doivent pas être possibles dans un pays !
 
Nous ne reviendrons pas ici sur l’extrême mal gouvernance dont est accusé le Directeur général du Coud, Cheikh Oumar Hanne, à travers le premier rapport de l’office anti-corruption publié en 2016, avec les recommandations judiciaires adressées au Procureur de la République. Celui-ci, Serigne Bassirou Guèye, ne bouge pas car l’Exécutif ne veut pas qu’il bouge. Ses forces avaient été réservées et orientées contre Khalifa Ababacar Sall qu’il s‘est fait un plaisir de rudoyer avec une rigueur sans bornes ni gants.
 
Le dossier du COUD restera ainsi prisonnier des tiroirs de Dame Justice. Entre temps, le magistrat Ibrahima Hamidou Dème a violemment claqué les portes spongieuses de la justice en démissionnant de ses fonctions d’un corps prestigieux dans le principe mais devenu la risée publique.
 
Il est alors temps que le Président de la République, premier magistrat de ce pays, se détache de sa torpeur légendaire, ouvre les yeux sur une situation chaotique et rende service au Sénégal en faisant ce pour quoi il a été élu et ce à quoi il s’était engagé en ce qui concerne le fonctionnement de la justice. Il y va de son Honneur. Enfin…Oui, disons de son honneur !
 
 
 
 

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