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Du duo au duel que le souverainisme doit gagner contre le néocolonialisme (Par Fodé Roland Diagne)

Dimanche 12 Juillet 2026

Fodé Roland Diagne
Fodé Roland Diagne

Suite au limogeage et l’élection au perchoir de l’Assemblée Nationale, voilà des paroles populaires entendues : « Ce que fait Diomaye est anormal, il oublie que c’est Sonko qui devait être élu », « Cette séparation est une déception, pour une fois nous avions vraiment cru que Diomaye mooy Sonko », « Dommage, les politiciens n’échappent pas aux ambitions personnelles », « Diomaye veut rester président alors que Sonko veut le devenir en 2029 », « Nous les avons élus pour s’occuper de nous, leur priorité doit être le respect de leurs promesses de régler nos problèmes ».

 

Du duo au duel

 

Dans la presse et les réseaux sociaux, les partisans de l’ex-tandem souverainiste panafricain livrent des récits contradictoires sur la période des « négociations » qui ont débouché sur « l’amnistie, la libération, la campagne, l’élection » du « Diomaye mooy Sonko ». Pourtant les faits avérés sont que la tactique de la multiplicité des candidats à la candidature présidentielle par le retrait des fiches de parrainages a été payante parce qu’elle a permis que le Conseil Constitutionnel (CC) en retient deux dont le Secrétaire Général de Pastef, Diomaye, lequel devenait de fait inévitablement le seul candidat ensuite désigné par notre seul candidat arbitrairement empêché. Dès lors cet enchaînement des faits interdit toutes interprétations prêtant, dès le départ, des intentions malveillantes à l’un ou l’autre. Parce que secrétaire général de Pastef, la désignation de Diomaye a été imposée par la liste retenue par le Conseil Constitutionnel.

 

Ainsi la résistance à l’autocratie présidentialiste de l’APR/BBY a engendré la coexistence entre « président légal » et « président légitime » consécutive à l’empêchement arbitraire de la candidature du président de Pastef. Manifestement, tous les deux étaient d’accord au moins pour un mandat, alors que deux des candidats à la candidature avaient préconisé une transition permettant de réparer l’injustice subie par le « président légitime » par l’organisation couplant une nouvelle élection présidentielle et une élection législative. Si la Constitution autorise au maximum deux mandats consécutifs, les présidents « légal et légitime » n’ayant rien clarifié à ce propos, ce facteur apparaît comme la cause immédiate de l’éloignement, de la division et de la séparation du tandem « Diomaye mooy Sonko ».

 

Pourtant l’espérance au sein du peuple s’alimentait par les premières mesures à mettre à l’actif du duo : la réduction relative de certains prix, la diminution de certaines dépenses de fonctionnement, la suppression du CESE/HCCT pour le recrutement d’enseignants, le départ des bases militaires françaises, la recherche d’Investissements Directs Étrangers (IDE) alternatifs aux Institutions de Bretton Woods, la mobilisation de ressources internes par la renégociation de contrats et conventions léonins, la fin d’exonérations fiscales indues, les audits de la mal gouvernance passée, un certain apport financier de la diaspora, l’apaisement relatif entre la CEDEAO et l’AES, etc.

 

Et au delà des incompréhensions de nombre de militants, notamment de la jeunesse, sur les nominations, la découverte de l’héritage calamiteux des finances publiques plongées au « quatrième de sous sol », de la dette passant de 3 mille milliards sous le PDS à 23 mille milliards FCFA sous l’APR/BBY, de la partie cachée de la dite dette, environ 4000 milliards, révélée par les corps de contrôle et confirmée par le superviseur international qu’est le FMI forcément complice, la demande sociale forte de justice contre les crimes financiers et de sang, l’exigence d’application du Jub, Jubal, Jubanti à la gouvernance actuelle, notamment à la réglementation transparente des fonds politiques, les activités de la « coalition Diomaye président » pour préparer l’éventuel second mandat et sous le prétexte de « dialogue républicain » le défilé de toute la racaille d’ex-ministres de l’APR/BBY dont la place est devant les tribunaux vont devenir des pommes de discorde entre le président légal et le président légitime.

 

La riposte au limogeage a été l’élection du président de Pastef au perchoir de l’Assemblée Nationale, l’organisation du 1er congrès et l’adoption par le parlement de la révision constitutionnelle.

 

La saisine du Conseil Constitutionnel et l’invalidation du vote de la révision constitutionnelle par les députés accentuent le duel entre l’ex-duo issu de Pastef. Cerise sur le gâteau l’annonce d’un nouveau « parti présidentiel issu de la coalition Diomaye président » de l’ex-secrétaire général de Pastef va de fait consacrer le divorce d’avec le camp souverainiste.

 

Force est de constater que beaucoup des alliés que Sonko a promu lui ont tourné le dos. Malgré ses erreurs indéniables, Sonko est et demeure l’incarnation du leadership souverainiste dans notre pays. Une partie des erreurs ne lui sont imputables que parce que le processus de naissance, d’enfance, d’adolescence et de maturation de Pastef s’est opéré par l’élaboration pragmatique des éléments programmatiques à partir des points de convergences des intérêts souverainistes de différentes classes sociales. N’ayant pas un vrai collectif collégial dirigeant qui débat, la centralisation fortement personnalisée par son leadership montre ses limites même si, il faut le dire clairement, Sonko s’est montré jusqu’ici à la hauteur de tous les défis.

 

La source principale de la séparation du tandem est l’idéologie libérale

 

La situation actuelle est grosse du danger d’une confrontation entre les pouvoirs Exécutif et Législatif sous la forme, dans un premier temps, d’un arbitrage du pouvoir judiciaire. Mais cette confrontation va-t-elle rester dans les limites de la loyale, du respect des lois et droits en vigueur ? C’est ce que souhaitent le peuple qui sera amené à trancher en 2029 entre l’actuel « président légal » et le « président légitime ».

 

Rendons nous à l’évidence, l’ambition d’un second mandat a fait du président légal une prise de guerre du néo-colonialisme impérialiste. Nous en voulons pour preuve, les faits que le « pragmatisme » de Sonko l’a conduit à l’erreur de nommer auprès de lui à la primature l’actuel premier ministre qui est un partisan assumé du franc CFA et du FMI, qu’avec Diomaye ils lui ont confié la supervision du projet 2050, que tous les ministres qui sont restés dans le nouveau gouvernement ont tous été dans les pouvoirs libéraux néocoloniaux, que Diomaye disant que « Trump mérite le prix Nobel de la paix » est un lapsus révélateur, que le sommet de la francophonie de Nairobi avec sa présence s’inscrit dans la nouvelle stratégie françafricaine de reconquête en Afrique, que la diplomatie sénégalaise s’absente pendant le vote à l’ONU des 135 pays qui condamnent le blocus illégal des USA contre Cuba, que pullulent dans « Diomaye président » tous les caciques et partis libéraux du système néocolonial dont l’unique programme est « tout sauf Sonko », etc.

 

Les bases sociales et politiques du projet de second mandat de Diomaye le conduisent au reniement du programme sur lequel il a été élu et du projet souverainistes pour lesquels Pastef a conquis le pouvoir suite aux sacrifices d’une jeunesse militante résistante à l’autocratie APR/BBY et au vote de la majorité des électeurs.

 

A la base de ce ralliement présidentiel au néocolonialisme il y a l’influence délétère de l’idéologie libérale sur les classes sociales bourgeoisies, féodales et petites bourgeoises du camp souverainiste. En effet, la conception souverainiste dominante est d’exercer souverainement le libéralisme dans le cadre de l’actuelle mondialisation libérale du capitalisme. Y sont présentes les illusions de faire de la souveraineté monétaire avec le CFA, économique par le seul biais de la fiscalité, des impôts et taxes douanières sans nationalisation des secteurs stratégiques clés comme les télécoms, l’eau, l’électricité, les richesses du sous sol, entrepreneuriale en ne boostant des capitalistes nationaux de l’import-import ou de sous traitants dans une économie qui dépend à 85% de l’importation donc du commerce mondialisé libéral, militaire sans présence de bases mais avec les coopérations et dépendances unilatérales matérielles, logistiques et en formation au lieu de les diversifier, culturelle en demeurant dans la dépendance informative (TV, Radio, satellitaire, etc) et en matière de formation des universités US/UE au lieu de les diversifier, en s’enfermant dans un « neutralisme » faussement « non aligné » entre agresseurs impérialistes et États, nations et peuples victimes à l’instar de l’AES, et entre le monde unipolaire de l’impérialisme hégémonique US/UE et le monde multipolaire porté par les BRICS, etc.

 

Il faut prendre conscience que le libéralisme va de plus en plus devenir un obstacle dans la longue marche vers la souveraineté nationale panafricaine. 

 

Prendre en compte les inquiétudes du peuple

 

Disons le nettement, en plus de leur déception les populations expriment de plus en plus les inquiétudes suivantes : enfoncer le pays dans une bataille rangée entre les pouvoirs Exécutif et Législatif alors que le peuple a voté à 54% pour une alternative souveraine pour le président légal et les députés, est-ce vraiment raisonnable et responsable dans le contexte des menaces géopolitiques qui planent sur l’Afrique en général et sur l’ouest africain en particulier ? Le président légal va-t-il utiliser le présidentialisme autoritaire pour museler le parlement et ce dernier va-t-il systématiser les votes bloqués ou la censure pour se défendre ? Le président légal va-t-il tenter d’empêcher à nouveau la candidature du président légitime ? Quel compromis à la loyale est-il encore trouvable qui permette d’éviter le chaos que le pays a connu entre 2021 et 2024 ?

 

Amilcar Cabral avait mille fois raison de dire « qu’il ne faut pas croire aux victoires faciles ». En effet, le pied dans l’État néocolonial permis par le vote du peuple aux forces souverainistes est en train d’être purgé par les limogeages successifs de tous ceux et celles qui défendent Pastef et notre leader Sonko. Tout sera fait pour l’empêcher à nouveau, mais il nous faut préparer la reconquête souverainiste du pouvoir par l’élection de O. Sonko à l’échéance 2029. Nous devons réparer la double erreur de Sonko lui-même et Diomaye d’avoir refusé la proposition que le président élu ne fasse pas un mandat, mais débarrasse le pays de la dictature fascisante APR/BBY pour le rétablir dans tous ses droits d’être candidat.

 

Plus que jamais, la tactique d’unité, critique, unité hors de toute personnalisation inutile, doit être mise en œuvre dans la perspective que 2029 ne soit pas « perdant-perdant » pour que vive la souveraineté nationale dont l’incarnation symbolique est et demeure le président de Pastef, O. Sonko.

 

11/07/26 

Diagne Fodé Roland

 
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