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Ukraine - Moscou accueille froidement le rejet de ses exigences par Washington

Jeudi 27 Janvier 2022

Moscou a froidement accueilli jeudi le rejet américain de ses exigences sécuritaires, un échange qui alimente la crise russo-occidentale sur l’Ukraine, mais les deux camps ont gardé ouverte la porte du dialogue.
 
Parmi les lueurs d’espoir, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a lui salué l’exercice diplomatique « constructif » de la veille à Paris, des négociateurs russes et ukrainiens s’étant retrouvés pour la première fois depuis des mois, sous égide franco-allemande, pour parler du conflit entre Kiev et des séparatistes prorusses.  
 
Les États-Unis et l’OTAN ont eux, sans surprise, formellement rejeté mercredi des demandes clés de Moscou : la fin de la politique d’élargissement de l’Alliance atlantique et un retour de ses déploiements aux frontières de 1997.
 
Le chef de la diplomatie ukrainienne Dmytro Kouleba a souligné n’avoir « aucune objection » quant à cette réponse américaine.  
 
Moscou considère la présence de l’OTAN dans son voisinage comme une menace existentielle nourrissant le risque d’une escalade en Ukraine. Elle veut donc redessiner l’architecture sécuritaire européenne issue de la fin de la Guerre froide.
 
« On ne peut pas dire que nos points de vue aient été pris en compte », a dès lors regretté le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov.
 
Porte diplomatique ?
 
Le chef de la diplomatie Sergueï Lavrov a lui aussi constaté l’absence d’une « réponse positive » à la principale revendication russe.  
 
Mais il a laissé la porte ouverte au dialogue, relevant qu’on peut « espérer le début d’une conversation sérieuse sur des questions secondaires ».
 
Le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken a indiqué mercredi avoir proposé une « voie diplomatique sérieuse » à Moscou en vue d’une désescalade.  
 
Par le passé, les Occidentaux avaient évoqué des pistes comme des mesures de contrôle des armements et de transparence militaire.
 
Washington a exhorté de nouveau Moscou de ne pas envahir son voisin, insistant sur les « risques mondiaux » que cela impliquerait.
 
Quelque 100 000 militaires russes campent à la frontière ukrainienne avec leurs blindés depuis fin 2021, si bien que les États-Unis jugent que Vladimir Poutine pourrait passer à l’action « entre maintenant et mi-février ».
 
La Russie dément tout projet d’invasion, mais s’estime menacée par l’expansion de l’OTAN depuis 20 ans ainsi que par le soutien occidental à son voisin ukrainien.
 
Moscou a prévenu que le rejet de ses exigences allait se traduire par des représailles, balayant au passage les menaces de sanctions sans précédent que les Occidentaux disent vouloir imposer en cas d’offensive.
 
Berlin a répété que la Russie s’exposerait à des « conséquences massives » en cas d’agression contre son voisin, mettant sur la table le gazoduc Nord Stream 2, infrastructure stratégique et controversée dont Moscou attend la mise en service.
 
La Russie peut se satisfaire du soutien explicite de la Chine, qui a défendu les « préoccupations raisonnables » de Moscou.
 
Si les Ukrainiens ambitionnent de rejoindre l’OTAN, les Occidentaux leur signifient depuis des années qu’un tel élargissement n’est pas dans les cartes.
 
Le Kremlin réclame lui des « garanties juridiques » sur la fin de l’expansion de l’Alliance, ce que les Occidentaux refusent de faire au nom du droit des États à choisir leurs alliés.
Un principe auquel M. Lavrov oppose « la nécessité de prendre en compte » la sécurité des autres.
 
Des les rues de Kiev, des Ukrainiens espéraient que la diplomatie et l’aide militaire occidentale empêcherait une invasion russe.
 
« Je ne pense pas que la Russie passera à l’action, mais il est important d’obtenir dès maintenant le soutien de nos partenaires occidentaux, y compris des armes », a déclaré à l’AFP Andriï Chyfrouk, un responsable des achats publics.
 
Des armes aux séparatistes ?
 
L’Ukraine reçoit bel et bien une assistance occidentale, même si les autorités ukrainiennes la jugent trop limitée face à l’ampleur du soutien russe aux séparatistes depuis 2014 dans l’est du pays.
 
Malgré ses dénégations répétées, Moscou apparaît comme l’instigateur de ce conflit déclenché après l’annexion de la Crimée ukrainienne.
 
Dans ce dossier, une légère avancée est intervenue mercredi soir avec la réunion à Paris des négociateurs russes, ukrainiens et les médiateurs franco-allemands qui ont annoncé un nouveau rendez-vous pour début février à Berlin.
 
La France a salué « un bon signal » de « réengagement » de la part Moscou, avant un entretien vendredi entre le président Emmanuel Macron et Vladimir Poutine.
 
Parallèlement, cependant, le parti du Kremlin, Russie Unie, a appelé mercredi à armer les séparatistes en Ukraine.
 
Jeudi, le principal représentant de ces sécessionnistes a réclamé des armes modernes, en particulier pour faire face aux drones ukrainiens, acquis auprès de la Turquie et réputés d’une efficacité redoutable.
 
L’Ukraine au cœur de plusieurs mois de crise entre Russie et Occidentaux
 
Les tensions se sont accrues ces derniers mois autour de l’Ukraine, que les Occidentaux estiment être sous la menace d’une invasion russe.
 
Kiev et Moscou sont à couteaux tirés depuis l’annexion par la Russie en 2014 de la péninsule ukrainienne de Crimée, suivie d’une guerre dans l’est de l’Ukraine avec des séparatistes prorusses dont le Kremlin est considéré, malgré ses dénégations, comme le parrain militaire.
Mouvements de troupes
 
Le 10 novembre 2021, Washington demande des explications à la Russie sur des mouvements de troupes « inhabituels » à la frontière ukrainienne. En avril, Moscou avait déjà massé environ 100 000 militaires à la frontière.
 
Le président russe Vladimir Poutine accuse de son côté les Occidentaux de livrer des armes à Kiev et de mener des exercices militaires « provocants » en mer Noire et près de la frontière.
 
Crainte d’une offensive
 
Le 28, l’Ukraine assure que la Russie a massé près de 92 000 soldats à ses frontières, pour une offensive fin janvier ou début février.
 
Les autorités russes nient cette intention, accusant en retour l’Ukraine de masser des troupes dans l’est du pays.
 
Sommet Biden-Poutine
 
Le 7 décembre, le président américain Joe Biden menace Vladimir Poutine de « fortes sanctions » économiques en cas d’invasion de l’Ukraine, lors d’un sommet virtuel bilatéral.
Le président russe exige des « garanties juridiques sûres » empêchant l’Ukraine de rejoindre l’OTAN.
 
Le 17, Moscou dévoile deux projets de traités prévoyant de bannir tout élargissement de l’OTAN ainsi que l’établissement de bases militaires américaines dans les pays de l’ex-espace soviétique.
 
Semaine diplomatique
 
Le 10 janvier 2022, Russes et Américains engagent des négociations tendues à Genève.
Le 12, l’OTAN et la Russie constatent leurs profondes « divergences » sur la sécurité en Europe, lors d’un conseil OTAN-Russie à Bruxelles.
 
Troupes russes en Biélorussie
 
Le 18, Moscou commence à déployer des soldats en Biélorussie pour des exercices « impromptus » de préparation au combat aux frontières de l’UE et de l’Ukraine.
 
Washington s’inquiète du possible déploiement d’armes nucléaires russes chez cet allié.
Blinken en Ukraine
Le 19, Antony Blinken appelle Vladimir Poutine à choisir la « voie pacifique » lors d’une visite de soutien en Ukraine, début d’une tournée européenne.
 
Washington débloque 200 millions de dollars supplémentaires d’aide sécuritaire au pays.
Le 20, les États-Unis approuvent les demandes des pays baltes d’expédier des armes américaines à l’Ukraine.
 
Rencontre Lavrov-Blinken
 
Le 21, Antony Blinken et son homologue russe Sergueï Lavrov se rencontrent à Genève et conviennent que Washington présentera la semaine suivante une réponse écrite aux exigences russes.
 
La Russie réclame notamment le retrait des troupes étrangères de l’OTAN présentes en Roumanie et en Bulgarie.
 
Invasion « à tout moment »
 
Le 22, Londres accuse la Russie de chercher à « installer un dirigeant prorusse à Kiev » et d’« envisager » d’« occuper » l’Ukraine.
 
Le 23, Kiev déclare vouloir démanteler « toute structure oligarchique et politique » prorusse.
Dans la soirée, Washington, avant Londres et Canberra, ordonne l’évacuation des familles de diplomates en poste à Kiev face à une « invasion russe » pouvant « se produire à tout instant ».
 
Forces en alerte
 
Le 24, l’OTAN annonce placer des forces en attente et envoyer des navires et des avions de combat pour renforcer ses défenses en Europe de l’Est. Washington met jusqu’à 8500 militaires en état d’alerte.
 
Le Kremlin accuse Washington de provoquer « une exacerbation des tensions » et lance peu après de nouvelles manœuvres à proximité de l’Ukraine et en Crimée annexée.
 
Le « non » à Moscou
 
Le 26, Washington refuse formellement de s’engager à fermer la porte de l’OTAN à l’Ukraine, tout en proposant à Moscou de chercher une « voie diplomatique sérieuse ».
 
Selon les États-Unis, « tout indique » que Vladimir Poutine va faire « usage de la force militaire » contre l’Ukraine d’ici mi-février. Washington « exhorte » ses ressortissants à « envisager de partir maintenant » du pays.
 
À Paris, une réunion des émissaires russe et ukrainien avec les médiateurs français et allemand aboutit à un engagement commun à préserver le cessez-le-feu entre forces ukrainiennes et séparatistes prorusses dans l’est de l’Ukraine.
 
Soutien de la Chine à Moscou
 
Le 27, la Chine apporte son soutien aux « préoccupations raisonnables en matière de sécurité » de Moscou vis-à-vis de l’Ukraine. (AFP)
 
 
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