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EDITORIAL
TER, le Projet autoritaire d’un Président dominateur.
Blâmé, chahuté, vilipendé, le Train express régional sénégalais (TER) a bien fini par sortir de terre et des entrailles technologiques de plusieurs grandes entreprises françaises dont SNCF, Thalès, Engie, etc. Il coûtera aux contribuables sénégalais la faramineuse somme de 780 milliards de francs CFA (1,2 milliard d’euros, 1,346 milliard de dollars US environ) hors taxes et hors douane. Un montant avancé par des partenaires financiers du Sénégal (Banque islamique de développement, Banque africaine de développement, Agence française de développement, Banque publique d’investissement France, Etat du Sénégal, etc.).
 
Politiquement et juridiquement, notre pays s’est donc doté d’un nouveau patrimoine national, un bijou technologique à préserver et dont le modèle principiel devrait profiter à tous les Sénégalais à partir de n’importe quel endroit du territoire, au nom du sacro-saint idéal de l’accès de tous aux services sociaux de base. A cet égard, le Train express régional est un pas dans la résolution souhaitée - mais lointaine - du casse-tête de la mobilité des populations et des goulots d’étranglement induits par le transport dans Dakar et sa région. Si tout le bien qu’en disent les autorités sénégalaises se concrétise, le Ter sera un formidable outil d’épanouissement pour des milliers de compatriotes devenus prisonniers des désordres, incompétences et indisciplines agrégés dans le secteur des transports depuis plusieurs décennies.
 
Avec le temps, disparaîtront sans doute les griefs et fulgurances négatives qui ont accompagné la mise en œuvre du Train express régional. Néanmoins, moult questions liées au Ter n’ont rien perdu de leur pertinence avec sa mise en service en grandes pompes. Son opportunité fondamentale et son caractère prioritaire face aux besoins essentiels du Sénégal dans le domaine de la mobilité des personnes et des biens restent à démontrer : il sera difficile d’y parvenir. Une non transparence à peu près totale entoure son coût réel et les modalités de son exploitation entre le Sénégal et les entreprises françaises : seule une publication in extenso des contrats signés et documents annexes peut attester de la bonne foi de l’Etat du Sénégal et rassurer les sceptiques. Des avenants invisibles à moins qu’ils n’aient été estampillés ‘’confidentiel’’ ou simplement inexistants. Mais dans tous les cas, le Ter est tiré, il faut le boire. Il est à nous tous !
 
Aujourd’hui qu’il a pris son envol, le Train express régional est à placer dans les actifs politiques du Président Macky Sall. En dépit des couacs et impairs temporels ayant jalonné les chemins du projet, il est allé au bout de ses propres idées pour doter le Sénégal d’un outil moderne de transport, et de celles du Président Emmanuel Macron soucieux lui aussi de soutenir une industrie française en quête de débouchés commerciaux dans un marché mondial impitoyable. Certes, les Etats n’ont pas d’amis à part les intérêts qui les lient, mais rien n’empêche aux Présidents qui s’entendent comme larrons en foire de s’arranger entre eux… Sous cet angle, le TER peut être considéré comme un projet politique autoritaire réalisé par un Président autoritaire décidé à frapper les esprits des Sénégalais, mais aussi à donner un coup de pouce à un homologue étranger dans le besoin.
 
Dans l’histoire contemporaine, les régimes impérieux ont très souvent brillé par leurs capacités à réaliser des infrastructures publiques gigantesques pour, d’un autre côté, masquer ou faire oublier leurs carences dans des domaines plus compliqués comme l’administration de la justice, la gouvernance, la transparence, la séparation des pouvoirs… Le Président Macky Sall a d’office sa place dans cette classification. Avant son élection en 2012, il avait promis de faire faire des pas de géants à la démocratie sénégalaise. Dix ans plus tard, le pays et sa démocratie sont plus proches de la privatisation par la domination absolue qu’il exerce sur toutes les structures institutionnelles et administratives de l’Etat. Mais il va de soi que tout cela est fait pour le bonheur et le bien-être des Sénégalais! 
 
 
 

Macky Sall, la zone grise de la démocratie sénégalaise
2021 n’est pas encore partie mais on a déjà la photo de l’année. Ceux qui n’en savent pas l’histoire ne pourront pas comprendre les raisons de sa consécration. Un briefing s’impose donc à leur intention.
 
A la veille du dépôt des listes de candidatures aux élections municipales du 23 janvier 2022, un nommé Djibril Ngom, coordonnateur et mandataire de la coalition d’opposition Yewwi askan wi (Yaw) dans la circonscription électorale de Matam (dans le nord du Sénégal), disparaît dans la nature en emportant avec lui les listes de candidats.
 
La conséquence politique de cette «disparition» est immédiate : ladite coalition ne peut prendre part aux scrutins de janvier sans le dépôt de ses listes. Sans discernement, le préfet déclare la coalition Yaw forclose. Les services compétents de l’Etat, en particulier la police et la gendarmerie, ne donnent l’impression de prendre en charge cette affaire grotesque. Mais les responsables politiques de Yaw, perspicaces, déposent un recours devant la Cour d’appel de Saint-Louis qui, face à l’évidence du sabotage politicien dont l’ex-mandataire s’est rendu coupable et complice, accepte raisonnablement d’intégrer les listes de Yaw dans le jeu électoral.
 
Trois semaines plus tard, le sieur Djibril Ngom réapparait en public, mais pas n’importe où. Une photo devenue très virale sur les réseaux sociaux le montre en compagnie du Président de la République au Palais de la République.
 
Ce tête-à-tête grossier Macky Sall-Djibril Ngom est d’une violence despotique. Elle met en symbiose une double complicité entre un petit politicien corrompu par une chefferie locale du nord du pays et un Président de la République dont la frivolité et le cynisme n’ont jamais eu de frontières. Elle résume à elle seule l’infini potentiel de violences qui git en l’actuel chef de l’Etat, explosif au gré des circonstances.
 
Cet homme, Macky Sall, vivait déjà dans une faillite morale et institutionnelle à nul autre pareil dans le cercle restreint des dirigeants ayant présidé aux destinées de notre pays depuis  1960. La violence que dégage cette entrevue autant que les éléments symboliques et opérationnels d’une trahison de devoirs et responsabilités d’Etat qu’elle porte renvoient au vrai visage du chef de l’Etat. Une immense zone grise pour la démocratie sénégalaise
 
Comment un Président de la République un brin sensible aux valeurs démocratiques et à une seine compétition politique peut-il recevoir en audience au Palais de la République une personne qui assume avoir délibérément volé des documents électoraux afin d’exclure des prochains scrutins de janvier son parti et sa coalition politique ?
 
Sur les flancs d’une réponse à trouver dans la question, la démarche est elle-même un appel à la transhumance politique à l’intention de responsables d’opposition. Audience dans le saint des saints de la présidence, photos virales, enveloppes, pistons, trafic d’influence… La liste des «avantages» pour ceux qui franchiront le Rubicon est si longue… Avis aux amateurs intéressés !
 
Néanmoins, cette séquence du saccage des principes moraux élémentaires de la politique et de la démocratie par la plus haute autorité du Sénégal a quelque chose d’utile au moment où circule un projet de charte contre la violence politique. Pour ses promoteurs dont on ne doute pas de la bonne foi, voilà peut-être un indicateur grandeur nature d’un vrai chantier dont l’accomplissement serait utile pour le Sénégal  et sa démocratie.
 
 
 
 
 
 

CSM - Que cherche Macky Sall derrière le redéploiement massif des magistrats dans les Cours d’appel à deux mois des élections locales ?
Les Cours d’appel, maillon essentiel des élections et des contentieux électoraux, ont fait l’objet d’un grand chamboulement voulu par le Président de la République à quelques semaines des scrutins municipaux et départementaux. Que cherche-t-il ?
 
Il est difficile de ne voir derrière les redéploiements massifs opérés hier par le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) qu’une banale volonté administrative de mieux faire fonctionner l’appareil judiciaire. Birahime Seck, Coordonnateur général du Forum civil, a plusieurs fois sonné l’alerte pour dénoncer « le refus (du Président de la République) de tenir (à date échue) la réunion du Conseil supérieur de la magistrature », un acte qui, à ses yeux, « relève de la mauvaise gouvernance judiciaire. » Ni la présidence ni la chancellerie n’ont jamais apporté des explications officielles sur ce black-out judiciaire. Mais après la session tenue enfin ce 22 novembre, on en comprend peut-être une des raisons.
 
La partie essentielle et dominante des nominations intervenues concerne les six Cours d’appel qui existent au Sénégal (Dakar, Thiès, Kaolack, Ziguinchor, Saint-Louis et Tambacounda) et dont les compétences s’étendent aux autres juridictions du pays.
 
« La Cour d’appel statue sur les litiges relatifs aux élections des conseils municipaux et régionaux… (Elle) veille au déroulement des opérations de vote, à la régularité du scrutin, au recensement des votes et procède à la proclamation des résultats provisoires », lit-on sur le site du gouvernement sénégalais.
 
En rapprochant ce grand chamboulement de la magistrature de la tenue des élections municipales et départementales du 23 janvier 2022, le Président de la République semble viser des objectifs précis dont le moindre parait évident : peser politiquement sur l’issue de ces joutes locales qui soulèvent une grande passion de part et d’autre de l’espace politique et citoyen.
 
Le rôle transversal essentiel des Cours d’appel dans l’issue des élections politiques n’est plus à démontrer eu égard aux nombreux contentieux qui peuvent en découler.
 
A cet égard, il y a un système de pantouflage politique qui est mis en œuvre par le Président de la République, notamment à Saint-Louis. La grande ville du Nord sera le théâtre d’une dure bataille politique dans laquelle est impliqué le maire sortant Mansour Faye, à la fois ministre des Transports terrestres et du Désenclavement et beau-frère du chef de l’Etat. Les nominations du CSM concernant Saint-Louis ne sont donc pas neutres.
 
Le « pantouflage » concerne le magistrat Cheikh Niang. Jusqu’ici en détachement à la présidence de la République, il devient président de chambre à la Cour d’appel de Saint-Louis. Un nouveau poste qu’il va cumuler avec les fonctions de secrétaire général de cette même juridiction. Comment ne pas voir derrière cette « mission-commando » une volonté manifeste et assumée du Président Sall de « suivre » de près le scrutin local en sa faveur ?
 
Les autres nominations dans cette juridiction concernent Gorgui Diouf (président de Chambre), El Hadj Alla Kane (Conseiller), Yaya Amadou Dia et Thiéyacine Fall (Substituts généraux).
 
A la Cour d’appel de Dakar, sont intervenues treize nominations. L’une d’elles concerne un vieux routier de retour au premier plan après une longue disparition derrière les radars de Thémis, en l’occurrence Ousmane Diagne, nouveau procureur général.
 
Dans les autres cours d’appels, de nouveaux premiers présidents ont été désignés par le Conseil supérieur de la magistrature : Habibatou Babou (Thiès), Souleymane Sy (Kaolack), Mamadou Dème (Ziguinchor) et Waly Faye (Tambacounda).
 
La question du timing concernant la tenue ici et maintenant du Conseil supérieur de la magistrature reste entière, de même que les profils choisis pour diriger les cours d’appel.
 
Comment les magistrats subitement nommés pour présider les juridictions en charge des élections locales du 22 janvier prochain vont-ils se comporter face aux contentieux potentiels ? Qu’en sera-t-il des contentieux actuels concernant les listes de partis et de coalitions d’opposition rejetées par des préfets et dont l’issue pourrait être tranchée par les nouveaux patrons des cours d’appel ?
 
Question de redevabilité, il n’est pas toujours aisé, au plan psychologique, de devoir fermer les yeux sur les déboires (électoraux) de son bienfaiteur, surtout en politique. Mais c’est le jeu de la démocratie et de l’intérêt général qui doit primer en toutes circonstances, quels que soient les états d’âme du prince.
 
 

Colin Powell, chef de la diplomatie US, lors de sa fameuse "démonstration" à l'ONU sur les "armees de destruction massives" de l'Irak.
Colin Powell, chef de la diplomatie US, lors de sa fameuse "démonstration" à l'ONU sur les "armees de destruction massives" de l'Irak.
Rendre hommage à Colin Powell en fermant les yeux sur ses responsabilités criminelles en Irak (et ailleurs) est l'expression d'une appartenance à une coterie d'intérêts politiciens où la vie de plusieurs milliers d'Irakiens ne pèse pas un centigramme.
 
Du haut de la tribune de l’Organisation des Nations Unies (ONU), ce monsieur a froidement menti et assumé son mensonge devant la planète entière. Contre toutes les évidences qui lui étaient opposées, il a défendu bec et ongles la thèse (fausse) de la possession par l’Irak de Saddam Hussein d’une quantité dangereuse d’armes de destruction massives considérées comme une menace pour la sécurité du monde.
 
Il a fermé les yeux sur l’antithèse (vraie) d’un canular fondamental de l’Administration Bush en bloquant toutes les missions de bonne volonté dont celle portée à l’époque par la France de Jacques Chirac. Le discours à l’Onu Dominique de Villepin, alors chef de la diplomatie française, restera à cet égard un moment essentiel de l’histoire des Nations Unies. Ses propos pulvérisèrent les certitudes fabriquées d’un Colin Powell obnubilé par l’exécution inconditionnelle et pressante des desseins géostratégiques que ses commanditaires néoconservateurs qui avaient pris en otage la Maison Blanche et les Etats-Unis avaient pour le monde, notamment dans la zone névralgique du Moyen-Orient.
 
Quels prix et poids pouvait avoir son repenti après que son manque de courage, sa faiblesse et ses ambitions de pouvoir ont ouvert la voie à une criminalité de masse dont lui et ses acolytes se sont rendu coupables ? En Afrique, de petits chefs de gangs présumés criminels de guerre, plus malfrats cupides de ressources minières que visionnaires politiques, attendent leur jugement dans les couloirs de la prison de Scheveningen à la Haye. Devant la Cour pénale internationale (CPI), la plupart sont certains de s’en sortir avec la perpétuité ou plusieurs dizaines d’années de bagne. En quoi seraient-ils plus coupables et criminels que Colin Powell, par exemple ? Il est vrai qu’en Afrique et qu’en Asie, la mort provoquée de milliers de personnes n’est jamais plus qu’une information brève, consommable à chaud et vite oubliée, en attendant les prochains cadavres.
 
Ceux qui disent avoir travaillé avec Powell et qui lui rendent si bruyamment hommage, chez nous et ailleurs, ne peuvent avoir été que des objets d'influence au service de puissances étrangères auxquelles ils ont prêté allégeance d’une manière ou d’une autre, à un moment où à un autre de leur carrière/vie. Pour certains d’entre ceux-ci, en particulier au Sénégal, l’histoire récente a montré qu’ils ne valaient pas forcément un dollar.  
 
 

Les réflexes autoritaires de retour
Depuis quelques semaines, c’est le retour à la case-départ dans la gestion des « autorisations » liées aux manifestations publiques. Un tour de vis systématique est ainsi appliqué aux demandes citoyennes concernant l’exercice de libertés publiques constitutionnelles. C’était le cas ce week-end avec l’interdiction d’une marche contre la cherté des denrées alimentaires de première nécessité. Ce fut déjà le cas la semaine dernière en banlieue dakaroise. Ici et là, des citoyens ont été arrêtés, brutalisés, privés de libertés pendant des heures, relâchés… Et rebelote sans doute sous peu.
 
En revenant à la règle illégale des interdictions systématiques sous prétexte d’anticiper le « trouble à l’ordre public », le président de la république, par l’entremise de sa préfecture politisée, réenfile le sombre costume de la répression qui caractérise sa conception autoritariste du pouvoir. Or, il y a quelques mois, ses propres certitudes avaient été dangereusement secouées par une violente insurrection politique. L’une des branches de cette rébellion fut justement de mettre un terme au bâillonnement des libertés minimales dont les citoyens d’une démocratie, même de moyenne qualité, sont en droit de jouir. C’était la réponse à un processus de normalisation stalinienne de principes démocratiques immuables et inviolables sacralisés par la Constitution. Désireux subitement de sauver son pouvoir, Macky Sall abdiqua sans demander son reste.
 
Six mois après, comme s’il attendait que la bourrasque de mars 2021 perdît de sa puissance, le voilà qui retombe dans ses vieux réflexes impérieux, oubliant que c’est son autoritarisme primesautier qui fut l’une des causes de ces événements sanglants. Les forces de l’ordre sont de retour sur scène, sous les accoutrements préférés de politiciens cyniques : ceux de la répression. Au nom du principe de déclenchement des causes et des effets, il n’est pas certain que cette voie soit la mieux indiquée pour assurer la paix sociale.
 
 
 

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