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Srebrenica : 31 ans après le génocide, 10 nouvelles victimes inhumées lors d'une cérémonie de commémoration

Samedi 11 Juillet 2026

Des milliers de personnes, parmi lesquelles des proches de victimes, des survivants, des responsables étrangers et des chefs religieux, se sont réunies samedi au Centre mémoriel de Srebrenica-Potocari à l’occasion du 31e anniversaire du génocide de Srebrenica. La cérémonie a également été marquée par l’inhumation des restes de dix victimes récemment identifiées.

 

Organisées chaque 11 juillet, les funérailles collectives constituent l’un des moments de commémoration les plus solennels de Bosnie-Herzégovine. Des familles continuent, des décennies après les faits, d’enterrer leurs proches dont les restes sont retrouvés dans des fosses communes puis identifiés.

 

Avec les inhumations de cette année, le nombre de victimes du génocide enterrées au cimetière mémoriel de Potocari s’élève désormais à 6 782.

 

Environ 250 victimes ont été enterrées dans des cimetières locaux à la demande de leurs familles, tandis que plus d’un millier de personnes demeurent toujours portées disparues.

 

La plus jeune victime inhumée cette année était Senad Jusic, âgé de 20 ans au moment de sa mort, tandis que la plus âgée était Ramo Dautovic, âgé de 56 ans.

 

Les autres victimes enterrées sont Muriz Barakovic, Hamed Music, Ramo Alic, Muhidin Osmanovic, Huso Cerimovic, Nuko Nukic, Ahmet Guster et Asim Kunic.

 

Leurs restes ont été retrouvés entre 1997 et 2022 dans plusieurs localités, notamment Kamenicko Brdo, Budak, Rahunici, Glogova, Kamenica-Cancari, Jelovacka Cesma et Turalici. Certaines dépouilles ont été exhumées de fosses communes secondaires, après avoir été déplacées dans le cadre d’opérations organisées visant à dissimuler les preuves des massacres.

 

Nuko Nukic, âgé de 38 ans lorsqu’il a été tué, a été enterré aux côtés de quatre de ses cousins germains, eux aussi victimes du génocide.

 

Le Projet d’identification de Podrinje, basé à Tuzla, conserve encore les restes de victimes identifiées dont les familles n’ont pas encore autorisé l’inhumation. Les restes de 36 autres victimes identifiées grâce à l’analyse ADN attendent également une identification officielle par leurs proches.

 

De nombreuses familles retardent encore les enterrements, seules des parties des corps ayant été retrouvées, dans l’espoir que d’autres ossements soient découverts dans de nouvelles fosses communes.

 

L’Institut des personnes disparues de Bosnie-Herzégovine poursuit quant à lui les recherches pour retrouver les restes d’environ 900 victimes du génocide.


Appels à préserver la vérité

 

Prenant la parole lors de la cérémonie, le président tournant de la Présidence de Bosnie-Herzégovine, Denis Becirovic, a décrit Srebrenica comme un avertissement universel contre la haine, la déshumanisation et l’incapacité à empêcher les crimes avant qu’ils ne dégénèrent.

 

« Si nous échouons à préserver la vérité sur notre passé, nous n’aurons ni présent ni avenir », a-t-il déclaré.

 

Selon lui, les exécutions massives n’étaient pas des actes de violence spontanés, mais des crimes délibérément planifiés et exécutés sous les yeux de la communauté internationale.

 

Il a rappelé que les juridictions internationales avaient établi de manière définitive qu’un génocide avait été commis contre les Bosniaques de Srebrenica, soulignant que préserver cette vérité constituait un devoir envers les victimes et les générations futures.


La Türkiye réaffirme son soutien à la Bosnie-Herzégovine

 

Dans un message lu lors de la cérémonie par la ministre turque de la Famille et des Services sociaux, Mahinur Ozdemir Goktas, le président Recep Tayyip Erdogan a qualifié le génocide de Srebrenica de l’un des chapitres les plus sombres et les plus honteux de l’histoire contemporaine.

 

Erdogan a condamné le négationnisme du génocide, la glorification des criminels de guerre condamnés ainsi que les attaques visant les personnes revenues vivre en Bosnie-Herzégovine, appelant la communauté internationale à réagir avec davantage de fermeté.

 

Il a également réaffirmé le soutien de la Türkiye à la souveraineté, à l’intégrité territoriale et à l’ordre constitutionnel de la Bosnie-Herzégovine.

 

« Le chemin vers la paix en Europe passe par les Balkans, et le chemin vers la paix dans les Balkans passe par la stabilité de la Bosnie-Herzégovine », a déclaré le président turc.

 

Erdogan a par ailleurs estimé que la catastrophe humanitaire en cours à Gaza démontrait que la communauté internationale n’avait pas encore pleinement tiré les leçons de Srebrenica.


Messages internationaux de solidarité

 

Le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif a qualifié le génocide de « crime contre l’humanité », rendant hommage aux hommes et aux garçons bosniaques tués ainsi qu’aux Mères de Srebrenica, tout en réaffirmant le soutien du Pakistan à la Bosnie-Herzégovine.

 

Des responsables albanais et monténégrins ont, pour leur part, souligné que les faits liés au génocide avaient été définitivement établis par les juridictions internationales et ne pouvaient être réduits à de simples interprétations politiques.

 

Ils ont averti que le négationnisme du génocide et la glorification des criminels de guerre condamnés constituaient des attaques contre la vérité, la justice et la dignité des victimes.

 

Des messages de solidarité ont également été adressés par des représentants d’autres pays et organisations internationales.


Journée de commémoration des Nations unies

 

Cette commémoration s’est tenue dans le cadre de la deuxième Journée internationale de réflexion et de commémoration du génocide de Srebrenica de 1995, instaurée par l’Assemblée générale des Nations unies à travers une résolution adoptée en mai 2024.

 

Cette résolution condamne le négationnisme du génocide ainsi que la glorification des personnes condamnées pour génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre. Elle appelle également à renforcer les initiatives éducatives et mémorielles afin de préserver les faits historiques établis.

 

Des cérémonies commémoratives ont également été organisées dans plusieurs villes de Bosnie-Herzégovine ainsi qu’à travers le monde.


Le génocide de Srebrenica

 

Au printemps 1993, le Conseil de sécurité de l’ONU avait déclaré Srebrenica « zone de sécurité protégée ».

 

Le 11 juillet 1995, les forces serbes de Bosnie commandées par Ratko Mladic ont pris le contrôle de l’enclave malgré la présence de Casques bleus néerlandais.

 

Les femmes, les enfants et les personnes âgées ont été expulsés de force, tandis que plus de 8 000 hommes et garçons bosniaques ont été arrêtés puis exécutés dans des forêts, des écoles, des usines et des entrepôts situés à Srebrenica et dans ses environs.

 

En 2007, la Cour internationale de Justice a reconnu ces massacres comme un génocide. Le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie ainsi que son tribunal successeur ont également condamné plusieurs dirigeants politiques et militaires serbes de Bosnie, dont Radovan Karadzic et Ratko Mladic, à la prison à perpétuité.

 

Les restes des victimes ont été retrouvés dans des dizaines de fosses communes primaires et secondaires à travers l’est de la Bosnie. De nombreux corps avaient été déplacés et réenterrés dans le but de dissimuler les preuves des crimes.

 

Chaque année, le 11 juillet, les restes nouvellement identifiés sont inhumés au cimetière mémoriel de Potocari, tandis que les recherches se poursuivent pour retrouver plus d’un millier de victimes encore portées disparues. [AA]

 
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