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Double séisme au Venezuela - Environ 50 000 disparus, l’ONU alerte sur le manque de nourriture et d’abris

Mardi 30 Juin 2026

Les dizaines de milliers de survivants du double séisme ayant frappé mercredi le Venezuela manquent cruellement de nourriture et d’abris, a alerté mardi l’ONU, des experts de santé mettant en garde de leur côté contre de possibles épidémies après la catastrophe qui a fait au moins 1943 morts.

 

Les séismes de magnitude 7,2 et 7,5, les plus violents ayant touché le pays sud-américain depuis plus d’un siècle, ont aussi fait des dizaines de milliers de disparus, lançant une course effrénée contre la montre des secours pour tenter de retrouver des survivants sous les décombres.

 

Sur la base d’images satellitaires, la NASA estime qu’environ 58 870 bâtiments ont été endommagés ou détruits dans l’ensemble de la zone affectée.

 

Dans l’État de La Guaira (Nord), le plus durement touché, « les pénuries alimentaires sont généralisées, les services de base se sont effondrés et les communications sont en grande partie coupées. Les tensions au sein de la population s’accroissent, alors que l’accès à l’aide demeure limité », s’est alarmé mardi le Haut-commissariat aux réfugiés des Nations unies (HCR).

 

À La Guaira, Daniela Armas, une vendeuse de 18 ans blessée lors des séismes, décrit à l’AFP une situation apocalyptique : « De l’aide est distribuée ici, mais parfois les gens s’entretuent pour de la nourriture. […] Tout le monde se bat, comme dans un combat de coqs ».

 

« J’ai peur de rentrer chez moi, car ma maison, même si elle est toujours debout, est toute fissurée », ajoute-t-elle.

 

Le HCR a lancé une campagne pour rattacher les enfants séparés de leurs parents, tandis que l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) redoute des épidémies et s’inquiète de systèmes « inadéquats » de suivi des disparus et d’enregistrement des victimes.  

 

Le HCR chiffre ses seuls besoins à environ 15 millions de dollars, notamment pour abriter temporairement 30 000 personnes pendant six mois.

 

« Plus de 80 % de l’État de La Guaira est en état de crise, il faut que les autorités agissent. Elles devraient au moins se concentrer sur les services de base comme l’électricité, l’eau portable et le nettoyage », s’indigne Pablo Alfonzo, un homme de 64 ans réfugié sous une tente de fortune.

 

En attendant, les survivants se débrouillent comme ils peuvent, à l’image de Celix Ruiz, à Ciudad Piar (Est), qui dort dans le stationnement d’une pharmacie. « Ici, personne ne veut aller dans un refuge, être dans un refuge c’est comme être dans la rue ». « Il semble que j’aie une côte fracturée », mais « tous les hôpitaux sont saturés », déplore-t-elle.

 

D’autres se retroussent les manches, comme Diorjailis Escalona, une médecin de 23 ans : « Au bout de deux jours, j’ai commencé à travailler comme volontaire », raconte-t-elle à l’AFP. « Sur le plan émotionnel, je suis démolie de voir tant de vies perdues à cause du tremblement de terre, mais on essaie d’aider », insiste-t-elle.

 

La météo complique aussi la tâche des secouristes, qui ont dû par exemple suspendre durant la nuit une tentative d’extraction de victimes à La Guaira en raison de fortes pluies, ont constaté des journalistes de l’AFP. Les précipitations ont cessé à l’aube.

Morgues saturées

 

Les États-Unis ont doublé le montant de leur aide bilatérale après la tragédie, pour un total de 300 millions de dollars dirigés vers les ONG et agences onusiennes.

 

En janvier, l’armée américaine a capturé le président Nicolás Maduro, poursuivi pour narcotrafic présumé. Depuis, Washington et Caracas se sont rapprochés et Donald Trump soutient la cheffe de l’État par intérim Delcy Rodríguez, tout en prenant le contrôle des secteurs miniers et des hydrocarbures du pays.

 

Environ 50 000 personnes restent portées disparues selon les Nations unies, lançant leurs proches dans une quête désespérée pour tenter de les retrouver. Et ce alors que la fenêtre fatidique des 72 heures où des survivants sont susceptibles d’être retrouvés après un séisme s’est refermée samedi.

 

Sur les quais du port de La Guaira, une morgue a été improvisée. Dès les premiers jours, blessés et cadavres ont été envoyés vers les hôpitaux de la région, mais les infrastructures sont saturées.

 

« Ma famille est ici. On me dit que sa sœur et ses enfants sont là, ainsi que les enfants de mon frère », explique à l’AFP Wilker Molalla dans la file d’attente pour identifier leurs corps. « Il y avait 11 personnes chez moi, seuls deux d’entre nous ont survécu parce que nous étions au travail », souffle-t-il.

 

Dans les funérariums, les crémations s’enchaînent. Une employée dit avoir travaillé jusqu’à minuit au cours du week-end. « Et ce n’est que le début », prédit Freddy Rey, un autre fonctionnaire d’un cimetière.

 

Selon l’OMS, citant la présidente par intérim, 38 hôpitaux du pays ont été endommagés, dont trois sont dans un état critique.  

 

Les perturbations des services de santé, des réseaux d’eau et d’assainissement, combinées aux déplacements de population, pourraient favoriser des flambées « de maladies évitables par la vaccination comme la rougeole, la diphtérie et la coqueluche », a averti un porte-parole de l’OMS, Christian Lindmeier, lors d’un point de presse à Genève.  

 

La communauté internationale s’est pourtant mobilisée : selon le coordinateur de l’ONU au Venezuela, Gianluca Rampolla Del Tindaro, 27 pays ont envoyé une quarantaine d’équipes de secours, soit « plus de 2000 secouristes et autres personnes sur le terrain, avec plus de 160 chiens ».

 

Ces équipes étrangères réussissent parfois à extraire des décombres des victimes, avec à chaque fois les mêmes images de secouristes extrayant ces blessés hagards, en larmes, traumatisés.  

 

Le bilan officiel, très provisoire, a atteint 1943 morts et 5034 blessés, selon le président de l’Assemblée nationale, Jorge Rodriguez. L’ONU a fourni 10 000 sacs mortuaires, bien qu’elle espère un bilan final moins lourd.

 

Au début de leur sommet mardi au Paraguay, les présidents des pays membres du Mercosur – Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay – ont observé une minute de silence en hommage aux victimes de la catastrophe. [AFP]

 
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