Introduction
Il y a 8 ans, le 12 août 2018, nous quittait le Pr. Samir Amin. Depuis lors, nous lui consacrons chaque année une séance d’hommage pour faire connaître davantage son œuvre intellectuelle et son combat politique. Le thème de cette année porte sur le concept de déconnexion. Il y a 40 ans, en 1986, le Pr. Samir Amin publiait un livre appelant à la déconnexion des pays du Sud par rapport au système capitaliste mondial.1 Et cela, au moment où la plupart des pays africains étaient soumis aux politiques d’ajustement structurel (PAS) imposées par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI). Cet appel résulte d’une analyse lucide de l’expérience des pays du Sud, notamment des pays africains, après plusieurs décennies d’indépendance formelle et leurs tentatives de « rattrapage » au sein du système mondial.
1) Qu’est-ce que la déconnexion ?
Contrairement à une interprétation superficielle, la déconnexion ne signifie pas « autarcie » ou «repli sur soi ». Elle est plutôt une inversion stratégique visant à soumettre les rapports externes d’un pays à la logique des priorités internes de son développement. La déconnexion implique ainsi la définition de critères de rationalité économiques à partir des contraintes et rapports sociaux internes plutôt qu’à partir de ceux liés au système mondial. La déconnexion est donc une précondition à une stratégie permettant de jeter les bases d’un développement autocentré, qui ouvre la voie à l’industrialisation. En résumé, la déconnexion est l’inversion des rapports de domination permettant à un pays d’exercer sa pleine souveraineté sur la définition et la mise en œuvre de ses politiques économiques.
Pourquoi la déconnexion ?
L’Appel à la déconnexion découle de l’échec de toutes les tentatives des pays du Sud d’influencer le système mondial, notamment l’échec du Nouvel ordre économique international (NOEI) lancé au sein des Nations-Unies dans les années 1970. L’Appel résulte surtout du constat d’échec des tentatives de « rattrapage » des pays africains et du sabotage du Plan d’Action de Lagos (PAL) par la Banque mondiale et le FMI, dans le cadre des programmes d’ajustement structurel (PAS). Ces échecs et son expérience personnelle au Mali sous le régime du Président Modibo Kéita finirent par convaincre le Pr. Samir Amin de l’impossibilité pour l’Afrique et les pays du Sud en général de se «développer » au sein du système mondial, dont les règles sont définies par les pays dominants et les institutions internationales sous leur contrôle.
Quels exemples de déconnexion au 21e siècle?
L’Appel à la déconnexion semblait utopique, il y a 40 ans. Il semblait relever de l’imagination et de l’audace d’un penseur radical que d’une analyse lucide de la réalité des rapports de force. Mais 40 ans après, la déconnexion n’est plus seulement du domaine du possible mais elle prend de plus en plus d’ampleur. Le Pr. Samir Amin disait que la forme principale de la déconnexion aujourd’hui serait la lutte pour mettre fin à l’hégémonie économique et financière de la triade impérialiste, constituée des Etats-Unis, de l’Union européenne et du Japon.
2) Contribution des BRICS
C’est pourquoi il avait salué la naissance des BRICS, qui, à ses yeux, constituent une force capable de jeter les bases de la déconnexion, par la remise en cause du monopole de la Triade impérialiste dans cinq domaines-clés que sont : 1) l’accès aux ressources de la planète ; 2) le système monétaire et financier international ; 3) les moyens de communication de masse ; 4) les armes de destruction massive et 5) les technologies de pointe.
Des membres des BRICS, dont la Chine, l’Inde et la Russie, ont brisé ces monopoles et même pris le leadership dans certains domaines. Les membres des BRICS utilisent de plus en plus leurs monnaies dans leurs échanges, contribuant ainsi à affaiblir le dollar. Ils sont en train de créer leurs propres institutions pour se rendre moins vulnérables aux sanctions occidentales. Par exemple, la Chine et la Russie ont créé des systèmes de paiements pour faciliter les transferts entre pays membres des BRICS et éviter ainsi le système SWIFT, devenu un instrument géopolitique utilisé par les pays occidentaux, notamment les Etats-Unis, contre les pays considérés comme « adversaires ou ennemis ». Depuis 2014, les BRICS ont créé leur banque de développement basée à Shanghai, en Chine.
3) Contribution du Forum Social Mondial
Lancé en 2001, le FSM proclame qu’un « Autre Monde est Possible. ».La construction d’un Autre Monde implique le rejet des politiques et institutions du système dominant. Sur cette base, les mouvements sociaux et les partis politiques se sont mobilisés contre les politiques économiques du système dominant pour construire des alternatives dans tous les domaines. Cela participe de la politique de la déconnexion où l’entendait Samir Amin, qui est un des pères spirituels du FSM. Il avait marqué de son empreinte les rencontre du FSM à travers le monde. En 2011, lors du FSM au Sénégal, il avait réuni un groupe de penseurs du Sud sous le thème « l’Afrique agit et pense par elle-même. Le Sud agit et pense par lui-même. »
4) Le souverainisme : exemple de déconnexion ?
Les vagues souverainistes en Afrique font-elles partie du processus de déconnexion, au sens où l’entendait le Pr. Samir Amin ? Le vent souverainiste vise à conquérir la souveraineté sur les ressources nationales ; à contrôler les politiques économiques ; à mobiliser les ressources endogènes pour financer le développement. Dans cette option, le souverainisme vise à se soustraire à la domination étrangère et à construire des système autonomes. De ce point de vue, le souverainisme s’inscrit dans la problématique de la déconnexion.
Conclusion
Quarante ans après, l’Appel audacieux du Pr. Samir Amin est en train de se traduire en réalité, tant au niveau global qu’à l’échelle des continents et des pays. L’effondrement du système néolibéral, la crise systémique du capitalisme, l’ascension de grands pays du Sud et la résurgence du Sud global sont autant d’exemples de changements rendus possibles par le processus de déconnexion.
Agenda
10:00-10:30 : Accueil des participantes/participants
10 :30-11 :00: Mots de bienvenue & introduction du sujet
11:00-12:30: Interventions des panélistes
12: 30-13:30 : Débats
13: 30-13: 45 : Résumé & conclusion
Lieu: Siège de FRAPP
Modérateur : Demba Moussa Dembélé
Intervenantes/intervenants : Madame Aminata Traoré (FORAM, via Zoom) Dr. Chérif Salif Sy (FTM) Bernard Founou (via Zoom) Dr. Cheikh Guèye (IPAR) Souleymane Guèye (FRAPP) Mamadou Mignane Diouf (FSS)






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