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EDITORIAL
Sénégal, la démocratie renversée !
 
Un jour, des historiens du quotidien raconteront sans doute avec moult détails l’odyssée rocambolesque d’un président de la république arrivé au pouvoir par le truchement d’un grand malentendu que le destin nous avait malicieusement caché. Il se pourrait même que ce mystérieux veinard grandi dans la misère sociale de son bled d’origine rapporte lui-même – quand sa conscience l’exigera de lui - les chroniques d’une ascension fulgurante strictement encadrée par des lobbies afro-élyséens spécialistes des parrainages fraternels qui perpétuent des intérêts politiques, économiques et stratégiques en Afrique francophone. Dans cette conquête effrénée de pouvoir et d’influence, figurent en bonne place l’étouffement de la presse et la maîtrise/orientation de ses centres d’intérêt vers les horizons du superflu. La corruption sera passée par là.
 
Hyperpuissance
 
Le Sénégal pouvait se prévaloir jusqu’à une époque récente d’être une des vitrines démocratiques que le continent pouvait encore offrir au monde. Sa démocratie pluraliste et apaisée s’appuyait surtout sur une presse de qualité animée par des personnalités fortes, indépendantes et conscientes de leurs missions au service de la société, des citoyens et des libertés fondamentales face à des pouvoirs tentaculaires et naturellement soucieux d’élargir sans cesse le spectre de leur hyperpuissance.
 
Aujourd’hui, sa presse – une certaine presse - en arrive à célébrer les performances répressives de policiers et de gendarmes déchaînés contre des citoyens pourtant victimes des abus de pouvoir de l’autorité politique suprême ! Cette même presse – biberonnée par la magie sans traces du guichet automatique de billets – ne choisit pas seulement de reléguer au purgatoire de ses préoccupations professionnelles le meurtre ou l’assassinat de trois jeunes sénégalais à Dakar, Bignona et Ziguinchor. Oui, 3 jeunes gens sont tombés sous les tirs d’agents des forces de sécurité, dans l’indifférence totale de certains organes de presse.
 
Démocratie bananière
 
De manière cynique, cette même presse observe également un silence bavard sur les causes fondamentales et premières de cette furie mortelle des policiers et gendarmes : la violation flagrante et assumée par Jupiter et ses sbires de principes élémentaires qui font la démocratie et qui ont pour nom liberté de manifestation, liberté de marche, liberté de rassemblement, liberté d’expression, liberté de culte... C’est la mise entre parenthèse de ces valeurs sociétales indissociables de la démocratie pluraliste qui est factuellement, et jusqu’à preuve du contraire, la cause des désordres ayant cours sous nos yeux. Les atermoiements, justifications précaires et aveuglements n’y changeront rien.
 
Ce traitement particulier des événements du 17 juin 2022 n’est que le produit de l’offensive permanente du pouvoir visant à contrôler la presse et les journalistes au Sénégal. Cette posture de soumission aboutit à transformer en faits divers les drames de personnes désarmées et fauchées par des tirs de balles réelles – au détriment du bon sens qui doit commander toute doctrine de maintien de l’ordre - les arrestations musclées d’opposants, les bouclages militarisés des domiciles de certains d’entre eux…
 
Sans limites
 
Mais le pire de l’agenda de Jupiter avec lequel une certaine presse se rend complice, c’est sa désormais volonté absolue de fouler aux pieds les engagements légaux, politiques et moraux qu’il a pris devant le peuple sénégalais de faire 2 mandats et de partir. Tous les actes qu’il pose semblent converger dans ce sens, le dernier en date étant ce veto du Sénégal (en compagnie du Togo et de la Côte d’Ivoire) contre un amendement interdisant le dépassement de 2 mandats présidentiels dans le Protocole sur la démocratie et la bonne gouvernance de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). La presse en fait-elle un objet pertinent de débat ? Pourquoi ne pas se poser de question sur la cohérence qu’il peut y avoir entre organiser en mars 2016 un référendum populaire dont l’un des pivots essentiels était la « sanctuarisation définitive » du principe des 2 mandats consécutifs dans la Constitution, et l’opposition du Sénégal à la formalisation de ce même principe dans les textes de la Cédéao ?
 
C’est la défense ouverte et assumée des engagements publics de la plus haute institution de notre pays qui aurait fait l’honneur et la crédibilité de la presse sénégalaise. Depuis son arrivée au pouvoir, Jupiter s‘est fait un devoir – et un plaisir malin - de balayer tous les obstacles susceptibles de contrecarrer des ambitions – longtemps enfouies ou nées en cours de route au gré des délices du pouvoir – et dont l’accomplissement renverserait techniquement et concrètement la démocratie dans notre pays. La machinerie est en marche, elle ne s’arrêtera pas en l’absence d’oppositions diverses.
 
Salut public
 
C’est à cette mission de salut public de première noblesse que les journalistes indépendants de notre pays peuvent être invités. Les prébendes et largesses de Jupiter sont certes alléchantes, mais que valent-elles face au changement de nature rampant de la démocratie pluraliste et représentative qui nous a sauvés de tant de soubresauts ? Que valent-elles face à l’égoïsme d’un Jupiter dont la morale se base sur « la fin justifie les moyens », un point un trait ?
 
Dans le confort institutionnel, administratif et judiciaire que lui garantissent ses relais corrompus dans une bureaucratie d’Etat noyautée au profit de sa volonté de puissance, seuls la presse et le peuple sont en mesure de le ramener à la RAISON garante de notre sécurité collective. Un dixième des « misères » que les journalistes ont infligé à Me Abdoulaye Wade suffirait pourtant à le remettre à sa place ! Mais le Sénégal a changé, sa presse avec !

Macky Sall : déni, délires et périls
Les soubresauts du chaos induit par la capture autoritaire du processus de validation des investitures et d’éliminations tous azimuts de listes d’opposition ne sont pas près de finir sous nos yeux. Les putschs opérés à la fois par le ministère de l’Intérieur et les 7 juges du Conseil constitutionnel, relevés et dénoncés par la plupart des juristes et experts électoraux – en dehors peut-être de ceux qui émargent dans les officines du pouvoir – ont manifestement accentué les balafres infligés à la démocratie sénégalaise par la détermination inconsciente du président Macky Sall à installer le Sénégal dans un purgatoire inédit. Le principe du silence qui aide autant à sacraliser les turpides des juges politiques qu’à soustraire ses membres à tout débat public est alors venu clore momentanément le scandale.
 
Sanctionnée par le duo des complices formé par le ministre de l’Intérieur Antoine Diome et le président du Conseil constitutionnel Papa Oumar Sakho, la coalition d’opposition Yewwi askan wi (YAW) a apporté une formidable réponse politique à l’exclusion de sa liste de candidats titulaires en organisant un gigantesque rassemblement populaire à la place de la nation. Un événement qui semble avoir donné le tournis au président de la république et installé la panique dans son camp. Mais aussitôt après, les discours démoniaques et décalés sont entrés en jeu, des boules puantes que des hauts responsables dévoués au chef de l’Etat se plaisent à déverser à longueur de journées sur un spectre étendu des réseaux sociaux.
 
Cette option des partisans du président Sall n’est pas neutre : c’est une fuite en avant dont l’objet consiste à dépolitiser une situation qui n’est pas loin d’être explosive et qui pourrait basculer le pays entier dans une situation de non retour. Le chef de l’Etat lui-même se complait dans ce jeu putride qui ne l’honore pas. Au moment où un député d’opposition croupit en prison au nom du bon vieux principe dit « offense au chef de l’Etat » (et chef de parti), le premier des Sénégalais s’affiche joyeusement avec un troubadour spécialisé en avanies sur les réseaux sociaux. Belle cohérence pour celui qui a fait de la régularisation des RS un cheval de bataille qui, pour l’instant, se résume à mettre au gnouf des opposants et à recycler des cas psycho-pathologiques comme celui avec lequel il entend flirter. Cette posture est indigne d’un président de la république.
 
C’est cette nonchalance qui donne du courage à ses subalternes, tout heureux de se relayer à grandes logorrhées dans les médias pour, non pas parler de politique, mais pour partager avec ceux qui les écoutent autant d’insanités que permettent leur imbécilité, arrogance et aveuglement. Le Sénégal est en danger mais le chef de l’Etat transmet à ses collaborateurs les ondes d’un déni absolu de la réalité, celle qui fédère patiemment les éléments d’une inévitable dégénérescence de son pouvoir. Mars 2021 a déjà été un avertissement mais la seule leçon que Macky Sall en a tirée n’est pas allée plus loin qu’un « ça ne se reproduira plus ». Une expression impertinente sans égard pour la quinzaine de jeunes sénégalais morts dans les rues et au sujet desquels aucune enquête n’a eu lieu. Sa seule stratégie demeure la répression comme moyen d’endiguement de toute menace potentielle contre son régime.
 
Aujourd’hui, la colère des Sénégalais a décuplé d’intensité sous les effets conjugués d’une exacerbation de l’autoritarisme d’Etat, des difficultés de survie des populations, de la montée en puissance des injustices, de la rupture d’égalité et d’équité entre citoyens…
 
A la manifestation du 8 juin dernier, des jeunes et des femmes résolus à défendre leurs droits constitutionnels et politiques ont pacifiquement délivré des signaux d’alerte à Macky Sall. Comme un adepte de la tactique de l’Autruche, il a insidieusement sous-entendu que les policiers et les gendarmes de la république défendront son projet les mois et années à venir. Cela reste à voir ! Mais il est encore grand temps que des personnalités dignes et crédibles fassent entendre raison au chef de l’Etat étant donné que juges et hauts fonctionnaires impliqués dans le processus électoral ont choisi d’être ses complices dans son funeste dessein.
 
Dans le contexte d’une campagne électorale qui arrive, les bases militantes de l’opposition sont capables de déborder ses leaders pour revendiquer à leur façon le rétablissement de droits qu’ils estiment bafoués par la volonté de puissance d’un politicien sans troupes et dont la survie ne repose que sur la police, la gendarmerie et, en recours désespéré, sur l’armée. Que pourraient faire des forces de l’ordre - même surarmées - à part ouvrir le feu sur les gens, en écraser certains avec leurs véhicules, en arrêter d’autres, constater les morts ? Le genre de scénario qui suffit pour faire vaciller ou balayer un pouvoir.
 
 

Le président de la république et son ministre de la Santé: autoprotection en toutes circonstances
Le président de la république et son ministre de la Santé: autoprotection en toutes circonstances
Ce n’est même plus de l’incompétence, l’affaire est carrément devenue un méga-programme enseveli sous l’idéologie d’un m’en foutisme qui n’a rien à cirer des indignations populaires accompagnant chaque drame qui survient dans nos foutues structures sanitaires. Nous sommes donc condamnés à verser autant de larmes que les meurtrier impénitents et insatiables de vies humaines qui squattent nos lieux de soins voudront bien nous en extirper dans les circuits macabres de leurs agendas morbides. C’est insupportable !
 
La liste des tragédies qui frappent le système sanitaire sénégalais n’a plus de limites. Il semble même que les obstacles qui empêchaient jusqu’ici une explosion plus nette des drames dormants dans nos structures hospitalières se soient effondrés sous la poussée de l’accumulation des fautes, des trafics et des silences dans leur gouvernance quotidienne. On ne provoque pas impunément la catastrophe sans un retour de bâton. A un moment où à un autre, c’est la brûlure.
 
Cet incendie survenu à l’hôpital Mame Abdou Dabakh Sy de Tivaouane ne vient donc pas de nulle part. Un court-circuit ne se déclenche pas de lui-même et ne saurait donc être rattaché au fameux « ndogalou yallah » (le destin, en gros) si galvaudé chez nous : il est forcément le résultat de pratiques, d’habitudes et d’accoutumances. C’est inacceptable !
 
Les responsabilités ? Tout est déjà programmé et ficelé si l’on s’en tient aux modus operandi qui guident la « recherche » de vérité dans des situations pareilles. Primo : le président de la république va (encore) réclamer des sanctions contre les responsables présumés de la tragédie avec des « instructions fermes » au ministre de la Santé. Deuxio : le ministre de la Santé, à la fois juge et partie, va lancer ses propres hommes pour diligenter des enquêtes ; et les résultats de ceux-ci vont lui offrir sur un plateau d’argent des maillons faibles sans protection politique qui seront accablés, vilipendés puis suspendus sine die avant un retour en catimini, quand la tempête populaire se sera tournée vers un autre os. Tertio : les familles des nouveau-nés vont intenter des procès contre X devant la justice… Après ? Rien.
 
Président de la république, Macky Sall ne se sacrifiera pas bien évidemment. Et il ne sacrifiera pas non plus son ministre Abdoulaye Diouf Sarr qui en est à son 1000e scandale du genre depuis son arrivée au poste en septembre 2017. Pourtant, ils sont les deux plus hauts responsables de la chaîne politique qui gouverne le secteur de la santé publique au Sénégal. 
 
Pour des raisons purement politiciennes et de copinage, le chef de l’Etat ne touchera pas à un cheveu de son ami ministre dont les casseroles meurtrières aux quatre coins du territoire national vont finir par impacter toutes les familles sénégalaises ! C’est une inadmissible complicité politique qui est ainsi entretenue sur le dos des intérêts généraux du secteur de la santé dans notre pays.

Onze nouveaux morts dans leurs bras et il ne passe rien, ni pour l'un ni pour l'autre.. ll en est ainsi dans Les Tables de leurs lois, même leurs responsabilités sont totalement engagées dans ce drame.
 

Les coalitions politiques sont-elles au-dessus des lois électorales?
Faire le choix de passer par pertes et profits les turpitudes, conneries et batailles de positionnements que se livrent les politiciens sous nos yeux est une option discutable pour ne pas dire compromission. Il consiste à moduler la loi en l’adaptant à des circonstances qui lui sont étrangères et qui délient les acteurs politiques de leurs responsabilités. Sous une autre forme, on a ici l’équivalent de la distorsion des peines entre les voleurs de poulets (souvent promis à la prison) et les cambrioleurs de deniers publics (bénéficiaires d'arrangements qui leur évitent l’embastillement).  
 
Yewwi askan wi (YAW) a fauté sur la parité, pourquoi sa liste de Dakar serait-elle validée si elle a violé la loi ? Benno Bokk Yaakaar (BBY) a eu un surplus de parrain en plus d'une liste nationale de suppléants non paritaire entre les 43e et 44e places, au nom de quoi sa participation aux élections devrait-elle être autorisée si elle a succombé à l’étourderie à un moment où il ne fallait pas ? Pourquoi donner une prime spéciale aux deux principales coalitions électorales en leur faisant passer par dessus les barrières de contrôle et bloquer les autres concurrents alors que, visiblement, l'administration électorale est partie-prenante dans les compétitions électorales depuis l'arrive de Macky Sall au pouvoir en 2012 ? Ce ne serait pas juste.  
 
C’est ce jeu de yoyo contre les lois et les textes organisant les joutes électorales qui, insidieusement, parviendra un jour à tuer la démocratie en la laissant entre les mains exclusives de politiciens avides de travailler entre eux en vase-clos. C’est inacceptable pour notre pays, pour notre peuple et pour les sacrifices financiers et matériels qui sont investis dans l’organisation des élections depuis plusieurs décennies.
 
Le Sénégal est dans une région lourdement soumises aux violences terroristes, idéologiques et criminelles. Au lieu de continuer à rester cet îlot de stabilité qui nous épargne bien des tourmentes et des incertitudes, on préfère des solutions de facilité : par exemple la promotion de tactiques de « sorties de crises » plus fumistes que salvatrices. Partout en Afrique, c’est en partie la manipulation des lois électorales par les régimes en place, les ripostes des oppositions et la volonté des franges radicales des uns et des autres de défendre leurs postures partisanes qui a fait le lit des déstabilisations meurtrières et durables.
 
Ces fausses manœuvres visent uniquement à mettre un terme (momentané) aux crises électorales. Celles-ci finissent en crises politiques et empruntent bien vite les chemins de la violence généralisée. Une gymnastique brutale qui contribue essentiellement à ensevelir les principes fondamentaux de justice et d’équité. Lesquels, aux côtés d’autres paramètres consubstantiels à nos valeurs religieuses et culturelles, font pourtant de la démocratie le premier rempart de notre sécurité institutionnelle et physique. C’est ce socle qui est menacé par les arrangements avec la loi.
 
L’actuel président de la république en porte une grande responsabilité depuis dix ans par sa détermination agressive à déstructurer la quasi-totalité du consensus général qui a prévalu depuis 1992 pour la sauvegarde du processus électoral. Une aventure politicienne, personnelle et narcissique dont une part d’impertinence se déroule sous nos yeux. Comme un film mais de catégorie navet.
 

Le président, le chéquier et la prison
La politique ? On peut la définir comme on veut et sous toutes les coutures, de l’art au sacerdoce, de l’engagement noble et désintéressé au service de la collectivité à la professionnalisation dont elle fait l’objet de la part de requins insatiables et voraces. Le Sénégal, comme la plupart des pays africains, est devenu un laboratoire de premier plan sous l’angle de la frénésie par laquelle la « mutation génétique » transforme les politiciens. La phase d’accélération de ce phénomène quasi animal assimilée à la transhumance porte la signature du président Macky Sall qui en est le théoricien et le metteur en œuvre assumé.
 
La dernière mouture de cette descente aux enfers de l’immoralité - que certains, par mauvaise foi ou esprit partisan, nomment pragmatisme – concerne le recrutement massif de maires et d’élus issus des élections locales du 23 janvier 2022. Un certain nombre d’entre eux, portés par la vote populaire et démocratique à la tête d’exécutifs locaux sous la bannière de l’opposition, ont choisi de faire allégeance à un président de la république sonné par une série de lourdes défaites dans les grands certains urbains sénégalais.
 
On retrouve dans cette situation les pratiques habituelles malsaines d’un chef de parti qui, dans son for intérieur, apprécierait un système partisan dont il serait le cœur-réacteur, entouré de partis et mouvements satellites qui en seraient les excroissances politiques propagandistes dans la société sénégalaise.
 
Repères détruits
 
Son obsession maladive à rassembler derrière sa personne une masse critique de figures politiques – généralement tordues - et d’électeurs pour consolider son pouvoir tend à tuer la vitalité d’une démocratie qui a grandi dans l’expression salutaire de contradictions multiples. Depuis son arrivée au pouvoir, il s’attache méticuleusement et froidement à détruire les repères fondamentaux qui font une démocratie : listes électorales fiables, liberté de participation aux élections, accès aux suffrages des Sénégalais, respect des votes des électeurs…
 
Le système de parrainage imposé d’autorité lors de l’élection présidentielle de février 2019, condamné par la Cour de justice de la Cédéao - qui en exige la suppression en vain - et reconduit pour les législatives du 31 juillet 2022, est la carte noire d’une dictature électorale aussi sombre que les zones d’ombre du parcours initiatique par lequel un président de la république peut arriver au pouvoir. De l’élimination systématique d’adversaires politiques par le traitement brumeux de centaines de milliers de « parrains » à partir d’ordinateurs verrouillés, on est passé au contournement frauduleux des choix populaires et démocratiques exprimés par des millions d’électeurs sénégalais. En attendant un jour l’enrôlement obligatoire des citoyens dans un Gondwana éventuel. On ne peut autant manquer de respect à son peuple et aux électeurs !
 
Suffrages trahis et volés
 
Ces méthodes opportunistes ne participent pas à l’assainissement du jeu politique et ne contribuent nullement à promouvoir la transparence et la bonne gouvernance politiques dans notre pays. Elles installent davantage le virus de la corruption dans un espace politique où les agents de la trahison des suffrages sont immédiatement en contact avec les citoyens sénégalais.
 
Cette corruption verticale qui capture des élus d’opposition pour les recycler dans le pouvoir n’est pas à la gloire du président Sall – même si lui s’en glorifie. Elle accentue l’image dramatique qu’une bonne partie de l’opinion publique retient essentiellement de sa personne : incapable de gagner dans une compétition loyale arbitrée par les citoyens, il se promène avec son chéquier et ses mallettes pour « retourner » des opposants ou s’afficher fièrement au palais avec des voleurs de listes de candidats d’opposition ; à défaut, il s’appuie sur des narratifs judiciaires pour jeter les uns en prison et rendre les autres inéligibles…
 
C’est cette posture que Macky Sall entend visiblement laisser à la postérité. Le temps de changer en mieux existe, mais en a-t-il seulement le goût, l’envie et la volonté ?

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