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Sur les marchés, l'effet Macron pourrait se faire attendre

Vendredi 2 Juin 2017

Sur les marchés, l'effet Macron pourrait se faire attendre
PARIS (Reuters) - L'élection d'Emmanuel Macron a été accueillie avec bienveillance mais sans effusion sur les marchés financiers qui veulent maintenant voir ses réformes aboutir sans toutefois en espérer un élan spectaculaire à court terme.
 
Si les promesses du nouveau président français de fluidifier le marché du travail et d'alléger la fiscalité pesant sur les investisseurs et les entreprises sont plutôt bien reçues, leurs effets sur l'économie pourraient se faire attendre, font valoir plusieurs gérants et analystes.
 
Et encore faudrait-il d'abord que le chef de l'Etat dispose, à l'issue des législatives des 11 et 18 juin, d'une majorité parlementaire suffisamment solide pour pouvoir appuyer son programme, ajoutent-ils.
 
"Les sondages lui sont pour le moment favorables mais la partie n'est pas encore gagnée", notent les analystes d'Amundi qui évoquent, même en cas de victoire, un "processus difficile qui ne manquera pas de se heurter à de très nombreux intérêts organisés, marqués tant à gauche qu'à droite".
 
D'autres sont plus optimistes et reconnaissent au nouveau président la volonté de réformer structurellement le pays pour en dynamiser l'économie.
 
"La personne d'Emmanuel Macron marque le changement, la modernité et la jeunesse, choses qui sont très importantes pour les investisseurs", avance ainsi Vincent Durel, gérant du fonds actions françaises chez Fidelity International.
 
"L'effet Macron sur les marchés financiers à court terme a déjà eu lieu. Ensuite, on aura très certainement, s'il réussit son programme, des effets positifs sur l'économie, des effets de long terme", ajoute-t-il.
 
L'EUPHORIE RETOMBE
La Bourse de Paris avait salué le virage en tête du candidat d'En Marche ! à l'issue du premier tour, le dimanche 23 avril, le CAC 40 terminant le lendemain en hausse de plus de 4%, ouvrant un important gap haussier qui n'a toujours pas été comblé.
 
Plutôt qu'une validation du programme d'Emmanuel Macron, il s'agissait cependant surtout d'un soulagement des opérateurs de marché de le voir devancer la candidate du Front national, Marine Le Pen, dont l'hostilité envers les instances de Bruxelles et l'euro était perçue comme une menace sérieuse pour la stabilité de l'économie européenne.
 
L'euphorie est vite retombée et le 8 mai, soit au lendemain de l'élection du candidat préféré des marchés, le CAC finissait sur un recul de 0,91%, des prises de bénéfices accompagnant une issue largement anticipée.
 
Depuis, et même si le CAC 40 a fait légèrement mieux que l'indice large européen Stoxx 600, pas d'effet Macron, en tout cas rien de comparable au "Trump Trade" qui a dopé les marchés actions pendant des mois sur les espoirs, largement retombés, suscités par les promesses du nouveau président américain de relancer les investissements, d'alléger la fiscalité et d'abattre les barrières réglementaires.
 
Des promesses aux marchés, Macron en a fait aussi. En vrac : plafonner les indemnités aux prud'hommes, renforcer la sévérité du contrôle des demandeurs d'emploi, simplifier la représentation syndicale et accorder, dans le dialogue social, la priorité au niveau de la branche et de l'entreprise plutôt qu'au niveau national.
 
Si ces propositions pourraient conduire certains syndicats à agiter un chiffon rouge, la plupart des professionnels des marchés saluent pour leur part des initiatives susceptibles d'améliorer la flexibilité du marché du travail.
 
Pour les analystes d'Amundi, ces réformes ne devraient toutefois pas donner un coup de fouet immédiat à la croissance.
 
Une autre faille, selon eux, du programme Macron est qu'il ne s'accompagne pas d'une stimulation budgétaire conséquente puisqu'il prévoit de réaliser, dès 2018, de nouvelles économies de dépenses publiques.
 
Les stratèges actions de HSBC notent que la faible croissance de l'économie française aurait tendance à ralentir la zone euro alors que son taux d'inflation est comparable à celui de l'ensemble de l'union monétaire.
 
Vincent Durel fait remarquer que le nouveau président a tout de même annoncé un plan d'investissements publics de 50 milliards d'euros, dont à peu près cinq milliards sur la rénovation énergétique des bâtiments publics, ce qui devait bénéficier à des groupes comme Vinci, Eiffage ou Spie.
 
"Les valeurs très exposées à la France sont celles susceptibles de bénéficier le plus de l'amélioration de l'économie française", explique le gérant, qui cite notamment Orpea, Iliad, Orange, Trigano et Pierre & Vacances.
 
ADIEU L'ISF ?
Autre élément considéré comme positif par les marchés, les positions du nouveau président français en faveur de davantage d'intégration européenne qui devraient, selon Amundi, favoriser une meilleure coopération franco-allemande.
 
"Il est difficile de séparer aujourd'hui la France de l'Allemagne", explique de son côté Vincent Durel. "Si on regarde depuis à peu près un an, les performances du CAC et du Dax sont très similaires."
 
Du côté de la fiscalité, si le grand public retient surtout la suppression de la taxe d'habitation pour 80% des ménages et la hausse de la contribution sociale généralisée (CSG) de 1,7 point, les experts de la finance préfèrent s'attarder sur d'autres mesures plus discrètes.
 
Le projet d'une imposition forfaitaire unique d'environ 30%, contre jusqu'à 64,5% actuellement, pour la fiscalité des capitaux mobiliers comme les intérêts, dividendes et plus-values sur les titres retient davantage leur attention.
 
Ils aiment bien aussi le projet de remplacer l'impôt sur la fortune (ISF) par un "impôt sur la fortune immobilière" qui exclurait du patrimoine taxable la valeur des titres détenus dans des entreprises.
 
Pour Vincent Durel, les mesures phares de la réforme fiscale annoncée devraient "créer mécaniquement un boost de 10% des profits des entreprises françaises, en moyenne".
 
PAS TOUTES LES CARTES EN MAIN
Certains observateurs nuancent un tableau globalement positif en soulignant qu'Emmanuel Macron est loin d'avoir toutes les cartes en main.
 
"La performance des marchés et la politique ne sont pas toujours étroitement liées", écrivent les analystes de HSBC en notant que sous la présidence de François Hollande, qui avait pourtant présenté pendant sa campagne la finance comme un adversaire, le CAC 40 a progressé et l'écart de rendement entre l'OAT française à 10 ans et le Bund allemand de même échéance s'est resserré, signe d'un reflux du risque.
 
"Nos recherches suggèrent qu'il y a des moteurs bien plus puissants pour le marché actions français que le positionnement du président sur l'échiquier politique", ajoutent les experts de la banque britannique. "Parmi ces facteurs figurent l'élan économique global, la croissance des bénéfices des sociétés, les mouvements des taux de change, la solidité du marché obligataire et le contexte de politique monétaire".
 
Avec un risque en baisse et une confiance en hausse, l'effet Macron pourrait être sensible surtout sur le marché de la dette publique, prédisent les experts d'Aurel BGC.
 
"Cette élection de M. Macron aura véritablement un impact durable sur la perception du risque européen", écrit le courtier dans son dernier point de conjoncture. "Nous percevons un véritable "Macron Trade" à moyen terme, mais peut-être plus sur le marché obligataire souverain que sur le marché actions".
 
 
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