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EDITORIAL
Transparence sur le gaz : le faux-fuyant Sall!
En évoquant la question des hydrocarbures, notamment celle liée à l’accord bilatéral signé avec la Mauritanie, Idrissa Seck a touché le cœur fragile de la gouvernance du pouvoir : la transparence. Dans ce pays, personne ne croit un seul instant que Macky Sall soit un innocent dans le scandaleux dossier de Petrotim.
 
La preuve, et sur un autre dossier, celui de la transaction signée avec la française TOTAL, il a fermement imposé une opacité brumeuse qui dit tout et rien à la fois. A part quelques initiés de la République, personne aujourd’hui, dans cette démocratie appelée Sénégal, ne sait un iota d’information sur l’accord avec le mastodonte hexagonal.
 
La réplique apportée à Idrissa Seck, dans la posture du professeur en face de  ses étudiants, porte en elle les traces d’un réel embarras. En décrivant le processus de validation de l’accord avec Nouakchott, Macky Sall confirme l’état de vassalisation de l’assemblée nationale qui va devoir estampiller positivement les éléments qui lui seront soumis après adoption de l’accord par le Conseil des ministres. Le Président a négocié l’accord, l’a validé, va demander au parlement d’en faire autant.
 
Comme il n’est pas pensable ni envisageable un seul instant que nos chers parlementaires rejettent ledit accord, il va falloir se dire que les dés sont donc jetés. Alors, monsieur le Président de la République, publiez-en les termes, de grâce !
 
 

Calamity Trump, sans surprise ! (Par Momar Dieng)
Surpris des propos de Donald Trump sur Haïti et l’Afrique ? Pas vraiment ! Il fallait bien que les pays et chefs d’Etat africains reçoivent leur part de satire et d’insulte de l’atypique Président des Etats-Unis d’Amérique. Il fallait bien qu’un jour ou l’autre, d’une manière ou d’une autre, à partir de la Maison Blanche ou de sa résidence de Mar-a-Lago d’où il ne sent pas le changement climatique, l’imprévisible occupant de White House démolisse la frontière de retenue qui le séparait de l’Afrique depuis son élection de novembre 2016.
 
L’Afrique a le droit de s’indigner de propos aussi moralement orduriers sortis de la bouche d’un homme posté au niveau de responsabilité qui est le sien, elle a le devoir de réagir comme l’ont fait avec courage et célérité les président Ian Seretsé Khama du Botswana et Macky Sall du Sénégal, ainsi que le président de la Commission de l’Union Africaine, Moussa Faki Mahamat.. Mais en quelques mois de présidence, Trump avait déjà montré son véritable visage : celui d’un individu arrogant, inculte, primesautier, sans foi ni loi que celles qui font prospérer son business et approfondir son égo.
 
Ne soyons pas surpris outre mesure: cet individu n’a de respect et considération que pour le triptyque «Trump Tower, Business, Famille», et peut-être un peu pour les Russes du costaud camarade Vlad, comme dirait Mamane. Son univers mental ne va pas plus loin. Après avoir quasiment ramassé le pouvoir qui gisait dans les rues de l’Amérique profonde, Trump fait du jackpot de sa vie – son bail avec le bureau Ovale de la Maison Blanche – l’instrument d’une déconstruction méthodique et cynique des rares avancées permises par un multilatéralisme intelligent et utile quoique critiquable.
 
Ne soyons pas surpris: cet homme n’est ni fou ni rêveur: il sait ce qu’il fait, il sait où il veut aller, il sait dire ce qu’il lui passe par la cervelle ; mais il sait les limites à ne pas franchir en tant que spécialiste des rapports de forces et du bluff. Son problème : il souffre simplement de cette grande misère morale et mentale que l’on appelle «idiotie». Et ça, malheureusement, ça ne soigne pas forcément dans les centres de santé…
 
Aux Africains, Haïtiens et autres peuples méprisés par ce Brutus impénitent, de savoir à quoi s’en tenir désormais. Cet épisode les aura au moins découragés – peut-être – de programmer des séances de photo souvenir dans les jardins de la Maison Blanche en oubliant les propos racistes de Trump. Mais avec certains de nos dirigeants, il ne faut jurer de rien !
 

Barbarie, pas plus ni moins !
L’assassinat sans appel de treize jeunes coupeurs de bois dans une de ces belles et sublimes forêts de Casamance que l’on croyait dans un processus de guérison irréversible nous rappelle une bien triste réalité.

Il y a encore dans ce bout méridional de notre pays des hommes capables de tuer leurs semblables avec une désinvolture criminelle sans pareil. Le procédé d’exécution de ces coupeurs de bois qui vivotent dans la précarité est un élément d’information sur la nature psychique cinglée de tueurs imbus de leurs capacités de nuisance à l’intérieur de leurs zones de prédilection. Ce sont des barbares !
 
En cela, le Président de la République et son gouvernement sont gravement interpellés par ce saut inattendu dans l’horreur cru. Sans occulter la complexité de la question casamançaise et en sachant qu’une paix durable ne se décrète point, il devient urgentissime de poser les actes forts desquels jaillira une solution définitive contre l’irrédentisme.
 
Mettre hors d’état de nuire les bandits encore saoulés aux mamelles de l’indépendantisme, remettre les territoires perdus ou occupés dans le giron de l’espace vital national, accélérer avec équité et transparence la transformation économique et sociale du bassin casamançais, telles sont les missions qui incombent à nos gouvernants pour que nous échappions tous ensemble à des phénomènes insupportables comme celui de ce samedi 6 janvier 2018. Une vérité s’impose : tant que des poches de territoires seront «administrées» par des rebelles supposés, les populations vivront avec le danger.

Au regard de ce drame, on voit bien que toutes les compromissions, ruses, tactiques et autres manigances aux soubassements politiciens qui encerclent la crise casamançaise ne peuvent avoir que deux points de convergence: le dérisoire et l'égoïsme.
 
Il est simplement déplorable que le Président Macky Sall ait pu aller soutenir «Charlie Hebdo» à Paris dans un laps de temps très court et ne pas pouvoir le faire auprès des familles des treize jeunes assassinés…à Ziguinchor.     
 
 

La traque des biens dits mal acquis est, pour Aminata Touré, comme un bébé personnel à qui elle aura consacré un bon bout de temps. Alors, le voir périr ou péricliter, sous ses yeux, lui est insupportable. D’où cette révélation sur les plus de 200 milliards de francs Cfa que l’Etat a recouvrés, selon elle.


«200 MILLIARDS» DES BMA : la bombe Mimi qui touche Macky
En annonçant que la traque dite des biens mal acquis a permis à l’Etat du Sénégal de recouvrer «au moins» 200 milliards de francs Cfa, Aminata Touré a jeté un véritable pavé dans la mare sénégalaise. Ses propos ne peuvent pas être anodins encore moins de la diversion eu égard aux fonctions qu’elle a occupées dans un passé si proche de nos mémoires. Au contraire, ils mettent en mauvaise posture le régime auquel elle appartient, en particulier le Président de la République, sommé de clarifier la lanterne des Sénégalais et des bailleurs partenaires de notre pays. L’affaire est d’autant plus grave maintenant avec les soutiens remarquables que reçoit l’ex garde des Sceaux, ceux d’Abou Abel Thiam, président du conseil de surveillance de l’Artp, et de Mame Mbaye Niang, ministre du Tourisme.  
 
Ancienne garde des Sceaux, puis Premier ministre, celle qui est devenus l’Envoyée spéciale du chef de l’Etat nous apparaît sous trois plans après sa sortie : soit elle a manifestement raison mais avec des marges d’erreur qui ne remettent pas en cause sa thèse; soit elle s’est gravement embrouillée dans les éléments d’information à sa disposition avec un risque de méprise assez élevé pour que «ses» chiffres ne soient pas crédibles ; ou alors elle serait quelque part entre ces deux extrêmes avec comme difficulté principale le chiffrement relativement acceptable des sommes recouvrées.
 
Si l’objectif d’Aminata Touré était de «communiquer» à la place du gouvernement en direction de l’opinion publique sur le travail de recouvrement de «biens spoliés» au bénéfice de l’Etat sénégalais, il n’est pas certain qu’elle ait réussi vu la contrainte qui pèse maintenant sur le pouvoir: celle de clarifier la polémique.
 
D’ailleurs, le président de l’assemblée nationale, Moustapha Niasse, indirectement interpellé par rapport à une ou des lois de finances rectificatives concernant ces «200 milliards», a vite fait de dégager la responsabilité de l’institution qu’il dirige depuis 2012, et on le comprend: par exemple, aucune loi de finance rectificative n’a encore pris en compte un actif immobilier comme «Eden Rock» (évalué à 4,5 milliards de francs Cfa) que cite Aminata Touré en tant que bien saisi sur le patrimoine présumé de l’ex-ministre d’Etat Karim Wade. Au-delà, le ministre de l’Economie, des Finances et du Plan ne pourrait prolonger son silence en tant que gérant central des deniers de l’Etat. Quant au chef de l’Etat, il sera encore aux abonnés absents…
 
Dans une démocratie respectueuse de la séparation des pouvoirs et de la capacité des institutions politiques et judiciaires à exécuter les missions qui leur sont dévolues, cette affaire serait déjà prise en main par l’assemblée nationale avec l’audition d’Aminata Touré, d’une part, suivie de la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire élargie, crédible et dotée de pouvoirs d’investigations réels. Mais aujourd’hui, cet objectif de transparence est quasiment irréalisable en raison de l’opacité fondamentale qui caractérise la gouvernance publique des autorités au pouvoir. En attendant, Aminata Touré semble bel et bien revenue au centre du jeu politique. Ce qui était peut-être pour elle un but collatéral…
 

Fermeture de Yavuz Salim: des contrats de services contre la dignité du Sénégal
L’aveu du Président Macky Sall sur le chantage exercé par la Turquie en faveur de la fermeture des écoles du réseau Yavuz Salim se passe de commentaires. Il est si extraordinaire que l’on se demande si l’on doit souligner la sincérité surprenante du chef de l’Etat dans la justification de la décision gouvernementale ou s’appesantir sur la soumission brutale du Sénégal à l’exigence du Président Reccep Tayyip Erdogan. Au final, autant il est du devoir d’un chef d’Etat d’être transparent à l’endroit de son peuple, autant il a l’obligation sacrée d’en défendre les intérêts.
 
Pour la circonstance, il est difficile de croire que le Président Sall se soit plus soucié des intérêts souverains du Sénégal que de ses propres perspectives politiques. Concrètement, en cédant au chantage d’Erdogan, le chef de l’Etat sénégalais a fortement privilégié la défense des contrats de prestations de services signés par son gouvernement avec des entreprises turques. L’aéroport international Blaise Diagne de Diass-Thiès est l’un de ces contrats. Il a décidé d’en faire l’emblème de son septennat.
 
Il a programmé son ouverture à la date du 7 décembre 2017, et cela les Turcs le savent depuis bien longtemps. Au conseil des ministres du 11 octobre, il a fait adopter un projet de décret ouvrant l’AIBD à la «circulation aérienne publique». Il est plus que probable que la Turquie ait usé, directement ou indirectement, du chantage sur ce dossier lourd au plan financier.
 
Entre la gestion de  cet aéroport confiée aux Turcs pour les vingt prochaines années, la construction, auparavant, du Centre international de conférence de Diamniadio (CICAD) par des entreprises turques, des investissements de plusieurs centaines de millions de dollars dans divers domaines dont l’hôtellerie, et les pressions des lobbies d’affaires sénégalais proches du régime et qui tirent  partie de ces business, la tentation a été grande de capituler. Macky Sall n’y a pas résisté. Il a eu tort.
 
Que vaut un aéroport (flambant neuf), hérité d’un pouvoir précédent, face à l’extraordinaire sacerdoce que constitue le défi de mise en œuvre réelle d’une école d’excellence au service des enfants de son pays ? La mise à sac lente de Yavuz Selim – car c’est de cela dont il s’agit en fin de compte – pour satisfaire un pays étranger est une humiliation manifeste infligée à la fonction présidentielle sénégalaise. Dès lors, il n’est pas certain que les autorités turques, au-delà du vocabulaire diplomatique convenu, puissent vouer un respect sincère à leurs homologues du Sénégal.
 
Ici, ce n’est pas Erdogan qui est en cause si l’on suit le principe selon lequel les Etats n’ont pas d’amis mais des intérêts. C’est notre président qui a failli. Défendre la scolarité de 3 000 enfants et le gagne-pain de centaines de travailleurs d’un système reconnu performant nous parait mille fois plus noble que privilégier de manière si outrancière une infrastructure – l’aéroport Blaise Diagne – qui ne développera pas (par ailleurs) fondamentalement le Sénégal.  Un pays et son Président doivent se faire respecter au plan international au risque d’être classés dans la catégorie des paria juste destinés à sortir de l’histoire par les petites portes laissées ouvertes pour eux par les ogres de la planète.
 
Question essentielle à laquelle le président Sall ne répondra pas: en quoi ces écoles du réseau Yavuz Selim étaient-elles une menace pour cette Turquie si fière d’elle-même et de son histoire, celle qui ferraille autant avec les Etats-Unis (récente affaire des visas), qu’avec l’Union européenne (projet d’adhésion bloqué) et qui est au cœur des grands conflits irakien et syrien ?
 
L’histoire et la vie peuvent nous réserver pleine de surprises. Elles nous surprendraient lorsque, de cette fournée d’élèves empêchés de poursuivre leurs études dans les écoles Yavuz Selim par leur propre Président de la République, sortiraient un jour des ingénieurs sénégalais qui construiraient pour le Sénégal quelque chose comme un…aéroport de grande dimension.
 

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