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EDITORIAL
La présidente de l'Ofnac et le chef de l'Etat au cours de la remise d'un rapport annuel.
La présidente de l'Ofnac et le chef de l'Etat au cours de la remise d'un rapport annuel.
Idrissa Seck, nommé président du Conseil économique, social et environnemental (Cese) le 1er novembre dernier, a remis à l’Ofnac (Office national de lutte contre la fraude et la corruption) la liste de ses biens. Le chef du parti Rewmi satisfait ainsi formellement aux exigences de la loi 2014-17 du 2 avril 2014 relative à la déclaration de patrimoine à quelques jours seulement de la fin du délai de 3 mois imparti aux autorités qui y sont assujetties. Quant à la sincérité des éléments remis à l’Ofnac, c’est une autre histoire !
 
Mais deux jours plus tard, c’est tout ou partie des biens présumés de l’ancien premier ministre qui est publié sur les réseaux sociaux et dans la presse écrite. Se sentant suspecté d’être l’auteur de la fuite, Seynabou Ndiaye Diakhaté, la présidente de l’office, fait publier un communiqué pour se disculper et protéger ainsi ses «agents assermentés».

https://www.impact.sn/L-OFNAC-dement-avoir-rendu-publique-la-declaration-de-patrimoine-d-Idrissa-seck_a24634.html
 
En toile de fond de cette affaire, on cherche encore les procédures et les moyens qui auraient été mis en place pour que les autorités assujetties se conforment à une déclaration de patrimoine ayant du sens, dans le fond et dans la forme. Les biens déclarés par des autorités et reçus par l’Ofnac sont-ils traçables et identifiables afin que leur origine licite ou criminelle soit précisément déterminée ? Les tripatouillages et manipulations concernant ces biens déclarés sont-ils contrôlables par les services de l’Etat ? L’Ofnac a-t-il les moyens de vérifier la sincérité des déclarants ? Il semble difficile de répondre à ces questions par l’affirmative.
 
D’autant moins que, à ce sujet, le lien ombilical de sujétion qui lie l’Ofnac à la présidence de la république reste un moyen puissant de peser sur les orientations et décisions de l’organe. Le limogeage brutal de Nafi Ngom Keïta qui avait entamé des investigations sur l’affaire Petrotim est encore frais dans tous les mémoires. Tant que la politique dite de bonne gouvernance sera mesurée à l’aune des incidences qu’elle pourrait provoquer sur la bonne santé du président de la république et de ses réseaux d’amitié ou familiaux, on en restera à ce stade primesautier de gestion bananière des biens publics : des coupables mais jamais de responsables.

La vraie réalité qui entoure cette loi voulue par Macky Sall en 2013 est qu’elle est totalement absurde. Son caractère inopérant a déjà été révélé par l’épisode abracadabrantesque d’un conseil des ministres de juillet 2020 où il donna gentiment à ses ministres - déjà hors-la-loi - un délai supplémentaire pour être en règle avec la loi. Entre la rhétorique formelle sur la « gestion sobre et vertueuse » du bien public qui satisfait les institutions internationales et les pratiques essentielles qui affaiblissent la gouvernance, le chef de l’Etat n’a absolument rien apporté d’original en la matière. En cela, il reste ce politicien professionnel au coude posé sur les dossiers potentiellement judiciaires qui menacent ses parents, ses amis et tous ceux dont la mise en cause par la justice serait, à ses yeux, dangereuse pour la stabilité du Sénégal !
 
La divulgation du patrimoine revendiqué par Idrissa Seck est une excellente initiative pour le pays et pour tour tous ceux qui oeuvrent pour une reddition des comptes crédible et profitable à la bonne gouvernance dans notre pays. Qu’elle ait été fuitée par Idrissa Seck lui-même, par une gorge profonde à l’Ofnac ou par une autorité agissant sous le couvert du pouvoir, cette divulgation est d’une certaine manière un acte citoyen qui casse l’opacité et l’entente cordiale dans lesquelles se vautrent les politiciens dans les temps d’accumulation de leurs biens au détriment de l’intérêt général.
 
D’où l’espoir que les patrimoines des autres ministres bénéficiaires des décrets du 1er novembre dernier (Oumar Sarr, Yankhoba Diattara, etc.) soient également portés à la connaissance des citoyens. Il est temps que le monopole politicien d’Etat sur cette question s’arrête ! Car, rien n’interdit de soupçonner que la loi sur la déclaration de patrimoine et l’absence criarde de moyens d’investigations poussées qui frappe les services de l’Ofnac concourent finalement à blanchir des biens frauduleusement acquis.
 

Khalifa Sall (ancien maire de Dakar) et Macky Sall (président de la République)
Khalifa Sall (ancien maire de Dakar) et Macky Sall (président de la République)
On peut tout faire dire aux textes, surtout quand ils sont de nature juridique, surtout quand le « système démocratique » ne permet pas au juge administratif ou politique de freiner un exécutif centralisateur et tentaculaire. L’annonce-confirmation du prochain démantèlement de la ville de Dakar en tant que collectivité territoriale à part entière ne manque pas de faire réagir.

Acharnement sans fin contre Khalifa Ababacar Sall après le procès de la caisse d’avance de la mairie de Dakar ? Arrestation, procès fleuve, distorsion du droit, passage en force de juges politiciens, immunité et statut de parlementaire perdus, emprisonnement, destitution de ses fonctions de maire de Dakar par décret… La ficelle est un peu trop grosse pour ne renvoyer qu'aux textes invoqués par le porte-parole du gouvernement et d'ailleurs battus en brèche par des proches de l'ex maire de Dakar.
 
Aujourd’hui, alors que les manœuvres politiques sont engagées pour 2024 mais aussi pour des élections locales devenues hypothétiques, la ville-capitale devrait se faire oublier de l’histoire, en même temps que Guédiawaye, Pikine, Rufisque et Thiès. Sur la chaîne iRadio, le porte-parole du gouvernement, Oumar Guèye, a tenté avec peine de justifier cette mesure au prix d’un galimatias de vraies fausses raisons dont il s’était muni pour faire avaler la pilule. L’exercice manquait de crédibilité et de sincérité !
 
Cette idée de faire disparaître la « Ville » est scandaleuse non pas tant par rapport à la mentalité politicienne d’un président activiste dans l’entreprise permanente de liquidation de toutes adversités politiques. Elle est inacceptable d’un point de vue politique. L’autorité qui a en charge l’Acte 3 de la décentralisation et constaté une grande part d’échec dans sa mise en œuvre ne peut avoir la légitimité à de « dissoudre » à elle seule une collectivité locale comme Dakar et tout ce qu’elle représente. En lieu et place de cet oukase qui n’arrange qu’un président autoritaire adepte du pouvoir vertical sans partage, ne faudrait-il pas avoir le courage, d’une manière ou d’une autre, de donner la parole aux Dakarois à travers une grande et large consultation populaire dont l’issue déciderait du sort de leur ville ?
 
Donner la parole aux citoyens électeurs ! On sait à peu ce à quoi cela a mené ces dernières années. Il en sera d’autant moins question que l’idée semble beaucoup moins séduisante que la vieille politique de terre brûlée qui fait si bonne recette aux étages supérieurs de la République, là où les coups tordus contre la démocratie pluraliste semblent avoir de beaux jours devant eux.

Macky Sall et Idrissa Seck
Macky Sall et Idrissa Seck
Le processus d’intégration au pouvoir d’Idrissa Seck était en gestation depuis plusieurs mois. Son arrivée au Conseil économique social et environnemental (CESE) est la concrétisation d’une entente politique à long terme avec Macky Sall. Le Président de la République, dans l’impossibilité politique et morale d’obtenir un 3e mandat de suite, cherchait depuis belle lurette un « dauphin » hors de son cercle familial mais avec qui il aurait déjà assez de vécu et d’affinités, un « paravent » capable de lui garantir une quête vitale : l’Impunité après 2024, pour lui et pour les siens.
 
Entre les « affaires » et les « scandales » qui jalonnent sa présidence depuis 2012 et dont Petrotim est comme l’étendard explosif, Macky Sall, pragmatique, veut assurer ses arrières quitte à sacrifier certains de ses amis actuels. Comment échapper au sort de Karim Wade sans un « deal » solide avec un allié fiable ? A ses yeux, seul un politique de la trempe d’Idrissa Seck qu’il aiderait à accéder à la présidence de la République en 2024 aurait l’étoffe et la poigne – pour la parole, rien n’est sûr ! - pour lui offrir ce destin d’impuni. On verra ce que sera l’évolution de ce « deal » et ce que l’ex maire de Thiès aurait demandé et obtenu comme garanties…
 
Tout le monde a constaté la vacuité du discours d’Idrissa Seck expliquant ou justifiant son devoir de répondre à l’appel de la patrie ! Qui y croit vraiment ? C’est cette banalité primesautière qui indique le caractère non politique de l’entente scellée avec Macky Sall. C’est un engagement personnel entre deux politiciens à travers un pacte dont les modalités échappent à leur parti politique respectif.
 
Trilatérale libérale
 
Du reste, c’est tout ou partie de la logique de ce remaniement qui est à interroger. Macky Sall, au terme du quinquennat en cours (ou bien avant), se séparera de ses deux principaux alliés sociaux-démocrates que sont le Parti socialiste (ou ce qui en restera) et l’Alliance des forces progrès (AFP). L’une de ses idées est donc de s’adjoindre très tôt le Rewmi de Seck et les pans du Parti démocratique sénégalais (PDS) qu’Oumar Sarr et Cie ont emportés avec eux pour fonder une autre formation politique libérale, Suxali Sopi. Du coup, existe sur la scène politique une trilatérale d’obédience libérale (APR, Rewmi et Suxali Sopi) qui s’entraine à être en situation et en capacité de gouverner le pays après 2024. Le pronostic d’un demi siècle de gestion du pouvoir par les libéraux naguère lâché par Me Wade revient à la surface. Le tour d’Idrissa Seck ?
 
Dans cette même veine, la nomination surprise du magistrat Antoine Félix Diome au ministère de l’Intérieur est comme un présage de bonne fortune. Cet ex-traqueur infortuné des biens présumés de Karim Wade aux quatre coins de la planète ne serait-il pas là pour verrouiller ici et maintenant le système électoral ? N’aurait-il pas pour autre mission de perpétuer la neutralisation du fils de l’ancien Président hors du Sénégal ? En prenant la succession d’Aly Ngouille Ndiaye, Antoine Diome entre forcément dans les plans de Macky Sall pour 2024 et, donc, dans une logique de victoire impérative pour le scrutin de 2024. Au bénéficie du « dauphin » ? Mais en politique, les grains de sable qui enrayent les mécaniques ne manquent jamais...
 
De fait, le contexte de la présidentielle de 2024 s’avère d’ores et déjà passionnant. Entre sociaux-démocrates et libéraux, Ousmane Sonko se retrouve, avec la migration d’Idrissa Seck dans le giron du pouvoir, comme le seul véritable chef de l’opposition sénégalaise. Avec l’espoir d’agréger au Pastef, son parti, une pléiade de partis et de mouvements lui permettant d’élargir les bases politiques, sociales et effectives d’une probable candidature présidentielle. La posture idéale pour repartir à la conquête du pouvoir.
 
 
 

Image d'archives
Image d'archives
Plus de vingt ans de présence active et stratégique dans l’espace politique sénégalais. Président de la République depuis avril 2012. Premier ministre, il l’a été. Président de l’Assemblée nationale également. Ministre de l’Intérieur, ministre des Mines, de l’Energie et de l’Hydraulique, il l’a été. De même que Directeur général de Petrosen. Par deux fois au moins, il a fait le tour du Sénégal et semble en connaître les coins et recoins insoupçonnés. Même s’il a été fortement « encadré » et « conseillé » avant et après son arrivée au pouvoir, il disposait déjà d’une solide expérience politique qui, cumulée à des circonstances exceptionnelles, lui a permis de damer le pion à des vieux de la vieille classe politique incapables de saisir la chance de leur vie à un moment crucial de leur carrière politique.
 
En regard de tous ces éléments factuels et de bien d’autres encore, lorsqu’il est donc rapporté que le Président de la République se serait indigné et ému des dégâts causés par les pluies qui s’abattent sur le pays, on a l’impression d’être nargué. On peut avoir le vilain sentiment d’être le jouet d’une partie de forfanteries qui se jouerait au coin d’une plage confisquée de Mermoz contre les populations prisonnières des inondations depuis Mathusalem.
 
S’indigner aujourd’hui et maintenant des dégâts des inondations sur de pauvres gens tout en étant convaincu de sa propre impuissance ne peut être que cynisme pur et simple. S’indigner du sort de ses compatriotes – au bon milieu de l’hivernage - en sachant parfaitement que l’on a échoué à empêcher le pire contre eux est un signe de mépris net. S’indigner après avoir déroulé – en l’entretenant - une chape de corruption historiquement jamais égalée au Sénégal à tous les niveaux de l’appareil d’Etat est une forme refoulée de revanche sur un destin implacable. On ne se refait pas. Enfin, pas toujours.
 
Nos politiciens professionnels, des plus aguerris et retors aux plus jeunes cupides et pressés, ont appris à tout contourner dans ce pays : les lois, les institutions, les organes de contrôle, la vigilance citoyenne, jusqu’aux choix des électeurs. Alors, les inondations qui assaillent ceux qui les ont «élus» ne peuvent être plus que des dégâts collatéraux. Nous en sommes là et nulle part !
 
 

Babacar Touré : des mérites et un héritage
D’avoir osé quitter les carcans de la presse gouvernementale pour s’offrir des horizons plus ambitieux, plus excitants et plus utiles pour le pays. D’avoir contribué à décloisonner les portes de l’enseignement du journalisme au Sénégal. D’avoir aidé à la dés-institutionnalisation de la pratique journalistique pour la rapprocher du vécu quotidien des Sénégalais. D’avoir entrouvert les chemins qui mènent au pluralisme de l’information et à la diversité politique, elles-mêmes propulseurs d’une démocratie ouverte.
 
Les mérites de Babacar Touré « BT » et de ses compagnons de route (Abdoulaye Ndiaga Sylla, Sidy Gaye, Abdou Latif Coulibaly, Ibrahima Bakhoum, El Hadj Kassé, Madior Fall et consorts) ne sont pas moindres. Ils sont mêmes grandioses si l’on tient compte du contexte dans lequel ils ont choisi de s’affranchir d’une tutelle politico-bureaucratique sans saveur pour oser « L’aventure SUD », géniteur de « L’Esprit SUD ». C’est ce culot là qui aura constitué, avec « L’esprit WALF » incarné par feu Sidy Lamine Niasse, les deux mamelles du réveil démocratique des Sénégalais par les médias.
 
A une époque où la toute-puissance de l’Etat-Parti bloquait artificiellement l’émergence de tout espace démocratique susceptible de remettre en cause l’impérium du pouvoir, la promotion d’un journalisme qui parle à la raison citoyenne et défend l’intérêt général était proprement révolutionnaire, sans arme autre que l’excellence dans le rendu et la mise en perspective de l’information. C’est en cela que le journalisme de qualité dans un contexte démocratique sain où chaque pouvoir joue le rôle que la loi lui attribue peut s’avérer mille fois plus dangereux pour des potentats que des manifestations publiques.
 
C’est cet héritage essentiel que Babacar Touré aura légué à plusieurs générations de journalistes. Celles-ci l’ont-elles fructifié ? C’est une toute autre histoire…
 
 
 
 

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