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Révision constitutionnelle : la République mérite un débat de fond (Par Balla Diop)

Mercredi 8 Juillet 2026

Je voudrais d'abord saluer la qualité de la réflexion proposée par le Professeur Ibrahima Thioub. Son texte est dense, argumenté et pose des questions essentielles sur la souveraineté économique, la culture politique et les conditions d'une véritable transformation du Sénégal. C'est précisément parce que ce débat est important qu'il appelle, me semble-t-il, une discussion tout aussi exigeante.

 

Mon principal désaccord tient à la prémisse de son raisonnement. Le Professeur Thioub considère que la révision constitutionnelle intervient au mauvais moment et qu'elle risque de détourner l'attention des priorités économiques et sociales. Pour ma part, je pense que le véritable retard n'est pas celui du bilan, mais celui des réformes institutionnelles nécessaires pour donner au projet de rupture une architecture cohérente.

 

Le peuple sénégalais n'a pas seulement élu un Président en mars 2024 ; il a approuvé un projet de transformation profonde de l'État. Une telle ambition ne pouvait durablement s'accommoder d'institutions conçues dans un autre contexte politique. On ne transforme pas un système avec les seuls instruments hérités de ce même système. La réforme institutionnelle n'est donc pas une fuite en avant ; elle constitue l'un des leviers de la transformation.

 

J'éprouve également des réserves sur la manière dont sont appréciées les deux premières années de gouvernance. Toute analyse rigoureuse devrait rappeler que le nouveau pouvoir a hérité, en 2024, d'un budget préparé par le précédent régime, conforme à ses priorités et à ses engagements. Elle devrait également prendre en compte les blocages institutionnels qui ont marqué cette première phase, notamment le refus du Débat d'Orientation Budgétaire par l'ancienne majorité parlementaire et les obstacles qui ont retardé la mise en œuvre du projet pour lequel les Sénégalais avaient voté.

 

Faire abstraction de ces contraintes conduit inévitablement à une lecture incomplète du bilan.

 

Je ne partage pas non plus l'idée selon laquelle la révision constitutionnelle serait une diversion face aux urgences économiques. Les institutions ne sont pas un sujet accessoire réservé aux juristes. Elles déterminent la manière dont l'État décide, arbitre, coordonne et met en œuvre les politiques publiques. Une ambition de souveraineté économique exige un État efficace ; un État efficace suppose des institutions adaptées à cette ambition.

 

Je rejoins en revanche le Professeur Thioub lorsqu'il appelle à une transformation de notre culture politique. Oui, le Sénégal doit rompre avec les logiques de personnalisation du pouvoir, de clientélisme et de prédation. Mais cette mutation culturelle ne saurait être opposée à la réforme des institutions. Les institutions façonnent aussi les comportements. Elles peuvent favoriser la responsabilité, l'équilibre des pouvoirs et la primauté de l'intérêt général.

 

Enfin, je regrette que le débat public se soit largement focalisé sur les rapports supposés entre des personnalités politiques, au risque d'occulter l'essentiel : le fonctionnement normal des institutions de la République.

 

L'initiative de députés proposant une révision de la Constitution est prévue par notre Loi fondamentale. La saisine du Conseil constitutionnel par le Président de la République l'est tout autant. Il ne s'agit pas de deux actes contradictoires, mais de deux mécanismes constitutionnels qui participent au dialogue des institutions.

 

Dans une démocratie constitutionnelle, les désaccords ne se règlent ni par des rapports de force personnels ni par des procès d'intention. Ils sont arbitrés par les procédures prévues par la Constitution. La saisine du Conseil constitutionnel ne traduit pas une crise ; elle illustre au contraire la vitalité de l'État de droit. Elle rappelle surtout un principe fondamental : dans une République, les textes priment toujours sur les volontés individuelles, fussent-elles celles du Président de la République.

 

C'est pourquoi le débat sur la révision constitutionnelle mérite mieux qu'une lecture à travers le prisme des rivalités politiques. Il doit être apprécié à l'aune d'une seule question : les réformes proposées permettront-elles de doter le Sénégal d'institutions plus cohérentes, plus efficaces et plus aptes à porter le projet de transformation voulu par les citoyens ?

 

À cette question, chacun apportera sa réponse. La mienne est claire : le véritable risque n'était pas de réviser la Constitution aujourd'hui. Le véritable risque était de vouloir conduire une rupture historique avec des institutions qui n'avaient pas été pensées pour la porter

Balla Diop
Source : Facebook

 
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