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EDITORIAL

En reconnaissant à la France l’extrême générosité d’avoir offert des privilèges (desserts après repas) aux tirailleurs africains issus du Sénégal, le président de la République tente de réhabiliter les anciens colons français et retourne le principe de la dette coloniale due à l’Afrique en passe-droits au bénéfice des entreprises françaises qu’il sert si bien d’ailleurs depuis son arrivée au pouvoir.


«Desserts aux tirailleurs sénégalais» : Macky Sall renverse l’historique dette coloniale
«Les Français sont nos amis car nos tirailleurs avaient droit à des desserts pendant que d’autres africains n’en avaient pas…» (Macky Sall).
 
Maladresse coupable, conviction profonde, ou légèreté insoutenable ? Ces propos du président de la République du Sénégal, tenus dans le cadre de la présentation du tome 1 d’une série de quatre ouvrages consacrés à sa «Conviction républicaine», ont semé l’émoi et la consternation dans des milieux intellectuels et de la société civile dans notre pays et ailleurs sans doute.
 
La colère ambiante est dirigée non contre cet élément colonial factuel et discriminatoire au profit de nos compatriotes conscrits dans les armées françaises – l’attribution de desserts – mais contre le fait que ce soit le Président lui-même qui monte au créneau à la fois pour le rappeler mais aussi et surtout pour en tirer des justifications a posteriori concernant la politique des grands cadeaux qu’il développe à l’égard de la France depuis six ans.
 
La question que notre Président ne se pose pas et qu’il aurait dû se poser, c’est : pourquoi seuls les tirailleurs sénégalais du Sénégal avaient droit à des «desserts» ; pourquoi les tirailleurs issus d’autres pays africains étaient à ce point éliminés de la généreuse sollicitude des colons français. Cette double interrogation renvoie aux systèmes de traitement et de châtiment naguère mis en place par la colonisation française en Afrique francophone.
 
En même temps, elle jette un regard cru sur le rôle véritable que l’on faisait jouer aux Sénégalais et à leurs élites dans le cadre de la consolidation du projet colonial dans les autres territoires. Il est possible que ces privilèges liés au «dessert» aient été le résultat de négociations menées par ces mêmes élites auprès de la puissance occupante. Alors là, on comprendrait de quoi il retournait. Les desserts n’étaient pas gratuits, ils étaient une contrepartie coloniale!
 
C’est à ce niveau qu’il faudrait mettre en contexte les propos du chef de l’Etat. Si la France coloniale a si bien servi les compatriotes sénégalais engagés dans la «grande cause» française en Afrique, pourquoi n’en serait-il pas reconnaissant à la «patrie des droits de l’Homme» ? Ce coup de pouce politique bruyant à l’Hexagone ne sort pas du néant et ne ressemble pas à une boutade au détour d’un discours. La France, avec ses symboles comme le franc Cfa et ses armées de plus en plus présentes sur le continent et notamment dans le Sahel, est fortement contestée dans ses prérogatives historiques ou contractuelles en Afrique. Mais elle a encore le soutien de son pré-carré dont fait partie le Sénégal.
 
Réhabiliter la colonisation française
 
Ce qu’a donc fait Macky Sall, c’est une tentative de déconstruction politique et morale de l’image négative du colonialisme français sous nos tropiques au travers de dehors humanitaires qui camouflaient d’autres desseins. Alors que la «dette coloniale» française à l’endroit de l’Afrique reste «impayée», le président Sall va en sens contraire en payant à la France d’aujourd’hui une autre «dette coloniale», celle relative en particulier à la générosité dont justement les colons avaient fait preuve à l’égard des «tirailleurs sénégalais».

C’est à ce niveau qu’il faudrait situer la détermination quasi instinctive du président sénégalais, depuis son arrivée au pouvoir, à offrir de manière souveraine et souvent sans appel des marchés publics juteux aux entreprises françaises. A ses yeux, c’est un moyen économique moderne de solder «notre dette» envers le «grand-frère» gaulois.
 
En attendant, la vraie dette coloniale issue des politiques de répression et de liquidation des peuples africains sous l’empire colonial français va continuer à être dans l’impasse. Et l’on se retrouve subitement dans une perspective nouvelle qui place l’Afrique, selon Macky Sall, dans la posture du coupable condamné à expier des «dettes» au profit de l’ex-puissance coloniale… Une vraie trahison que l’Histoire a déjà retenue dans ses livres d’or.   
 
 
 

SwissLeaks, les secrets pulvérisés des puissants !
En février 2015, c’est la stupeur dans le monde: des médias de grande renommée, crédibles et influents révèlent un gigantesque système d’évasion fiscale et de blanchiment d’argent imputé à la prestigieuse banque britannique HSBC par l’intermédiaire de sa filiale HSBC Private Bank SA.
 
L’affaire devient très vite un séisme de dimension mondiale à une échelle qui touche et compromet un gotha bien large: institutions respectables, hauts responsables politiques, des rois et souverains de pays richissimes, dirigeants de pays pauvres et sous-développés, stars interplanétaires du sport de haut niveau, mais aussi des gens apparemment sans histoires, des citoyens quelconques, etc.
 
A la base des fuites ayant révélé le scandale, un informaticien français employé de HSBC en Suisse, Hervé Falciani, qui fait parvenir au journal «Le Monde» une clef USB contenant plusieurs dizaines de millions d’archives de fichiers bancaires numérisés. Ces fichiers concernent la période comprise entre novembre 2006 et mars 2007.
 
C’est sous la coordination du Consortium International des Journalistes d’investigation (ICIJ) que les SwissLeaks ont été publiés grâce à la collaboration d’environ 150 journalistes appartenant à une soixantaine de médias issus de près de 50 pays après des enquêtes qui ont duré un an. Falciani, aux prises avec la justice suisse, est l’objet d’une condamnation par contumace pour «vol de documents», notamment, la France ayant refusé de l’extrader.
 
Pour l’Afrique de l’Ouest, cet événement– dans la lignée des autres révélations liées aux Panama Papers et Paradise Papers- est d’une importance capitale. Il dévoile les procédés par lesquels des institutions, personnes morales et individus ont fait évader des milliards de dollars dans des institutions financières ou autres comptes offshore. Un manque à gagner considérable orchestré à plusieurs niveaux, au détriment des finances de pays gravement confrontés à la corruption et dont les services fiscaux ne disposent que de moyens faibles et limités pour assurer leurs missions.
 
Selon José Antonio Ocampo, président de la Commission indépendante pour la réforme de la fiscalité internationale des sociétés, «l’Afrique perd chaque année entre 30 et 60 milliards de dollars (25 et 50 milliards d’euros)» à cause des pratiques liées à l’évasion fiscale. (voir Jeune Afrique du 11 au 17 mars 2018).

Pour cet expert en fiscalité, l’évasion fiscale est un drame pour les pays africains car «l’impôt sur les sociétés représente entre 13 et 18% des recettes fiscales contre 8,5% dans les pays développés.» La conséquence est immédiate: «des rentrées fiscales inférieures signifient moins de financement pour l’éducation, les soins de santé, les programmes de réduction de la pauvreté, l’infrastructure et la lutte contre les changements climatiques.»
 
 

Meurtre de l’étudiant Fallou Sène: Bien entendu, ni coupable ni responsable !
Un mort. Un de plus dans le ménage volcanique entre manifestants et forces de l’ordre. Une vie humaine de plus versée dans le sinistre bilan à mettre à l’actif des policiers et gendarmes préposés à un maintien de l’ordre public qui vire facilement à des drames pourtant évitables. Les protecteurs de notre «tranquillité» ont si tendance à avoir la gâchette un peu trop facile que l’on se demande s’ils ont été entraînés à faire du maintien de l’ordre pur et dur. C’est que, au fond, il y a un vrai problème, et il est politique.
 
Face à des manifestations de plus en plus nombreuses organisées par des organisations politiques et sociales reconnues, une violence d’Etat excessive est impunément exercée sur les citoyens au mépris de leurs droits constitutionnels. Ce constat irréfutable est le résultat de la frilosité qui caractérise le pouvoir gouvernant devant un désir débridé d’expression et de jouissance d’une liberté consacrée.
 
Il y a quelques mois, en marge d’une manifestation avortée de l’opposition, des policiers avaient allègrement balancé des grenades lacrymogènes à l’intérieur de l’école primaire Mame Yacine Diagne en plein centre-ville. Des élèves d’une dizaine d’années pris au piège des odeurs avaient été durement choqués. Quelques jours plus tard, des policiers de Mbacké avaient imité leurs collègues de Dakar. Dans les deux cas, le pire pouvait arriver. Les récentes violences exercées sur des élèves de Thiès sont également frais dans les mémoires.
 
Face à des étudiants déterminés à se faire entendre, non armés et, surtout, dans leurs droits, pourquoi des gendarmes en viennent-ils à utiliser des armes qui tuent ? Leur a-t-on intimé l’ordre d’ouvrir le feu ? Qui a été le donneur d’ordre dans la troupe massée à l’Université Gaston Berger ? Car au final, il y a eu quand même une personne tuée. Qui en est responsable ? Qui faut-il sanctionner ? Qui se souvient encore des dix personnes tuées au stade Demba Diop en juillet 2017, sans qu’aucune responsabilité politique ou administrative ait été identifiée et livrée à la justice ?
 
Il est grand temps que les autorités politiques sénégalaises reviennent aux principes fondamentaux de l’Etat de droit en ce qui concerne la liberté de manifester. Continuer à se  cloîtrer dans cette culture de répression systématique des droits constitutionnels des Sénégalais ne fera qu’alourdir la facture des morts et des blessés. Or, empiler les morts dans les espaces publics de liberté ne saurait être érigé en coutume républicaine avec un président de la république transformé en présentateur vedettes de condoléances aux familles de victimes. Car enfin, les gens veulent simplement vivre dans la dignité, avec leurs droits.   
   
En regard des nombreuses jurisprudences déjà accumulées dans la répression étatique des mouvements revendicatifs, il n’y aura aucune suite à ce drame. Les politiciens commanditaires-responsables des châtiments infligés aux citoyens et les policiers/gendarmes qui acceptent d’être transformés en exécuteurs des basses besognes sont comme unis dans un bateau à la dérive. Le ministre de l’Intérieur peut donc toujours annoncer l’ouverture d’une enquête qui va être faite par ses propres services…
 
 
 
 
 
 

55 tués dont 8 enfants. Plus de 2500 personnes blessées, la plupart par balles. Tel est le bilan du massacre délibéré perpétré par l’Etat sioniste d’Israël sur des manifestants de la Bande de Gaza en territoire gazaoui. Le résultat du pacte de sang qui unit Donald Trump et Benjamin Netanyahou sur le dos des populations palestiniennes et du droit international.


Massacre à ciel ouvert à Gaza : Trump-Netanyahou, le nouvel Axe du mal
«Ils maudissent Hitler jour et nuit, mais ils l’ont surpassé dans la barbarie. Ils n’ont ni humanité, ni conscience, ni honneur…» (Recep Tayip Erdogan, Président de la Turquie)
 
Sous le silence habituel de la «communauté internationale» (en fait, les pays occidentaux en général membres de l’Organisation de coopération et de développement économique, OCDE), l’Etat d’Israël a commis hier l’un des plus odieux crimes de l’histoire contre la population palestinienne de Gaza au moment où la nouvelle ambassade des Etats-Unis était transférée et inaugurée à Jérusalem.
 
Près de 50 Palestiniens massacrés en une journée de bombardements de l’armada israélienne par-dessus la frontière qui sépare de la Bande de Gaza. En écho, cette éternelle impuissance volontaire et/ou contrainte qui perdure de la part de ces Etats qui ont monopolisé entre eux et pour eux la conscience de l’humanité. Plus que jamais, les populations palestiniennes en sont encore à se demander quand prendra fin le calvaire inhumain qui accompagne la spoliation de leurs terres depuis soixante-dix ans maintenant.
 
A ce drame, s’est rajoutée une catastrophe qui a donné une trajectoire criminelle à la question palestinienne: l’accession de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis. Il est vrai que, dans ses grandes lignes, la politique américaine est restée dans une logique de soutien inconditionnel à l’Etat d’Israël. Et personne n’y a échappé, même pas Barack Obama. Le pire, c’est l’engagement total et inconsidéré de celui qui a justement succédé au premier président noir d’Amérique.
 
Délibérément, Trump a rompu avec fracas et arrogance les rares et fragiles équilibres qui donnaient encore à la Maison Blanche un semblant de présence dans un «processus de paix» qui n’existe plus depuis plusieurs années. Son exploit, c’est d’avoir libéré le messianique Netanyahou de toutes considérations dans sa volonté terroriste de parachever la conquête des terres palestiniennes devant assurer le «destin» d’Israël pour l’avenir.
 
En retour, Trump a non seulement bénéficié des fonds et de l’influence de l’aile ultra-sioniste du judaïsme américano-israélien contre Clinton en novembre 2016, mais il va encore en jouir pour sa tentative de réélection en 2020. En gros, c’est le pacte qui le lie au premier ministre israélien. C’est l’Axe du mal dans cette partie du monde à feu et à sang…
 
Le massacre perpétré ce lundi 14 mai 2018 à Gaza par Tsahal avec la bénédiction de Donald Trump et de son Administration remet au (dé)goût du jour l’inanité des principes du droit international. Quand un Etat comme Israël est capable depuis si longtemps d’assassiner d’un coup des dizaines de personnes avec une facilité si déconcertante et en toute impunité, c’est qu’il y a quelque chose de détraqué dans le «système» gouvernant/dominant ce monde.
 
C’est la loi des plus forts qui fait office de justice. On est bel et bien dans une jungle, au-delà des hypocrisies et des lâchetés, des silences et des bavardages. Et les Palestiniens ne sortiront donc pas de ce piège meurtrier sans en payer le prix, comme d’autres peuples l’ont fait avant eux, et s’ils ne soldent pas leurs contradictions internes qui font le petit bonheur d’Israël.

Sur qui peuvent-ils encore compter ? Sur une Amérique sans légitimité et disqualifiée, sur une Grande Bretagne foncièrement atlantiste, sur une France faible et sans consistance ? Sur l’Egypte, l’Arabie saoudite, les autres monarchies du Golfe ? Sur le Sénégal ? Allons…
 
 

Du béton de Diamniadio aux Ba.ba de la démocratie
C’est à grand renfort médiatique que les autorités sénégalaises ont fait couvrir l’inauguration d’une partie des «sphères ministérielles» de Diamniadio destinées à concentrer les activités gouvernementales. Super !, lit-on un peu partout pour magnifier un acte de décentralisation majeur dans notre pays, sans pour autant s’interroger sur ce que disent vraiment les contrats signés avec les bailleurs du projet. Mais ça, c’est une autre histoire que le temps révélera peut-être.
 
L’inauguration de ces bâtiments dits intelligents intervient quelques jours après le retour au pays du président de la république. On se souvient que Macky Sall avait quitté le pays avec une partie de sa famille à la veille de la manifestation annoncée contre le très contestable projet de loi (devenu loi) instituant le parrainage pour tous les candidats à l’élection présidentielle de février 2019. Le lien entre ces deux événements ?
 
Sortir des immeubles de terre comme à Diamniadio est un jeu d'enfant pour ceux qui savent user et abuser de toute la puissance et de l'entregent qu'offre le pouvoir dans un pays comme le nôtre, sans contre-pouvoirs dignes de ce nom, capables de freiner les magouilles qui peuvent se nicher dans des investissements déguisés en partenariat public privé. De fait, la plupart ou tous les régimes autoritaires, parce qu'ils ont enseveli sous terre les principes démocratiques élémentaires et consensuelles au profit de leur propre «bonheur», sont tentés d’offrir à leurs opinions les images de bâtisses monumentales destinées à installer un tant soit peu leur propre ego dans l'inconscient de leurs peuples. «Père de la nation»…
 
Mais le béton ne peut être un substitut sensé au respect de la dignité des gens, de leur intelligence, de leurs aspirations, de leur autonomie. En somme de leur humanité. Seuls des esprits tordus par l’incompétence structurelle de leur gouvernance peuvent penser un instant que des artifices somptuaires en mesure de remplacer les idéaux qui assurent notre liberté de jugement face aux actes que pose le pouvoir. Par compétence, ne pas entendre uniquement la capacité de réaliser des merveilles: il y faut de l’éthique, de la transparence, de la justice. En cela, Diamniadio n’est qu’un misérable cache-sexe dont l’élastique ne tient pas plus que ces fils légers dont se sert le tailleur.
 
Un lien est là entre le récent bref «exil» du chef de l’Etat à Paris et l’inauguration en grandes pompes des sphères ministérielles de Diamniadio: savoir assumer tout quand on se veut un chef respectable… Tant mieux néanmoins si la ville dit nouvelle de Diamniadio sert les intérêts fondamentaux du Sénégal.
 
 

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