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Comprendre la Décision n° 6/C/2026 du Conseil Constitutionnel : ce qu'il faut retenir (Par El Amath Thiam)

Vendredi 10 Juillet 2026

Les juges du Conseil constitutionnel du Sénégal
Les juges du Conseil constitutionnel du Sénégal

Voir les Considérants 17 : principe général d'applicabilité des règles de procédure

 

Considérant 18 : véritable considérant de principe sur l'application de l'article 82.4 aux révisions constitutionnelles;

Et Considérants 23, 27 et 28 : application du principe et sanction de l'inconstitutionnalité.

 

Le 9 juillet 2026, le Conseil constitutionnel a rendu une décision majeure en déclarant contraire à la Constitution la loi n° 18/2026 portant révision de la Constitution, adoptée par l'Assemblée nationale le 29 juin 2026.

 

Pourquoi le Président de la République a-t-il saisi le Conseil constitutionnel ? 

Le Président de la République estimait que la procédure ayant conduit à l'adoption de cette révision constitutionnelle n'avait pas respecté les exigences de la Constitution. Il demandait donc au Conseil constitutionnel de vérifier la régularité de cette procédure.

 

Le Conseil constitutionnel était-il compétent ?  

Oui !!! Le Conseil a rejeté l'argument selon lequel il ne pouvait pas contrôler une loi de révision constitutionnelle. Il rappelle qu'il est compétent pour vérifier si une révision de la Constitution respecte les règles de procédure imposées par la Constitution elle-même.

Autrement dit, même lorsqu'il s'agit de modifier la Constitution, les autorités doivent respecter les règles prévues par la Constitution.

 

Le recours était-il recevable ? 

Oui. Le Conseil précise qu'une loi de révision peut être contestée dès son adoption définitive par l'Assemblée nationale. Il n'est pas nécessaire d'attendre son éventuelle approbation pour saisir le Conseil constitutionnel.

 

Pourquoi la loi a-t-elle été déclarée inconstitutionnelle ? 

Le cœur de la décision repose sur l'article 82.4 de la Constitution. Cet article interdit aux députés de déposer une proposition de loi qui crée ou aggrave une charge pour les finances publiques sans prévoir les ressources permettant de financer cette dépense.

Or, le Conseil constate que la proposition de révision créait plusieurs nouvelles charges publiques, notamment par la création de nouvelles institutions et de nouvelles obligations pour l'État, sans prévoir les recettes compensatrices exigées par la Constitution.

 

Le Conseil juge que cette règle financière s'applique également aux propositions de révision de la Constitution. En conséquence, la proposition de loi était entachée d'une irrégularité substantielle dès son dépôt et son adoption.

 

Quelle est la conséquence de cette décision ? 

La conséquence est claire : la loi n° 18/2026 est déclarée contraire à la Constitution et ne peut donc produire aucun effet juridique.

 

Quelle est la portée de cette décision ? 

Cette décision rappelle un principe fondamental de l'État de droit : la Constitution s'impose à tous, y compris au pouvoir chargé de la réviser. 

 

Le pouvoir de révision n'est donc pas un pouvoir sans limites. Les règles de procédure constitutionnelle doivent être scrupuleusement respectées. À défaut, le Conseil constitutionnel peut censurer la révision, même lorsqu'elle a été adoptée par une majorité parlementaire.

 

En résumé : Cette décision renforce la suprématie de la Constitution et confirme le rôle du Conseil constitutionnel comme garant du respect des règles de révision constitutionnelle. Elle rappelle que, dans un État de droit, la fin ne justifie jamais les moyens : une révision de la Constitution doit être adoptée dans le strict respect des exigences constitutionnelles.

 

El Amath Thiam
Juriste et président de Juriste sans frontière

Source : Ma revue de presse 

Nombre de lectures : 133 fois


1.Posté par Me François JURAIN le 10/07/2026 13:43
Cela demontre au moins une chose, au delà de l’opportunité de cette décision, c''est que le SENEGAL, est doté d''une constitution forte et solide, qui a fait ses preuves depuis des décennies. Elle a été rédigée, puis amendée, au fil des ans, ce qui est normal, par des gens qui ont eu la sagesse de laisser ce travail, à des professionnels du droit, et tant qu''à faire, ce qui pouvait se faire de mieux dans le pays, n''hésitant même, parfois à prendre conseil auprès de Confrères étrangers, afin d''être surs de doter le pays, leur pays, d''une constitution qui concerne tous les Sénégalais, sans exception.

Mais c''est un avertissement aussi, pour tous: L''assemblée nationale, avec 130 députés d''un parti qui ne représente au bas mot que 38/30% des votants, (ceux qui ne vont pas voter n''ont qu''un droit, c''est celui de se taire), n''est pas une assemblée représentative, ce n''est qu''une chambre d''enregistrement, dédiée et dévouée à un seul homme d''un partiaux intentions troubles et mal définies. Les amateurs,n''ont pas leur place, dans un rôle de réformateur de la constitution, et une constitution ne s''élabore pas à la faveur d''un seul homme, mais c''est une barrière de protection pour l''ensemble de tout un peuple, sans exception, quelle que soit ses opinions politiques, sa religion, voire même de sa couleur de peau ou de sa race.

C''est une très bonne leçon, donnés à tous les aventuriers de ce pays, notre pays, et de savoir qu''il existe un Conseil Constitutionnel qui joue son rôle et tient sa place, c''est rassurant pour tout le monde. Dans cette affaire, qui s''apparentait plus à une aventure et un règlement de compte d''une bagarre entre deux gamins qui se seraient écharpés dans une cour de récréation, le Conseil Constitutionnel a sifflé la fin de la récréation, et renvoyé tout le monde dans ses cordes: le seul gagnant de cette affaire, c''est le peuple Sénégalais qui peut s''en réjouir, et heureusement, "confier les clefs du camion" à des aventuriers n''est encore pas pour demain. C''est aussi ce qu''à voulu dire le Conseil Constitutionnel, et à tout le monde sans exception. Avis aux amateurs!
Me François JURAIN

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