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LES SÉNÉGALAIS À L’ÉPREUVE DES FAITS POST-ÉLECTIONS

Mardi 30 Avril 2019

Questionnements légitimes autour du pouvoir de Macky 2
 
Dans tous les cas de figure réservés au dialogue national du 28 mai, en plein mois de Ndoggu de Ramadan, les Sénégalais veulent savoir où va ce régime, avec un parti-État à vau l’eau comme jamais et une coalition déjà mise par terre avant d’être enterrée. À cause des mêmes pratiques désuètes condamnées sous l’ancien régime, le Sénégal est en train d’hypothéquer l’énorme chance de 2012, capitalisée bonus après moult hésitations, sur le dos de Macky all, afin qu’il engage les réformes allant dans le sens de la rupture préconisée par les Assises nationales. Ce n’est jusque là pas ce qui se déroule sous nos yeux.
 
Par Khaly Moustapha LEYE 
 
L’élection du 24 février 2019 n’avait qu’un seul but : appâter le peuple électeur et lui en mettre plein la vue, pour que tous soient persuadés qu’effectivement, on n’y peut rien. C’est hélas vrai ! C’est bien Macky Sall qui a remporté l’élection dès le 1er tour. En attendant que les failles numériques de la fraude informatique ne soient visibles, c’est le fast-track qui est en vogue pour le moment ; la cadence nouvelle à imprimer à l’activité gouvernementale et son pendant linguistique adopté –"fast-track" –, ne visent en fait que l’accélération des procédures expéditives pour asseoir une suprématie technocratique au sommet de l’État. Ce que tentent de cacher les réformes suggérées d’assouplissement des prises de décision et de suppression du poste de Premier ministre. 
 
Ainsi, à force d’inventer des mots-creux sous d’autres cieux, à la fois vains et vides d’espoirs pour nos populations, on s’éloigne davantage des réformes déjà jamais réalisées. Pour preuve toutes ces lois adoptées qui ne sont pas appliquées. Et si le fast-track a servi en amont à appâter le peuple électeur, à l’approche des Locales, il semble que le pas traîne et les chants de sirènes changent de mélodie. Est-ce un refus d’aller à une nouvelle élection que semblent transmettre message toutes ces sorties de politiciens qui tentent de justifier le report-bis repetita de cette cruciale élection ?
 
À la limite il faudrait avoir l’avis des localités elles-mêmes si elles désirent un second report des Locales de décembre. Sinon, une attitude arbitraire de plus, voudrait dire que les intérêts de la nation ne sont la cause poursuivie par la coalition Benno bokk yakaar, mais bien ceux du parti présidentiel - l’Alliance pour la République -, afin qu’il dure au pouvoir dans l’unité de ses membres organiques, l’engagement de ses alliés de circonstances et des suppôts et fossoyeurs de la République dévote (franc-maçonnique). Ce n’est donc pas pour rien que tous tournent autour de la personne du président de la République, Macky Sall, seul leader reconnu parmi 1000, et de qui tous détiennent une parcelle de son pouvoir en occupant un poste quelconque et des privilèges accordés qui vont avec. Ce n’est pas tout de domestiquer le mandat électif des députés, de mettre sous ses bottes la justice aux ordres, mais il lui faut aussi supprimer l’exécutif à sa tête pensante, à savoir le poste de Premier ministre. À quoi bon, Monsieur le Président de la République, la mise en place de l'équipe gouvernementale et l’accélération de la suppression du poste de celui par qui la légitimité de ce poste occupé autorise l’effectivité de l’existence de cette équipe gouvernementale ?
 
COUP D’ÉTAT CONSTITUTIONNEL…
 
Pour une vraie rupture, la suppression n’avait pas à être soumise projet de loi aux députés pour accompagner l’hyper-présidentialisme qui est déjà un fait parlementaire au delà de l’indépendance de la justice dévoyée par son manque de dynamisme, observé dans ses rangs même. Pour un changement radical de cap qu’attendent les Sénégalais, c’est plus qu’une homologation parlementaire de la suppression du poste de Premier ministre qu’il faut faire. C’est un référendum démocratique, décidé suite à un dialogue fécond et inclusif, qui devrait permettre une telle modification de la Constitution. Et le bon timonier à la barre, est celui-là qui doit savoir manœuvrer juste en tout état de cause pour sortir des écueils. Mais, vu comme c’est parti, les Sénégalais seront contraints de faire face à votre détermination, ou de s’effacer de nouveau face à votre volonté farouche de prince "réélu".
 
Les artisans de l’informel, petits commerçants, détaillants, revendeurs, marchands ambulants sont cités parmi vos prochaines victimes dans votre volonté de réformer par le désencombrement urbain, après l’extermination de la classe politique par le parrainage. Ensuite, les consommateurs d’eau et d’électricité, les contribuables et chefs d’entreprises honnêtes, les foyers et ménages aux prises avec la précarité en feront les frais en termes d’inflation et de hausse de l’indice général des prix indexés à la Tva Uemoa. De sorte que d’ici 2035, on est quasiment sûr d’être déjà fixés sur notre sort de citoyens biométriques Cedeao et Sénégalais soumis.
 
Monsieur le Président, au-delà, les Sénégalais veulent savoir tout simplement si une fois réélu avec 58,26% des voix le 24 février dernier, vous oserez briguer un second mandat de cinq ans, invalidant du coup votre premier mandat de 7 ans au profit de votre nouveau et «1er» mandat officiel de cinq ans. Ils se demandent : est-ce ce même Macky Sall, qui leur cause peine et désagréments aujourd’hui dans leur quotidien et au profit de son clan, qu’ils avaient élu pour la première fois en 2012 ? Pourquoi a-t-il si radicalement changé - en bien, en mal - depuis cette date ? Ils se blâment : pourquoi se sont-ils laissés si aveuglés en vous faisant confiance à nouveau en vous confiant les rênes du pouvoir pour cinq nouvelles années ? Ils veulent mesurer la portée de leur acte, pour entrevoir quelles perspectives politique et géopolitique se dessinent sous leurs yeux ?
 
Une série de questions sans réponses pour le moment, tant que le dialogue national n’a pas lieu. Mais dans tous les cas, vous ne pouvez raisonnablement plus rester dans la Constitution de Wade (3ème République) et continuer à la charcuter à coups de bistouri avec l’aval et la bénédiction des 7 sages du Conseil constitutionnel, qui peuvent violer les lois sans qu’elles crient au forfait. Toutes choses qui sont à proscrire, car augmentent le risque de rendre la République bancale et de susciter la réaction violente de l’opinion, réfractaire de plus en plus à la manipulation, puisque sept ans après le 1er mandat, trois ans après le référendum, elle ne peut encore croire à la bonne foi des hommes politiques et crient au coup d’État constitutionnel.
 
Pour l’instant, de jure et de facto, la présidentielle du 24 février dernier a permis indirectement d’avaliser un 3ème mandat en 2024 pour votre satisfaction personnelle de réussir là où votre prédécesseur a échoué. Après l’avis rendu du Conseil constitutionnel qui s’est prononcé en faveur des termes impartis au mandat en cours, avant d’envoyer aux calendes grecs cet avis superfétatoire à l’issue de référendum, du coup, les dispositions transitoires laissées en blanc vont permettre d’étoffer le texte constitutionnel à chaque fois que de besoin, par simple saisine de l’Assemblée nationale, acquise majorité présidentielle, sans possibilité de blâmer un chef de gouvernement par motion de censure et destitution.
 
Aussi, aborder la question des futures échéances électorales, des plus proches en date (décembre 2019), aux plus éloignées (juillet 2022), les unes (présidentielles de 2024) plus distantes que les autres (locales et législatives), en respect du calendrier républicain, implique nécessairement de revoir l’Acte 3 de la décentralisation dans une perspective beaucoup plus large et inclusive. Ce qui étendrait l’agenda officiel à d’autres sphères territoriales et régions voisines de pays frontières, dans un cadre pré fédéral assez structuré ou unitaire à but panafricain (Union politique) et fédérateur (Confédération électorale). De plus, on ne peut aborder le futur immédiat avec nos États voisins (Gambie, Guinées, Mali, Mauritanie), menacés comme nous à cause de nos nouvelles ressources naturelles possédés, sans les inclure dans un schéma qui les prend en compte. Cela est rendu impossible jusqu’à présent, du fait même que vous-même, tout comme les responsables de l’Apr et des autres formations politiques alliées, ne sauraient, à eux seuls, compromettre tout l’avenir que les chefs de famille et les chefs d’entreprise voudraient, envisagent, construisent pour leurs progénitures et leurs compatriotes employés salariés. Aucun ne le voudrait !
 
Il est temps de faire son bilan moral par le dialogue national inclusif et de se rendre compte de la fragilité de notre économie par l’inexpérience face à la gestion des ressources pétrolières et gazières. La majorité parlementaire n’est pas une majorité mécanique postélectorale qui sert à combler des erreurs et faiblesses dans la gestion ou masquer des fautes en malversations et détournements de fonds. Au lieu de chercher en vain à faire gagner un poste ou un financement à tout le monde dans la course au pouvoir, Macky Sall, dauphin malgré lui de Me Wade, doit se soucier des fruits de la croissance à partager privilèges et acquis sociaux dédiés aux populations du Sénégal émergent. C’est cela «gagner ensemble et gouverner ensemble», non «le parti avant la Patrie», à l’exclusion des autres Sénégalais qui ne font pas partie du Parti. Il faut «oser inventer l’avenir» Monsieur le Président de la République. Sans la moindre incartade des opposants à souffrir, ni subir les forts en thème parmi vos partisans zélés, ou la tyrannie de l’opinion tout le temps divergentes par rapport à vos décisions. Mais aussi, en intégrant tous les fils et filles du pays, sans saper le moral des troupes jeunes, ni taper du poing sur la table contre l’informel.
 
Comme dirait le Professeur Cheikh Anta Diop, «il faut basculer l’Afrique sur la pente de son destin fédéral». À la condition que nos dirigeants soient convaincus de leur apport dans ce sens, au lieu que l’idée de fédération ne soit qu’une expression démagogique et dilatoire prononcée sans conviction du bout des lèvres par des acteurs politiques, peu fiers et peu valeureux qui s’y croient tout de même ou se prennent pour tels : des professionnels politiciens.
Khaly Moustapha LEYE Jr
 
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