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EDITORIAL
Kashoggi, une histoire sans lendemain
L'Arabie saoudite reconnaît que Kashoggi a été tué dans les locaux de son consulat d'Istanbul! C'est la solution de sortie de crise préconisée par les Etats-Unis et la Turquie en parfaite intelligence avec un roi Salman tout heureux de s'en sortir à si bons comptes. Trump n'a jamais eu l'intention réelle de sanctionner l'Arabie saoudite et il ne le fera pas. Lui le sait, les Saoudiens aussi, les Européens également, les Turcs et les Iraniens de même. Les intérêts économiques, financiers et stratégiques des Etats rivaux de la région et la place centrale du royaume Wahabite dans le puzzle régional se révèlent supérieurs à la vie d'un malheureux journaliste qui avait le tort d'être allié à des ennemis du régime saoudien.

Le business va reprendre - si tant est qu'il avait pris une pause un seul instant. C'est la loi des grands équilibres qu'aucune puissance n'a intérêt à rompre ou à affaiblir, surtout dans une région devenue une gigantesque poudrière entre gaz, pétrole et armes de destruction massives. Ainsi marche le monde de la Politique au sommet, au delà des indignations feintes, des hypocrisies évidentes, des discours convenus.

OFNAC, le jeu du faire-semblant
Comme prévu depuis le limogeage de Nafi Ngom Keïta, l'Office national de lutte contre la fraude et la corruption (OFNAC) semble bel et bien mort. Son rapport d'activités publié ce 15 octobre 2018 après deux ans de vide est explicite: ce n'est pas avec et sous Macky Sall que la lutte contre la corruption fera des progrès décisifs au Sénégal en dépit des lois sur la transparence votées à l'assemblée nationale.

Dépourvu d’une volonté ferme de s’attaquer aux corrupteurs et corrompus qui squattent les étages de la République et de l’Etat, le machin qui avait tant donné des promesses à l’avènement de l’actuel chef de l’Etat est condamné en haut lieu - mais avec son consentement - à privilégier des problématiques administratives et domestiques pour ne pas franchir la ligne rouge qui lui a été tracée. Il est devenu un objet impuissant.

De fait, comme l’autre l’a dit et fait de son côté, l’Ofnac s’emploie à mettre sous le coude tous les dossiers susceptibles de fâcher des pontes qu’il va protéger en fin de compte.

Disons-le net : ce rapport est indigne d’une institution dans un pays pauvre gangrené par les corruptions en tous genres et où les délinquants en boubou et costume-cravate font la pluie et le beau temps grâce à des réseaux qui leur assurent protection et survie contre soumission par ailleurs. Ces messieurs et dames qui font semblant de combattre la corruption en profitant des largesses permises par la trop grande abondance de nos deniers devraient avoir la courtoisie - pour ne pas dire dignité - de démissionner pour incapacité chronique et de se confiner à leur giron professionnel d’origine. Ce serait tellement plus saint pour tout le monde !

De séminaires en voyages, de manifestations publiques contre la corruption en séances de thé-débat, de parrainages de matches de football en soutien à des associations religieuses, l’organe dirigé par la magistrate Seynabou Ndiaye Diakhaté nous reviendra sûrement l’année prochaine avec des dossiers explosifs qui vont secouer la République. Rêvons, d’autant plus que dans l'affaire «Petrotim Sénégal, Petrotim Limited, Timis Corporation et Kosmos Energy», «l’enquête suit son cours»… Rêvons !

Meurtre politique ?
L'assassinat d’une responsable politique de Pastef samedi à Keur Massar semble être le résultat initial violent du procès en sorcellerie parrainé par des officines obscures contre un adversaire politique carrément transformé en challenger du président de la République.
 
Quand des marabouts drogués et historiquement accrocs au mercenariat s’allient à des politichiens-ordures pour exécuter un lynchage médiatique hors normes au mépris de toute retenue, cela donne (forcément) des « idées » à des militants de base disponibles pour accomplir, fleur au fusil, les besognes basses commanditées ou suggérées par leur «hiérarchie».
 
Il ne faut pas se le cacher, ce meurtre a tout l’air d’un avertissement adressé à Ousmane Sonko pour annihiler la précampagne de rupture qu’il déroule et impose sur les thématiques de son choix. Pour certains, la violence politique est la seule réponse disponible entre leurs mains. Ce n’est pas glorieux !
 
Si les services de l’Etat ne font pas la lumière sur ce meurtre perpétré contre Mariama Sagna, si une enquête transparente et sérieuse doit faire place nette au profit d’une impunité de fait, ce serait une porte de plus ouverte pour des lendemains douloureux où tout le monde sera en danger.

Protéger le Forum civil contre la domestication !
La succession de Mouhamadou Mbodj comme Coordonnateur général du Forum civil du Sénégal était très attendu depuis son rappel à Dieu au mois de mars dernier. Mais comme toujours dans nos organisations politiques et syndicales, la transmission de l’héritage ne semble pas devoir se dérouler de la meilleure des manières. Il faut juste souhaiter que la raison l’emporte sur la passion et sur des ambitions dangereuses pour la survie de cette «institution».
 
En réalité, ce qui est inacceptable et incompréhensible, c’est que Me Moussa Félix Sow (photo) qui était l’adjoint de Mbodj, en arrive (s’il est vraiment candidat) à vouloir prendre la direction du Forum civil. Dans l’absolu, lui et tous les autres membres de l’association ont la dignité qui leur confère le droit de postuler à diriger l’organe. Mais dans le principe, il est évident que Me Sow a perdu cette légitimité fondamentale. Avocat de l’Etat du Sénégal dans plusieurs dossiers judiciaires lourds et complexes, il affaiblirait et discréditerait grandement le FC s’il venait à en prendre la direction.
 
L'éthique et l’action citoyenne désintéressée, marques distinctives du Forum civil sénégalais, lui suggèrent forcément une posture autre que celle qui conduit inéluctablement à la scission d’un instrument d’utilité publique incontestée. Une équipe jeune, indépendante, compétente et crédible apparaît comme l’alternative qui protègera le Forum des appétits d’un pouvoir qui, dans le fond, se passerait bien d’un contre-pouvoir prestigieux à ses basques.
 
La quasi-totalité des leviers qui étaient en mesure d’équilibrer un tantinet les rapports entre les institutions du champ démocratique ont été neutralisés, domestiqués, détruits d’une manière ou d’une autre. L’Ofnac est mort après un seul rapport ; l’IGE appartient de fait au Président de la République ; la Cour des comptes est dépassée ; l’Inspection générale des finances (IGF) obéit au ministre de tutelle ; etc.
 
Il ne faudrait pas que le Forum civil, à son tour, soit passé à la moulinette parce qu’un «agent» de l’Etat se serait débrouillé pour le faire tomber entre ses mains au profit d’une puissance ombrageuse qui en ferait une coquille vide. Perspective hallucinante qui rajouterait au cimetière des machins dormants un «Forum civil Forces du changement» (FcFc).
 

Macky Sall, un facteur de violences
Les procédés, menés au pas de charge sous nos yeux, visant à se substituer au peuple souverain en éliminant des adversaires politiques par le truchement de la «loi» ont fait le lit de graves troubles de toutes sortes dans beaucoup de pays africains. Ils ont été des points de départ à l’institutionnalisation de structures et pratiques de violences durables qui ont grandement affaibli des Etats, déstructuré leurs tissus sociaux, compromis leurs perspectives d’émergence et de développement.
 
L’instrumentalisation d’une colonne du pouvoir judiciaire par le président Macky Sall pour mettre hors circuit des candidats déclarés à une élection présidentielle à venir est trop grotesque pour relever du libre fonctionnement d’une institution capitale à la stabilité du Sénégal. Le caractère flagrant du détournement politique planifié et orchestré de services qui devaient être publics et impersonnels interpelle ici et maintenant en regard du potentiel de violence susceptible d’exploser d’une manière ou d’une autre, au grand dam de tous. S’il est avéré que la violence institutionnelle d’Etat en cours est illégitime, jusqu’où ceux qui en pâtissent au nom des ambitions d’une classe politicienne régnante accepteront-ils de ne pas franchir le Rubicon qui écarte de la paix sociale ?  
 
En cela, le futur chef de l’Etat sortant est en lui-même un puissant facteur de violences dont les aventures entamées depuis plus de six ans ont dérégulé le fonctionnement normal de la démocratie et de ses supports institutionnels. Son autoritarisme primesautier légalisé aux forceps apparaît comme une bombe à retardement en errance et contre laquelle il faudra se prémunir.
 
D’où la nécessité absolue et urgente que les voix présumées autorisées dans ce pays (confréries musulmanes, Eglise catholique, chefs traditionnels, citoyens encore intéressés par l’avenir du Sénégal et autres voix porteuses d’influence) se bougent pendant qu’il est encore temps ! Demain, peut-être, sera-t-il trop tard. A force de tirer encore et encore sur la corde qui étouffe les droits inaliénables de franges politiques tyrannisées par des lois scélérates, l’irréparable se produira.
 
La compétition démocratique autour de la conquête du pouvoir est inséparable de l’application intransigeante des principes de loyauté, de justice et d’équité. Si le cas contraire devait être vrai, le président de la république, ses sympathisants et les troubadours situationnistes qui l’accompagnent dans ses aventures doivent se convaincre alors qu’ils auront transformé le Sénégal en une vilaine démocrature dynastique du 21e siècle. Et il n’est pas certain qu’ils échappent au cataclysme, malgré tout !
 
 

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