De l’eau a coulé sous les ponts de l’histoire du capitalisme comme mode de production à son stade impérialiste et des luttes des classes et des peuples opprimés.
Le système du capitalisme mondialisé est de plus en plus clairement en putréfaction aux yeux d’un nombre toujours plus croissant de travailleurs et de peuples.
Dans les ex-pays du camp socialiste d’Europe et en URSS, l’accès aux archives permettent de nouvelles recherches dépouillées des scories mensongères de la propagande anti-communiste sur la réalité du « socialisme réel ».
Les pays rescapés du camp socialiste du Sud poursuivent en tenant compte des nouveaux rapports des forces internes et externes leurs expériences d’édification du socialisme : la Chine est en passe de devenir la première puissance économique, scientifique, technologique, spatial au monde, la Corée du Nord une puissance nucléaire défensive, le Vietnam une puissance stratégique en devenir et Cuba une puissance médicale et pharmaceutique capable de remettre en cause le monopole des firmes impérialistes d’où le blocus génocidaire des USA.
Un retour progressif vers la remise en cause des lectures culturalistes du communisme
En Occident – USA, UE, G7, Israël – de nouveaux regards marxistes-léninistes commencent à réexaminer les critiques théoriques du « socialisme réel » propagées par divers canaux – médias, écoles, académies, thinks-thanks, infiltrations manipulatrices, réseaux sociaux, partis communistes, etc –. De nouvelles approches critiques surgissent contre les corpus idéologiques qui prétendaient « démocratiser la dictature du prolétariat ou la dictature démocratique populaire » que le mouvement communiste prônait depuis l’avènement de la matrice des révolutions qu’est Octobre 1917, la fondation de la IIIème Internationale Communiste (Kominform) et la construction du « socialisme réel ».
La recherche d’une troisième voie alternative aux « 10 jours qui ébranlèrent le monde » est ainsi devenue le trait distinctif de toutes les déviations de droite et de gauche, de tous les opportunismes de droite et de gauche qui ont décrédibilisé les expériences concrètes réelles des luttes anti-capitalistes et anti-impérialistes des travailleurs et des peuples.
Ces expériences ont même été criminalisées dans ces recherches théoriques de la troisième voie opportuniste et gauchiste de révolutions « pures et démocratiques » comme si les classes exploiteuses et oppressives étaient « démocratiques » pour se laisser exproprier ou soumettre aux forces anti-capitalistes et anti-impérialistes. « Cent écoles ont fleuri et rivalisé » pour invalider la voie d’Octobre 1917 par la confusion systémique entre « forme » et « fond », entre « spécificités nationales » et « essence de classes », entre « apparence » et « essence » des révolutions dans chaque pays.
La fascisation, les blocus, les sanctions et les guerres de l’impérialisme hégémonique étasunien, européen et israélien ouvrent les yeux à un nombre toujours plus croissant de travailleurs et de peuples sur la nature intrinsèquement criminel et barbare de l’impérialisme confirmant la formule célèbre lancée par Fidel Castro : « barbarie ou socialisme, nous vaincrons ».
L’Asie a décollé avec surtout la Chine socialiste qui expérimente des chemins nouveaux de socialisme à partir des réalités chinoises et de l’état réel des forces productives, la Corée du Nord sécurise « son » socialisme contre la menace nucléaire, le Vietnam après sa victoire contre les impérialisme français et yankee édifie sa propre voie du socialisme, Cuba socialiste résiste vaille que vaille au blocus et l’Amérique du Sud continue de s’appuyer sur Cuba socialiste pour chercher à frayer la voie la plus indiquée de sortie de la « mondialisation capitaliste ».
Aux USA et en UE, des critiques alternatives du corpus idéologique du marxisme « Occidental », en réalité impérialiste comme l’a été « l’eurocommunisme », que certains continuent d’appeler « impérial », commencent à émerger.
Où en est l’Afrique alors que la jeunesse entre en rébellion souverainiste et panafricaine contre le système néocolonial ?
Comment rétablir le lien avec le communisme des panafricains Nkrumah, Mandela, Chris Hani, Lumumba, Modibo, Sékou Touré, Modibo, Samora Machel, Mondlane, Neto, Nyéréré, Nujoma, Fanon, Ben Barka, Cheikh Anta Diop, Seydou Cissokho, Um Nyobe, Félix Moumié, Osendé Afana, Ernest Ouandié, Thomas Sankara, Lamine Arfan Senghor, Tiémokho Garan Kouyaté, Amilcar Cabral, Mohamed Tabouré, Assane Samb, Birane Gaye, etc ?
Où en est-on en Afrique avec l’étude des expériences de l’ANC/PCSA, de l’UPC, du RDA, du PAI, FLPE, etc. ?
Où en est-on en Afrique sur la nécessité, surtout dans l’actuel contexte de réveil souverainiste panafricaine de la jeunesse inter-classiste (associant plusieurs classes sociales), avec l’examen critique et autocritique des théories révolutionnaires qui ont été les soubassements des expériences révolutionnaires indépendantistes lors de la première phase libératrice en Afrique ?
Où en est la jeunesse souverainiste panafricaine dans la « découverte de sa mission libératrice pour l’accomplir » pour paraphraser Frantz Fanon et surtout dans l’effort d’élaboration d’une théorie révolutionnaire actualisée fondée sur « l’analyse concrète de la réalité concrète à transformer » indispensable guide du mouvement révolutionnaire anti-néo-colonial ?
Quels apports les survivants résistants des luttes anti-néo-coloniales de la gauche africaine à l’actuel éveil souverainiste panafricain de la jeunesse inter-classiste ? Comment opérer la transmission critique et autocritique à cette jeunesse souverainiste panafricaine des contributions théoriques et pratiques des leaders et partis radicaux de la première phase indépendantiste et anti-néo-coloniale ?
D’une gauche communiste anti-néocoloniale à son aplatissement réformiste
A partir des indépendances octroyées de 1960, la gauche communiste a été indéniablement la force d’avant-garde des luttes anti-néocoloniales, notamment des combats des classes laborieuses contre les diktats libéraux des plans d’ajustement structurel intégrant les jeunes micro-Etats d’Afrique dans la « mondialisation » libérale de l’impérialisme sous hégémonie US/UE ou encore françafricaine, eurafricaine et usafricaine.
Comme superstructure prolongeant la mise sous perfusion de nos micro-Etats africains par le FMI/BM, les « conférences nationales » ont été un formidable instrument de l’intégration des principaux leaders et partis de la gauche communiste dans le système néo-colonial.
Or le système de la dette est en réalité une réponse mondialisation néo-coloniale à la crise de surproduction et de sur-accumulation du capital financier impérialiste. En effet, c’est la crise structurelle de surproduction et de sur-accumulation des profits qui est à la base des délocalisations des productions industrielles à faible composition organique de capital vers les bas coûts salariaux. Ces délocalisations en direction d’abord de l’Asie ont été ensuite étendues suite à la défaite du socialisme réel en Europe aux ex-pays socialistes d’Europe parallèlement à leur intégration dans l’UE et l’OTAN.
En Afrique et en Amérique du Sud, la dette a servi à privatiser au profit des Multinationales les richesses du sol et du sous sol des économies nationales et à s’emparer des secteurs stratégiques des économies nationales. La dette et le libéralisme ont donc été les outils d’une recolonisation économique.
Cette phagocytose intégrationniste dans le néo-colonialisme mondialisé a scindé les partis des gauches historiques en collaborationnistes pratiquant la « politique du ventre » par la « lutte des places » dans les gouvernements néocoloniaux libéraux et en résistants optant pour la « lutte des classes » contre le multipartisme qui a remplacé les partis uniques des dictatures civiles et militaires en voilant des « démocratures » dont la seule politique était d’appliquer la dictature de « there is no alternativ » au libéralisme et le remboursement des dettes usurières qui maximisent les profits impérialistes.
Des résistances alter-libérales aux luttes anti-capitalistes et anti-impérialistes
L’avènement du monde unipolaire consécutif à la défaite de l’URSS et du camp socialiste d’Europe a produit une des formes de résistance à l’échelle mondiale que sont les « forums sociaux » nés de l’initiative de porto Alegre au Brésil dont les limites se sont peu à peu dévoilées au fil des mobilisations populaires inter-classistes (associant les différentes classes sociales) sous domination idéologique et politique de la petite bourgeoisie en voie de paupérisation tant dans les pays impérialistes que dans les pays dominés.
L’altermondialisme a été une étape de la résistance des travailleurs et des peuples qui constatent la misère croissante, la montée de la fascisation, les agressions guerrières impérialistes contre les peuples, mais était traversé par la contradiction sur la nature et la caractérisation du système économique et sur le contenu de l’alternative à celui-ci. Les uns majoritaires au début mettent l’accent sur l’anti-libéralisme et les autres sur l’anticapitalisme.
Comme nous l’analysions dans le texte intitulé ‘LE MOUVEMENT ALTERMONDIALISTE : ALTERNATIVE OU ALTERNANCE DES FORMES DU CAPITALISME IMPÉRIALISTE ?’ : « Le libéralisme et l’ultralibéralisme ne caractérisent pas un système économique, un mode de production, mais une politique économique déterminée au sein du système capitaliste impérialiste...
Ainsi l’existence du socialisme réel, de l’URSS, des pays du camp socialiste de l’Est européen qui s’est ensuite élargi aux pays du Sud, des luttes de libération nationale et de la lutte des travailleurs dans les pays du Nord ont conduit les classes dominantes à adopter le keynésianisme pendant les « trente glorieuses » couvrant la période d’évolution 1945/1968. De même la disparition de l’URSS et les conséquences négatives en chaîne sur le rapport des forces mondial, sur les luttes de libération nationale et sur les luttes des classes dans chacun des États ont conduit à l’abandon du keynésianisme et à l’adoption du monétarisme, c’est-à-dire du libéralisme…
Si le système économique mondial est caractérisé comme capitaliste impérialiste, alors la solution doit logiquement être recherchée dans l’abolition de ce dernier, c’est-à-dire dans la suppression de la propriété privée des moyens de production et d’échanges. Si au contraire, c’est son aspect libéral qui est mis en avant, alors l’idée d’une possible correction du capitalisme par une réglementation s’impose… Refuser de prendre le capitalisme impérialiste comme cible, c’est se condamner à la seule perspective illusoire de correction durable de ses effets socialement dévastateurs. En fait, là où il faut la révolution, l’altermondialisme recherche la réforme comme troisième voie. Au-delà de la forme, il n’y a donc au fond rien de nouveau ».
Réformer les Institutions Financières Internationales (IFI) et contenir l’ultralibéralisme impulsés par les Forums Sociaux Mondiaux (FSM) ont donc été une première étape de la résistance contre la toute puissance unilatéralement hégémonique des impérialistes qui croyait « la fin de l’histoire » advenue. Mais déjà à cette époque, le “ Forum mondial sur la souveraineté alimentaire ” qui s’est réuni en septembre 2001 à la Havane se différencie dans sa déclaration finale : “ La souveraineté alimentaire est la voie à suivre pour éliminer la faim et la malnutrition et garantir la sécurité alimentaire durable pour tous les peuples. Nous entendons par souveraineté alimentaire le droit des peuples à définir leurs propres politiques et stratégies durables de production, de distribution et de consommation d’aliments qui garantissent le droit à l’alimentation à toute la population (...). La souveraineté alimentaire des peuples est basée sur une agriculture dont la priorité est la satisfaction des besoins des marchés locaux et nationaux (…) Nous condamnons toute ingérence de l’OMC dans les domaines de l’alimentation, l’agriculture et la pêche, ainsi que sa prétention à déterminer les politiques nationales d’alimentation (...).
Nous proposons la création d’un nouvel ordre démocratique et transparent, indépendant de l’OMC pour réglementer le commerce international. Nous sommes bien en présence de deux lignes antagonistes : l’une voulant réformer les I.F.I., l’autre voulant les combattre. Soulignons que cette divergence en révèle une autre encore plus fondamentale : celle sur la question nationale. Les uns proposent une réforme des I.F.I. parce qu’ils considèrent que la forme nationale (l’État Nation ou l’État Multinational) a fait son temps, c’est le cas du trotskisme et qu’il convient en conséquence de prendre acte de l’aspect inéluctable de la re-mondialisation. D’autres au contraire, essentiellement dans les pays du Sud, insistent sur le nécessaire combat pour reconquérir une souveraineté nationale dans les choix économiques » (idem).
C’est cette contradiction inhérente au mouvement altermondialiste et aux Forums Sociaux Mondiaux (FSM) qui commence à être clarifiée par ce début d’émergence des critiques alternatives de l’approche culturaliste du communisme dans le centre impérialiste US/UE, en Asie, en Amérique du Sud.
L’Afrique ne peut et ne doit s’exclure de cette tendance et trajectoire historique. Aussi, il est temps d’ouvrir ce débat de relecture du communisme Marxiste-Léniniste panafricain qu’ont porté Lamine Arfan Senghor, Tiémoko Garang Kouyaté, Chris Hani, Amilcar Cabral, Pascal Fantodji, Mohamed Tabouré, Assane Samb, Birane Gaye, etc.
NB: Des contributions sont en préparation dans le cadre de ce débat auquel nous invitons ceux et celles qui n'ont pas renié le communisme.
10/05/26
Diagne Fodé Roland







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