L’implosion du duo Diomaye-Sonko fait un bien fou au système démocratique sénégalais. De la Haute politique est déroulée sous nos yeux entre Pastef, replié sur son bastion de l’Assemblée nationale, et le Palais de la République fort d’une puissance institutionnelle dans tous les démembrements de l’Etat. Et tant que les prérogatives des uns et des autres sont respectées, il n’en sortira rien de dangereux pour notre pays si les garants du bon fonctionnement des institutions (que ne sont heureusement ni le Parlement ni la Présidence de la République) font leur travail en âme et conscience. Depuis plus de 18 mois, les cris d’orfraie sur une crise institutionnelle font choux blanc. Le vote de la loi sur la déclaration de patrimoine et sa publicité apparait ainsi comme le résultat probant d’un compromis politique bienvenu quoique forcé devant une opinion très exigeante. Cohabitation à la sénégalaise !
La suite s’annonce tout aussi musclée. Le ministre de la Justice, Moussa Sarr, a annoncé l’organisation d’un referendum visant à intégrer ces déclarations de patrimoine du PR, du PAN et du PM (entrées et sorties de fonction) dans un package de réformes plus large qui comprendrait les réformes politiques consensuelles issues des Assises initiées par le Président Faye.
A ce niveau également, se joue une bataille politique de prestige. Pastef peut revendiquer le vote de cette loi en tant qu’avancée majeure dans la politique de transparence publique et la mettre dans son escarcelle des engagements électoraux tenus. En face, le camp présidentiel est en situation de pouvoir récupérer « la mise ». Par son amendement, il s’est invité dans un processus législatif auquel il n’était pas convié ou qu’il ne souhaitait pas intégrer. Une grosse couleuvre que Pastef a dû avaler pour sauver un texte et un acquis que le vote bloqué était en mesure de réduire à néant.
Ce schéma des rapports de force risque de s’imposer durant ce qu’il reste de cette 15e législature dont certains prophétisent la fin en décembre 2026. Non représenté dans l’hémicycle, le Président Bassirou Diomaye Faye n’entend laisser aucune marge de manoeuvre à son rival Ousmane Sonko, patron d’une majorité monocolore. Les jeux semblent faits dans un scénario déjà écrit : les initiatives parlementaires de Pastef seront soit diluées par les amendements du gouvernement, soit neutralisées par le droit de véto de l’Exécutif. La voie a déjà été tracée par l’invalidation, le 9 juillet 2026, de la loi de révision constitutionnelle votée par Pastef, après un recours présidentiel.
Pour Diomaye et Sonko, l’enjeu est crucial à un peu plus de deux ans de la fin du mandat présidentiel. Fondateur d’un parti politique où tout reste à bâtir, le Président Faye est dans la posture du sprinter contraint de rattraper le temps perdu et de mettre en place un appareil politique digne de soutenir sa candidature éventuelle en 2029. C’est pourquoi il s’échine à appliquer la vieille méthode macroniste du « en même temps » : verrouiller les leviers institutionnels à son avantage tout en construisant la base politique de son mouvement.
La « récupération » de la loi sur la déclaration de patrimoine et sa dilution dans un prochain rendez-vous référendaire marquent l’entame d’une ligne dure du Palais envers l’Assemblée nationale. Comme Abdoulaye Wade et Macky Sall en leur temps, Bassirou Diomaye Faye entend, à travers le peuple, se débarrasser du titre de « Président légal » dont certains l’ont affublé.
Les joueurs argentins rappellent à bien des égards les colons sionistes en Cisjordanie occupée. Ils jouent en meute et commettent leurs forfaits collectivement par une solidarité de tous les instants. Dans leur boite à outils, la roublardise occupe une place essentielle. Le vice aussi. Deux « qualités » qui encadrent leur activisme sur un terrain qu’ils mettent « à feu et à sang » en recourant à des attentats physiques contre leurs adversaires aux quatre coins du rectangle vert. En toute impunité le plus souvent !
La violence n’est jamais gratuite chez eux, elle a une fonction destructrice et conservatrice. Elle sert à retarder une action, à casser une dynamique offensive susceptible de leur être fatale en bout de course, à user physiquement et mentalement le vis-à-vis, à décourager les autres tentés de jouer les téméraires.
Pleurnichards, ils se posent en victimes désignées dès que la résistance entre en jeu. Là, subitement, à l’instar des Sionistes qui ameutent la planète pour instrumentaliser la critique ou dénoncer des accusations systematiques, ils mutent en tricheurs décomplexés, impénitents, sans vergogne, attendant le secours d’un arbitre et d’un VAR qu’ils savent complices politiques et institutionnels de leurs noirs desseins. Tant pis pour les règles du jeu universelles ! Ils ont la conviction profonde, innée, que la toute-puissante FIFA, corrompue par Donald Trump et Gianni Infantino, ne les lâcherait jamais, comme les colons-occupants ont la certitude que les IDF de l’entité sioniste ne les sacrifieraient jamais pour soulager les Palestiniens de Cisjordanie occupée.
Lors de ses huit matches dans cette Coupe du monde des Amériques, l’Argentine de Lionel Messi n’a jamais joué sous les auspices du « Droit international » valable pour la discipline appelée football, au contraire de ses adversaires. Elle a joué et elle a été arbitrée partout suivant les fameuses « règles de droit » (rules of law) que les Etats-Unis, Israël et leurs proxies occidentaux imposent pour échapper au droit international classique en agissant à leur guise partout où ils le souhaitent. Les joueurs argentins avaient quasiment un règlement propre pour eux : coups de poings, coups de semelle, coups de tête, coups de coude, plongeons en forme de barrage, diverses techniques tirées du Sumo japonais, interpellations systématiques des arbitres, regards et comportements agressifs, etc.
Lionel Messi, gourou oh combien talentueux de la secte argentine, et sa garde rapprochée semblaient devoir assumer, sur un terrain de football, les attributs impériaux des Etats-Unis et d’Israël dans la régence du monde. Car cette Argentine là était vraiment la fille chérie aînée de la FIFA. Elle pouvait tout se permettre sauf un truc : dicter le destin final d’une compétition dont le trophée lui était visiblement promis par ses parrains. Bravo l’Espagne ! L’honneur de la plus grande compétition sportive mondiale est sauf, mais on l’a échappé belle.
En démocratie, la vérité des urnes finit toujours par imposer sa logique implacable, quitte à bousculer les certitudes des appareils politiques. Le président Bassirou Diomaye Faye conserve intactes les prérogatives que la Constitution lui attribue, dont ce fameux pouvoir du décret qui lui a permis de limoger son ancien mentor le 22 mai 2026. Mais il doit désormais composer – et jusqu’à nouvel ordre – avec Ousmane Sonko, devenu par la force de la loi et du rapport de force, la deuxième personnalité de l’État sénégalais après son élection à la tête de l’Assemblée nationale le 26 mai 2026, quatre jours après son départ de la Primature. Cette posture nouvelle a été rendue possible par deux facteurs objectifs de taille : sa mainmise sur une majorité de 130 députés sur 165, et des pouvoirs importants de contrôle sur l’action gouvernementale que la Constitution donne aux législateurs sénégalais.
Concrètement, le Sénégal est donc sous une forme de cohabitation politique inédite et peu commune à travers le monde. D’abord rampante entre les deux pôles de l’exécutif durant plusieurs mois, elle est devenue pleinement institutionnelle. La bataille entre les deux figures-phares du parti Pastef, vainqueur de la présidentielle d’avril 2024, se mue ainsi en un potentiel affrontement à distance entre un exécutif reconfiguré à l’image et à la personnalité du chef de l’État, et un pouvoir législatif qui affiche déjà à la fois sa disponibilité au « dialogue politique intelligent » et une réelle volonté de puissance.
Cette rupture peu surprenante est le produit fini de divergences politiques, morales, stratégiques et surtout idéologiques apparemment insurmontables entre deux personnes porteuses, chacune, d’une part de légitimité. Au président de la République élu au suffrage universel direct, fait face un président de l’Assemblée nationale, réceptacle d’une majorité parlementaire voulue par le peuple souverain du Sénégal.
En l’espace de quatre jours, c’est toute une vieille grille de lecture des faits politiques qui s’est affaissée sous la pression d’événements politiques majeurs que tout le monde a vus venir. Il va falloir s’y habituer jusqu’à nouvel ordre. Le régime « hyper-présidentialiste » ou « présidentialiste » connu des experts de la science politique fait place à un système de partage obligé du pouvoir qui va fatalement renseigner sur la conscience et le niveau de responsabilité des acteurs politiques en situation. C’est ainsi, en particulier, que les démocraties se réinventent, s’enrichissent, s’approfondissent, à condition que lesdits acteurs soient à la hauteur des événements et des enjeux. Est-ce le cas ? Rien n’est moins sûr.
La nouvelle réalité politique sénégalaise permet en effet de constater, encore une fois, qu’une frange de la classe politique, du monde médiatique et d’une certaine intelligentsia a décidé de faire de la situation politique un objet de fixation rentière pour combler le vide d’une impuissance manifeste à être utile au projet démocratique national. L’affichage est de rigueur. Entre phraséologies catastrophistes visant à impressionner et accusations farfelues non documentées, certains d’entre eux/elles ont pourtant fièrement sévi contre les intérêts fondamentaux du Sénégal dans un passé immédiat, sous le parapluie du système autoritaire et clientéliste qui les a fabriqués. Les divergences d’orientation de la gouvernance de l’État entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko ont libéré rage, cris d’orfraie, instrumentalisation des faits, théories fumeuses sur une « crise institutionnelle » imputée à la dualité au sommet de l’État, tous éléments qui mettraient le pays tout entier en danger et l’État en sursis… C’est tout juste si les moins recommandables d’entre eux n’ont pas appelé l’armée à « prendre ses responsabilités », selon une vieille expression usitée en la matière… Toute tension, même artificielle, a ses rentiers.
Des tensions, il y en a eu entre le président Faye et le premier ministre Sonko au cours de la séquence avril 2024-mai 2026. Il va y en avoir entre le chef de l’État et le président de l’Assemblée nationale à l’orée de la nouvelle configuration politique imposée par le rapport de force politique. Les deux hommes ne sont en phase ni sur le fonctionnement de la justice, ni sur les conditions de prise en charge des questions liées au bien-être des populations, en particulier le pouvoir d’achat, ni sur les modalités du traitement de la dette, ni sur les nouveaux rapports à mettre en place avec les institutions de Bretton Woods, etc. Mais il n’y a pas encore de mort !
Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko ne s’amusent pas à la tête du pays. Pour reprendre la sentence populaire wolof, « gni da niouy foowé deuk-bi », ils ne jouent pas : ils s’écharpent parce que l’exercice du pouvoir a révélé l’existence de lourdes contradictions entre eux, libérant chez chacun une vision et des convictions assumées qui rendent l’un incompatible à l’autre. Le pays doit certes rester vigilant devant les soubresauts de cette dualité. Mais la République dispose d’institutions solides capables d’obstruer les chemins de l’aventurisme.
Là se trouve le défi auquel doivent faire face Bassirou Diomaye Faye, Ousmane Sonko et leurs partisans respectifs. Les Sénégalais ont toujours su déjouer les complots taillés sur mesure pour des intérêts partisans. Qui ne se souvient du projet de report de la présidentielle brisé par le Conseil constitutionnel en février 2024 ? Qui ne se souvient du 23 juin 2011 et de la tentative avortée de dévolution monarchique du pouvoir, dont le héraut de cent ans a été bruyamment célébré ce 4 juin 2026 par le jeune président Bassirou Diomaye Faye ?
« Monsieur Trump n’est pas un homme de paix. C’est un homme de déstabilisation du monde. » Quoi de plus factuel ? On a le sentiment que les propos du premier ministre sénégalais sont bien modérés par rapport aux désordres qu’un vieux potentiel criminel de guerre inflige à la planète tout entière depuis janvier 2025. En toute impunité. Mais il ne fallait pas les rendre publics, ces propos ! Il fallait les chuchoter doucement aux oreilles de quelques collaborateurs qui les auraient gardés pour eux-mêmes.
Il est utile de rappeler que c’est par une sorte de rituel sacrificiel obligé que le locataire actuel de la Maison Blanche est entré en guerre contre l’Iran en balançant 2 missiles sur une école fréquentée par des enfants à Mineb en Iran, tuant plus de 300 personnes le 28 février 2026. Au mépris du Droit international (ou de ce qu’il en reste !). Devant les télévisions du monde entier, sans sourciller, sans l’once d’humanité qui devrait fait frémir tous les papas et mamans que compte la terre, il a assumé cette performance criminelle, tout naturellement, presque en rigolant. C’est Trump !
C’est le même gars qui, en janvier 2026, a supervisé (depuis la Situation room de la Maison Blanche) puis revendiqué l’enlèvement et le transfert chez lui aux Usa de Nicolas Maduro, président en exercice d’un Etat souverain et indépendant, le Venezuela, au mépris (toujours) de ce qui est encore pour une majorité de pays le Droit international.
C’est également ce même président des Etats-Unis d’Amérique qui, lors de son premier mandat 2016-2020, a insulté l’Afrique entière avec une expression devenue célèbre : pays de merde.
De quoi Trump est-il le nom ? L’association de malfaiteurs - corrompue et messianique - qu’il forme avec son acolyte Benyamin Netanyahu est sans doute la pire des tragédies qui secouent le monde. Il n’est pas fortuit d’ailleurs que son compère sioniste soit, depuis novembre 2024, à la fois sous mandat d’arrêt international de la CPI pour crimes de guerre et crime contre l’humanité à Gaza et en procès pour corruption dans trois affaires distinctes devant les tribunaux de l’entité terroriste et coloniale que l’on appelle Israël.
C’est donc ce sinistre individu dont tous les superlatifs négatifs de la langue française ne suffiraient pas à ressortir la quintessence de ce qu’il est en réalité que des gens bien de chez nous se plaisent à défendre d’une certaine manière. Sans argument crédible. On a même entendu un diplomate dire sur une radio que ce n’était ni le lieu ni le moment (meeting avec Pascal Boniface) pour lâcher des propos si graves d’Ousmane Sonko ! Ce qui laisse supposer donc qu’il y a bien un lieu et un moment pour lesquels les propos du PM pouvaient être dits ! L’argument saute faute de crédibilité.
De quoi sommes-nous le nom pour nous indigner en protégeant la réputation (déjà tordue) d’un individu à l’immoralité reconnue de tous et de toutes et qui mérite d’être mis face à ses responsabilités ? On nous parle de diplomatie ! Soit. C’est quoi la diplomatie ? Un ensemble de rites, pratiques, d’us et de coutumes que les Etats conviennent de partager entre eux pour établir un minimum de paix dans le monde. La diplomatie n’est donc pas une matière scientifique (au sens usuel du terme) que l’on peut convoquer à tout bout de champ pour légitimer ou délégitimer des propos substantiellement politiques et absolument véridiques et courageux. A la place, ces doctes indignés sans cause recommandent le silence, le refoulement de nos frustrations, la souffrance intérieure face aux crimes innommables et assumés de la doublette Trump/Netanyahu et, en fin de compte, la soumission et l’indifférence face au réel.
Ce que notre diplomatie n’ose pas dire des entreprises criminelles israélo-américaines contre des pays et peuples libres, notamment la Palestine et l’Iran, Ousmane Sonko l’a caractérisé en des mots simples que le plus grotesque des présidents américains incarne parfaitement. C’est la fourberie d’un personnage sans foi ni loi et animé d’une volonté de puissance sans bornes qui menace le monde, et elle seule.
Des représailles contre le Sénégal ? C’est cela un de nos problèmes : cette culture séculaire enfouie dans le subconscient de nos élites politiques et qui lierait notre sort au bon vouloir des « grands » de ce monde. Des élites dépersonnalisées à outrance et déconnectées de leurs milieux d’origine par des décennies d’acculturation lesquelles ont fini par leur faire prendre des vessies pour des lanternes dans toutes les circonstances. La diplomatie de façade est passe par là, celle des compromissions, des faux-semblants et des calculs tactiques perdants qui elles finit par nous produire des militants de leurs propres ambitions au détriment d’une diplomatie de souveraineté active.
Quand le trône défie le terrain, le sport s'efface devant la raison d'État. La finale de la CAN 2025 restera comme l’illustration parfaite du danger d’une instrumentalisation politique venant se heurter à la glorieuse incertitude du football.
Quelle équipe détesterait remporter la Coupe d’Afrique des nations (CAN), de surcroit quand elle est organisée chez elle après avoir mobilisé des énergies et des moyens inestimables ? Quel pays n’aimerait pas rehausser son prestige sur la scène internationale en regardant ses joueurs et son peuple soulever la plus belle compétition sportive organisée sur le continent ? Quel Etat assez insouciant et inconscient ne profiterait pas des avantages inestimables qu’offre le soft-power à ceux qui savent s’en servir pour le mettre au service de ses ambitions internationales ?
Trois questions qui renvoient naturellement aux conditions particulières dans lesquelles s’est terminée la 35e édition de la CAN organisée par le Maroc du 21 décembre 2025 au 18 janvier 2026. En même temps, ces interrogations suggèrent l’existence de « risques » tapis derrière un tel rendez-vous qui exige préparation optimale, moyens colossaux, organisation millimétrée et maîtrisée, infrastructures efficaces et parfaites, etc.
Le modèle marocain
L’Histoire secrète de cette CAN-2025 souvent controversée (essentiellement au niveau de l’arbitrage) nous sera peut-être racontée un jour. Mais pour l’instant, il sied de retenir - en les saluant - les efforts gigantesques déployés par le Maroc pour la rendre fraternelle, belle, festive.
Le Royaume chérifien a pris sur lui d’offrir à l’Afrique une compétition remarquablement mise en musique grâce à un savoir-faire organisationnel, technologique et opérationnel digne des standards mondiaux les plus enviables. C'est tout à son honneur. Lancé depuis 2015 sur l’autoroute de l’organisation de la Coupe du monde 2030 aux côtes de ses co-organisateurs ibériques que sont l’Espagne et le Portugal, le Royaume s’est opportunément payé à titre onéreux un échauffement qui lui serait d’une grande utilité pour accueillir un événement encore plus exigeant.
Mais la Coupe du monde de football, ce n’est pas la CAN. Dans ce cadre, il est improbable de voir se reproduire des événements-terrains à l’origine du grand choc de la finale entre le Sénégal et le Maroc ou de faits survenus avant même l’ultime rencontre du tournoi. D’où la rage de constater que l’Afrique du football en est encore à subir certaines imperfections de type arbitral qui saccagent en douce la crédibilité de la Confédération africaine de football (CAF) et de toutes ses instances. A ce titre, il est légitime de dénoncer les opacités cultivées par l’instance continentale, en particulier sur les changements nocturnes d’arbitres concernant certains matches de la compétition…
Frustration et amertume
Le sentiment le plus puissant et le plus désolant qui se dégage de cette 35e édition de la CAN est que le Maroc ne semble avoir jamais envisagé de ne pas être sacré champion d’Afrique au soir du 18 janvier 2026, dans son stade et devant son peuple.
La traduction la plus politique de cette arrogance est le double refus obstiné du prince Moulaye Rachid de toucher pleinement la coupe encore moins de la remettre en mains propres au capitaine de l’équipe vainqueur, le Sénégalais Kalidou Koulibaly. Ce mépris inattendu infligé au verdict de la compétition continentale phare par une figure respectable du Royaume chérifien - surnommé le « Prince rouge » - a heurté bien des Africains et des militants et amoureux du football.
Si la frustration peut être compréhensible à ce moment de défaite, si l’amertume du sacre manqué peut avoir ses effets, elles n’autorisent pas forcément à s’humilier soi-même devant un monde sportif planétaire attentif à ce qu’il se passe en Afrique.
« Je gagne ou je gagne »
Si le football est un formidable incubateur pour faire émerger des infrastructures de développement - moyens de transport modernes et industrie du tourisme par exemple - qui impactent de manière positive les populations dans leur vie quotidienne, il portera éternellement en lui ce que Roger Chabaud appelait superbement « la glorieuse incertitude du sport ».
Sous cet angle, le Maroc a acquis des compétences et une expérience d’envergure profitables aux pays du continent qui en auraient bien besoin. Les ambitions transatlantiques clairement affichées par les autorités royales marocaines vont d’ailleurs dans ce sens.
Mais faudrait-il que ces atouts et cette disponibilité aux partenariats inter-africains - si pertinents soient-ils - soient agrémentés d’un « royal decree » qui serait l’équivalent du fameux « je gagne ou je gagne »? Assurément non !
C’est ici que pointe le danger d’une politisation démesurée : quand les plans concoctés en coulisses se fracassent sur la réalité du terrain, l’effroi de l’échec mène au déni. Le scandale de la finale Sénégal-Maroc en est l’instant fatal. Que tout futur pays organisateur en tire leçon : le football ne se décrète pas, il se joue.
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