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Cohabitation et rentiers de la tension

Vendredi 5 Juin 2026

Bassirou Diomaye Faye (d.) et Ousmane Sonko
Bassirou Diomaye Faye (d.) et Ousmane Sonko

En démocratie, la vérité des urnes finit toujours par imposer sa logique implacable, quitte à bousculer les certitudes des appareils politiques. Le président Bassirou Diomaye Faye conserve intactes les prérogatives que la Constitution lui attribue, dont ce fameux pouvoir du décret qui lui a permis de limoger son ancien mentor le 22 mai 2026. Mais il doit désormais composer – et jusqu’à nouvel ordre – avec Ousmane Sonko, devenu par la force de la loi et du rapport de force, la deuxième personnalité de l’État sénégalais après son élection à la tête de l’Assemblée nationale le 26 mai 2026, quatre jours après son départ de la Primature. Cette posture nouvelle a été rendue possible par deux facteurs objectifs de taille : sa mainmise sur une majorité de 130 députés sur 165, et des pouvoirs importants de contrôle sur l’action gouvernementale que la Constitution donne aux législateurs sénégalais.

 

Concrètement, le Sénégal est donc sous une forme de cohabitation politique inédite et peu commune à travers le monde. D’abord rampante entre les deux pôles de l’exécutif durant plusieurs mois, elle est devenue pleinement institutionnelle. La bataille entre les deux figures-phares du parti Pastef, vainqueur de la présidentielle d’avril 2024, se mue ainsi en un potentiel affrontement à distance entre un exécutif reconfiguré à l’image et à la personnalité du chef de l’État, et un pouvoir législatif qui affiche déjà à la fois sa disponibilité au « dialogue politique intelligent » et une réelle volonté de puissance.

 

Cette rupture peu surprenante est le produit fini de divergences politiques, morales, stratégiques et surtout idéologiques apparemment insurmontables entre deux personnes porteuses, chacune, d’une part de légitimité. Au président de la République élu au suffrage universel direct, fait face un président de l’Assemblée nationale, réceptacle d’une majorité parlementaire voulue par le peuple souverain du Sénégal.

 

En l’espace de quatre jours, c’est toute une vieille grille de lecture des faits politiques qui s’est affaissée sous la pression d’événements politiques majeurs que tout le monde a vus venir. Il va falloir s’y habituer jusqu’à nouvel ordre. Le régime « hyper-présidentialiste » ou « présidentialiste » connu des experts de la science politique fait place à un système de partage obligé du pouvoir qui va fatalement renseigner sur la conscience et le niveau de responsabilité des acteurs politiques en situation. C’est ainsi, en particulier, que les démocraties se réinventent, s’enrichissent, s’approfondissent, à condition que lesdits acteurs soient à la hauteur des événements et des enjeux. Est-ce le cas ? Rien n’est moins sûr.

 

La nouvelle réalité politique sénégalaise permet en effet de constater, encore une fois, qu’une frange de la classe politique, du monde médiatique et d’une certaine intelligentsia a décidé de faire de la situation politique un objet de fixation rentière pour combler le vide d’une impuissance manifeste à être utile au projet démocratique national. L’affichage est de rigueur. Entre phraséologies catastrophistes visant à impressionner et accusations farfelues non documentées, certains d’entre eux/elles ont pourtant fièrement sévi contre les intérêts fondamentaux du Sénégal dans un passé immédiat, sous le parapluie du système autoritaire et clientéliste qui les a fabriqués. Les divergences d’orientation de la gouvernance de l’État entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko ont libéré rage, cris d’orfraie, instrumentalisation des faits, théories fumeuses sur une « crise institutionnelle » imputée à la dualité au sommet de l’État, tous éléments qui mettraient le pays tout entier en danger et l’État en sursis… C’est tout juste si les moins recommandables d’entre eux n’ont pas appelé l’armée à « prendre ses responsabilités », selon une vieille expression usitée en la matière… Toute tension, même artificielle, a ses rentiers.

 

Des tensions, il y en a eu entre le président Faye et le premier ministre Sonko au cours de la séquence avril 2024-mai 2026. Il va y en avoir entre le chef de l’État et le président de l’Assemblée nationale à l’orée de la nouvelle configuration politique imposée par le rapport de force politique. Les deux hommes ne sont en phase ni sur le fonctionnement de la justice, ni sur les conditions de prise en charge des questions liées au bien-être des populations, en particulier le pouvoir d’achat, ni sur les modalités du traitement de la dette, ni sur les nouveaux rapports à mettre en place avec les institutions de Bretton Woods, etc. Mais il n’y a pas encore de mort !

 

Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko ne s’amusent pas à la tête du pays. Pour reprendre la sentence populaire wolof, « gni da niouy foowé deuk-bi », ils ne jouent pas : ils s’écharpent parce que l’exercice du pouvoir a révélé l’existence de lourdes contradictions entre eux, libérant chez chacun une vision et des convictions assumées qui rendent l’un incompatible à l’autre. Le pays doit certes rester vigilant devant les soubresauts de cette dualité. Mais la République dispose d’institutions solides capables d’obstruer les chemins de l’aventurisme.

 

Là se trouve le défi auquel doivent faire face Bassirou Diomaye Faye, Ousmane Sonko et leurs partisans respectifs. Les Sénégalais ont toujours su déjouer les complots taillés sur mesure pour des intérêts partisans. Qui ne se souvient du projet de report de la présidentielle brisé par le Conseil constitutionnel en février 2024 ? Qui ne se souvient du 23 juin 2011 et de la tentative avortée de dévolution monarchique du pouvoir, dont le héraut de cent ans a été bruyamment célébré ce 4 juin 2026 par le jeune président Bassirou Diomaye Faye ?

 
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1.Posté par Me François JURAIN le 06/06/2026 14:12
Au risque de passer pour un imbécile, ce qui ne me dérange nullement, je ne pensais pas que le duo gouvernemental se séparerai. Bien sur, il y avait des désaccords, mais je pensais, certainement naïvement et comme beaucoup d'autres sénégalais, que la raison d'état l'emporterait sur les intérêts personnels des uns et des autres. Mais finalement, de la part des gens qui se déclarent ouvertement "anti système", dignes révolutionnaires et gardiens d'une souveraineté -laquelle, à ma connaissance, n'a jamais été mise en danger ni contestée que je sache", cela peut paraitre un peu curieux, mais au final pas tant que ça, car l'histoire n'est qu'un éternel recommencement.

Souvenous nous: Au SENEGAL, le tandem SENGHOR-DIA: après l'amour, la désunion, et pour DIA, l'exil suprême avec à la clef, une infamante condamnation pour un grand homme d'état. En FRANCE: 1982, MITTERAND et JM HERAULT, dans des circonstances moindres, car les deux hommes n'étaient pas liés par un amour quasi fraternel, mais obligation de changer de cap, et vite, faute de quoi la FRANCE allait au désastre; D'autres exemples similaires, de par le monde, mais tous ont une cause commune, un dénominateur commun, à la fois simple et logique à comprendre.

Lorsque vous êtes candidat, on peut le déplorer mais c'est ainsi depuis quelques décennies, peu importe que vous soyez compétent ou pas, puisque tout repose sur la communication. Une élection, c'est avant tout devenue une opération marketing, un casting de télé-réalité. Le plus beau, le plus bonimenteur, c'est celui qui gagnera. Les élections, aujourd'hui, et pour tous les pays de cette planète, n'est pas devenu un moment de réflexion, où chaque candidat explique la situation dans laquelle il trouve le pays qu'il a la prétention de diriger, et comment il entend soit poursuivre, soit redresser la barre, avec un programme approprié, mais au contraire une immense "foire à la saucisse" ou le meilleur marchand de rêve, le meilleur bonimenteur l'emportera. Pour la réalité, on verra plus tard, car aujourd'hui, les peuples veulent avant tout rêver. Ce n'est pas votre médiocrité que vous avez envie que l'on vous jette à la figure. Tout le monde à envie de se faire dire en véritable conquérant, non pas en pauvre mendiant! Alors on pourrait penser que les peuples ne sont que des troupeaux d'imbéciles, et qu'ils ne comprennent rien à rien: pas du tout, voir même le contraire dans certains cas, mais parce que les gens n'ont plus le temps, les moyens ni la faculté de rêver, et bien, celui qui à cette faculté là de vous faire rêver, de vous faire penser que, l'espace d'un instant, vous êtes super-man, gagnera la coupe! Les difficultés, les gens les vivent au quotidien, et le candidat qui va venir leur exposer leurs problèmes, ils n'ont pas besoin de ça, puisqu'ils les vivent déjà et les connaissent mieux que quiconque. Bien sur, l'absence de rêve n'est pas la même partout: en France, les gens sont au désarrois parce qu'ils ne savent pas s'ils auront assez d'essence pour partir en vacance, au SENEGAL, le père de famille s'arrache les cheveux, car il ne sait pas ce qu'il va mettre tous les jours dans l'assiette de ses gosses, mais si en FRANCE, vous avez un candidat qui vous dit la vérité, que le pays est sur-endetté, et que pour les vacances cette année, et bien ce sera "tintin", il n'aura aucune chance, et même si c'est le plus brillant de la bande, il n'obtiendra même pas les 5% qui lui permettent d'être remboursé de ses frais! Par contre, celui qui va venir avec un beau costume, vous expliquer que oui, aujourd’hui, ça va mal, mais c'est à cause de ceux qui nous gouvernent aujourd'hui, et que, avec moi, demain je vais changer tout ça, et vous allez voir ce que vous allez voir! là vous commencez à rêver, et même si au fond de vous même, vous vous dites "on va pas me la faire encore une fois", vous aurez plus de sympathie pour celui qui vous fait rêver, qui vous laisse une chance de croire que l'impossible est possible, et vous allez voter pour lui. Idem pour l'exemple du SENEGAL: quel candidat va remporter tous les suffrages: celui qui va vous expliquer que oui, la vie est dure, mais que malheureusement, demain elle sera encore plus dure, parce qu'il y a la guerre en Iran, parce que si, parce que là ect... ou l'autre, qui arrive avec sa jeunesse, son charisme, venir dire (celui là n'explique pas, il affirme) que si ça va mal, c'est à cause de l'incompétence de l'équipe en place, mais que demain, avec lui tout va changer: ce discours là fait rêver, même si au fond de vous même vous êtes sceptique, vous avez envie d'y croire, et vous avez envie de rêver à la voiture que vous pourrez enfin vous acheter, les bons repas que vous pourrez prendre en famille, et que sais je encore.

Je me rappelles avoir écris ici même au moment des élections passées, pour le deuxième mandat de Macky SALL, (on dit que la vieilesse est un naufrage, aussi il faut se raccrocher à toutes les branches, la mémoire en est une!) une petite contribution ironique, expliquant pourquoi, si je faisais de la politique, (dieu m'en garde) je voudrais être un candidat éternel: Un candidat qui voudrait surtout ne pas être élu. (Nous avons connu ça en France avec Marine LEPEN, candidate quasiment éternelle qui a toujours raconté n'importe quoi et dont le programme économique était totalement irréalisable, mais qui en a fait rever plus d'un!) avec un candidat, tout est beau et nouveau, puisque c'est du rêve, et qu'en plus, vous pouvez raconter n'importe quoi, parce que les gens ne vous croient qu'à moitié. Mais lorsque vous êtes élu (j'allais écrire "par malheur") là ça devient compliqué, parce vous ne pouvez pas changer la réalité! et la REALITE, elle est là, ténue, qui d'un coup de gomme, vous fait partir vos rêves en fumée, et ne vous laisse pas le choix: il faut faire avec ce qu'il y a sur la table, maintenant, c'est menu imposé, avec addition surprise!

Et , c'est vrai, à bien y réfléchir, ici au SENEGAL, la séparation de nos deux duettistes étaient inévitable, c'est tout simplement que, dès le jour même de leur élection, la réalité s'est imposée à eux, et que l'on ne peut pas composer avec la réalité. Et dans ce cas précis, la réalité était à l'exact opposé des rêves qu'ils avaient vendus à la nation toute entière, au peuple sénégalais tout entier!
Où le problème se complique, c'est que le fauteuil présidentiel, c'est un fauteuil, et pas un canapé. Bon, nous parlons là de deux "amis", donc, soit l'un s'assoie confortablement, et l'autre reste sagement debout, derrière ou à côté, mais à la longue, ça fatigue. Il y a la solution de partager le fauteuil, chacun s'assoir sur une fesse, mais c'est particulièrement inconfortable. Sans parler des egos! Pourquoi lui est assis dans le fauteuil qui normalement, doit m'appartenir, ?ect...

Alors, OK, le Président démocratiquement élu conserve le fauteuil pour lui tout seul. Mais la réalité, ténue, cette gueuse qui hante nos demeures, de là plus petite masure au plus somptueux palais Présidentiel, elle, elle est toujours là, et on ne s’accommode pas avec la réalité, il faut faire AVEC!

Mais où tout se complique, c'est que l'on pourrait croire que finalement, le Président a récupéré son fauteuil, et que maintenant, il va pouvoir faire avec la réalité, c'est à dire ce qui est possible! Que nenni! car le partant, il a bien laissé le fauteuil, mais avant de partir, il a posé quelques mines au travers les coussins, histoire d'imposer à celui qui reste, le soin de réaliser les rêves vendus ensemble, tout en sachant bien que réaliser les rêves vendus c'est particulièrement impossible, mais lui, il est marchand de rêve, et plus réalisateur des rêves vendus!

Bon, là j'arrête, car j'ai mal à la tête: je vais prendre un ou deux DOLIPRANE, en vérifiant bien sur la boite qu'ils sont fabriqués au SENEGAL, ce qui sera de ma part un acte de souveraineté revendiqué au et fort par l'un des ex frères siamois, et prier tous les dieux du ciel, pour que l'échéance de juillet soit honorée, avec l'assistance du FMI -il n'y a pas le choix, le nombre des candidats qui veulent nous aider étant réduit à...1!- ce qui m'attirera la sympathie de ceux qui ont compris (avant moi) que l'on ne peut transiger avec la REALITE.
Un dernier conseil (répété) aux politiciens en herbe: arrangez vous pour rester candidat! n'oubliez jamais qu'un bon candidat vaut mieux qu'un mauvais élu! Mais la république est bonne mère: elle laisse toujours la porte de l'avenir pour les perdants d'un jour!
A bon entendeur, salut!

Me François JURAIN

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