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Au nom de Mbappé : Lettre à Celeste Amarilla (Par El Hadji Malick Ndiaye)

Jeudi 9 Juillet 2026

Kilian Mbappé (d.) et la sénatrice paraguayenne Celeste Amarilla
Kilian Mbappé (d.) et la sénatrice paraguayenne Celeste Amarilla

Il était une fois une petite Lorette d’un petit pays d’Amérique latine dont l’imbécillité crasse et le racisme anachronique illustraient ce que tout le sous-continent sud-américain ignore de l’Afrique et des Africains. À elle, s’adresse cette missive, au nom de la part d’héritage de Kylian Mbappé dont cette faquine pense pouvoir insulter et écraser au nom de sa blancheur et d’une prétendue civilisation. Cette part d’Afrique que l’Amérique latine considère tranquillement comme le côté sombre et inachevée de la culture européenne contemporaine.

 

Partout où elles triomphent d’une nation sud-américaine, les équipes de France, vitrine de la diversité française et du talent de sa jeunesse bigarrée sont vilipendées, coupables, de s’être appropriées une valeur ajoutée africaine. Chiche!

 

Quel degré de bêtise et de mauvaise foi peut empêcher un descendant de colons espagnols, portugais, de nazis sur le retour, de fascistes planqués ou d’Oriundi chassés par la faim, de comprendre qu’une nation peut bénéficier de l’apport de vagues migratoires successives pour s’élever.

 

Ce que certains esprits étroits, comme des pots de chambre, et leurs représentants, comme cette Céleste Amarilla, reprochent à la France, c‘est cette part d‘Afrique qui aujourd‘hui fait partie de son ADN, qu‘ils le veuillent ou non, que la France elle–même le veuille ou non. C’est exactement la même histoire coloniale qui fait la fierté du Paraguay, du Brésil ou de l’Argentine.

 

L’Argentine, dont des représentants sans éducation chantent pour tourner en dérision des Français venus du Mozambique ou d’Angola, comme si c’était un plus grand crime que d’être Paraguayen venu d’Italie ou Uruguayen descendant d’anciens SS.

 

Lorsqu’une péronelle déguisée en sénatrice fustige un “manque d’élégance” de la part Mbappé en passant sous silence l’attitude des footballeurs de son pays que le monde entier a vu s’enferrer dans ce qui a été compris comme le sommet du manque de panache, de fair-play et d’éducation sur les valeurs du sport, elle le lie à son héritage africain dont elle ignore manifestement tout.

 

La France, madame, n’est pas seulement celle de Diderot, c’est aussi celle de Dumas, de Fanon, de Césaire, de Maryse Condé, que vous n’avez visiblement jamais lus. C’est aussi la France de Saint-Georges, de Belley, de Monerville et de tant d’autres que vous ignorez, rendant votre éducation française bien douteuse.

 

C’est la France des tirailleurs et de ceux qui ont versé un sang précieux pour que des barbares de vos espèces ne décrètent jamais la fin de l’histoire. Votre métissage espagnol et indien ne vaut pas mieux en dignité que le mélange camerounais et algérien qui a offert Mbappé à la France.

 

Vous vous gargarisez de l’importance de la salutation chez les Paraguayens. C’est exactement ce dont Mbappé aurait certainement le plus hérité de l’Afrique et avec elle l’empathie, le sens de la communauté, le respect des anciens.

 

Partout, où il n’aura pas montré cela, voyez-y un délitement de son éducation africaine. Au lieu de cela, vous imaginez que refuser une main tendue ne saurait être français. Quel manque de culture! Quelle complexe d’infériorité !

 

Ces valeurs plébéiennes que vous décrivez comme des valeurs propres aux Paraguayens, sont ancrées dans toutes les civilisations terriennes, ce, partout sur cette planète. C’est pour cela que beaucoup d’intellectuels sud-américains et d’héritiers du bolivarisme voient en l’Afrique une sœur précolombienne de l’Amérique latine.

 

Le sens de la dignité, le sens de la famille, le sens de la communauté sont nôtres. Mais vous et les idiots de votre espèce n’en avez rien à faire. Vous continuez de véhiculer les poncifs de l’imaginaire colonialiste et raciste de l’Occident. Ce que même la vieille Europe et des idéologues les plus rances ont une certaine gêne à assumer de nos jours.

 

Le tort des Africains à votre sens c’est d’être pauvres. Vous confondez indigence et indignité, indigence et inculture, indigence et stupidité. Trop de monde sous vos latitudes incarnent ce combo pour que vous continuez à regarder l’Afrique de haut. À chaque compétition internationale, votre partie du monde se donne en spectacle avec son racisme culturel. Assez !

 

Les Noirs avec qui vous êtes si condescendants, vous les haïssez quand ils font gagner les nations européennes. Comme si vous souffriez du complexe des esclaves de maison qui ne rêveraient que de se réveiller dans le domicile du maître européen et dont vous faites de la civilisation la valeur étalon de notre humanité commune.

 

Il est temps que l’Amérique latine se réveille et comprenne que les jeunes Français d’origine africaine sont Français à part entière mais fiers de leur héritage. Ce n’est pas une tare dont il faille se moquer. Le lait de coco comme les cacahuètes et l’igname sont des symboles culturels transatlantiques qui nous nourrissent et nous rendent forts.

 

Les singes sont des animaux qui peuplent nos forêts autant que vos villes. Il est temps que vous et vos semblables compreniez que vous ne valez pas mieux que les Africains. Là où vous méprisez la peau noire, vous acceptez de renoncer à votre humanité et retournez un peu plus à l’esprit colonial qui a façonné vos nations. Vous pouvez en être fière, mais retenez-en au moins le sens de la géographie !

 

Vous pouvez choisir de vous vautrer dans le tas d’immondices qui vous sert de dictionnaire, mais les Africains vous regardent et vous répondront quand c’est nécessaire. Et je vous dirais cette réponse que Césaire a donnée à toutes les raclures racistes du monde. Le nègre vous emmerde !

 

EL HADJI MALICK NDIAYE

Maître de conférences dans les programmes Modern Languages and Cultures Global African Study de l’université de Seattle aux Etats-Unis. Ses travaux portent sur les territoires du discours et les modernités postcoloniales.

 
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