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Chronique d’Albert : Les marchands pétroliers du développement

Mercredi 10 Juillet 2019

Chronique d’Albert : Les marchands pétroliers du développement
Le Sénégal sera prochainement un pays pétrolier et gazier. Les premiers barils pétroliers sont attendus dans quelques années. Quel impact réel l’exploitation de ces ressources aura-t-elle  sur l’état de l’économie sénégalaise et le niveau de vie des populations rurales et urbaines ? Certains techniciens, experts et acteurs politiques, économiques et financiers, sont en train de bâtir un futur sur des fantasmes financiers.
 
Le développement du Sénégal n’est point une problématique nouvelle. La question est aussi vieille que l’accession de ce pays à la souveraineté internationale. Déjà, à cette époque, les acteurs du processus de la décolonisation ont été déchirés par des clivages marqueurs de deux camps radicalement opposés.
 
Entre le choix de l’indépendance dans la continuité du modèle extraverti et le choix d’un schéma de développement en rupture avec tout le système hérité de la colonisation, le pouvoir post-colonial sous la conduite du premier Président de la République, Léopold Sédar Sengjhor, choisira le partenariat avec la France et l’Occident. Cette option a produit son  modèle de développement extraverti. Il n’a pas fondamentalement connu des modifications majeures dans ses mécanismes de gouvernance et de fonctionnement. Bien au contraire.
 
Le développement du Sénégal reste et demeure une des interrogations fondamentales du présent, de l’avenir du pays. Deux alternances politiques ont préservé et consolidé les fondements des héritages post-coloniaux.
 
La découverte du pétrole, du gaz et l’exploitation prochaine de ces ressources, fait ressurgir de nouveau et de manière brusque, la préoccupation du développement. Les premiers barils de pétrole seront sur le marché dans deux à trois ans.
 
Le gaz de qualité verra le jour. Au regard de ce potentiel énergétique et des espérances certifiées par le pouvoir et ses partenaires techniques et financiers, le Sénégal sera un pays pétrolier et gazier.
 
Cette donne modifie naturellement et en profondeur  la problématique du développement. Le pétrole et le gaz jouent une fonction essentielle dans l’industrialisation, dans la transformation qualitative de l’agriculture et les mutations du système éducatif, de formation et le commerce d’un pays. Ils sont deux moteurs fondamentaux dans la nouvelle économie mondiale portée par le savoir, les Nouvelles technologies et le marché globalisé.
 
De là à croire que ce potentiel  pour un développement  effectif est suffisant  pour développer un pays, constitue un pas  que certains  marchands d’illusions du pétrole ont franchi.
 
Ce sont des experts, des financiers, des acteurs politiques encagoulés à la recherche de marchés financiers inespérés. Ils ont en commun, ces vendeurs de fantasmes, un développement imaginaire bâti sur des ressources que le Sénégal pourra difficilement contrôler et mettre au service de ses leviers de développement.
 
La majorité présidentielle a certes défini une stratégie de gouvernance des ressources et un modèle d’exploitation du pétrole et du gaz avec ses partenaires techniques et financiers.
 
Le rêve de devenir un pays industrialisé est compréhensible et acceptable. Il est nourri  toutefois par des acteurs réduisant à tort le développement à l’accès  de l’Etat et des sociétés privées  à la manne financière des  marchés pétroliers publics et privés en perspective. Le développement ne peut se réduire à cette vision financière réductrice. Ils  sont en réalité préoccupés par  des gains privés. Par contre, l’impact réel de l’exploitation du pétrole et du gaz doit  impérativement interroger ceux qui pensent à un réel développement endogène du Sénégal et à la souveraineté économique du Sénégal.
 
Les multinationales du pétrole et du gaz sont plus puissantes que l’Etat et les acteurs privés nationaux. Les puissances pétrolières et gazières exploiteront ces ressources. Le marché sénégalais n’est guère la priorité de ces groupes privés internationaux. Encore moins le développement de l’Enseignement supérieur, de l’Education, de l’Agriculture, de l’Industrie du Sénégal. Au mieux, l’Etat et le privé national seront des courtiers et des intermédiaires sous traitants.
 
Comment alors envisager le développement dans ce futur compromis par des intérêts privés nationaux et internationaux et une vision réductrice de l’exploitation de ressources nationales ? C’est la question que les acteurs de l’indépendance se sont posée voici plusieurs  décennies.
 
Poursuivre le modèle extraverti hérité de la colonisation aggravé par celui de la mondialisation ou rompre avec cet ordre globalisé ?  Le modèle extraverti est  la racine du mal développement. Il se nourrit à la sève du sous-développement, de  la mal gouvernance politique et économique.
 
Mamadou Sy Albert
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