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«LE LONG PERIPLE DE LA MAAT» : Un regard profond sur l’Afrique

Lundi 5 Septembre 2016

L’auteur de cet ouvrage (Melki Sedek So, un pseudonyme) est un membre de la très haute administration sénégalaise, disciple intellectuel de Cheikh Ahmadou Bamba et de Cheikh Anta Diop, consultant auprès de plusieurs organisations internationales. A partir d’une connaissance fine de l’Afrique égyptienne, traditionnelle et contemporaine, il projette une approche politique qui remette le continent noir dans une normalité idéologique qui transcende plus et mieux en rapport avec son en-soi.
 
La formule n’est pas trop ancrée dans nos coutumes littéraires. D’habitude, nos écrivains aiment bien se dévoiler au grand public à travers leurs productions. Rares sont ceux d’entre eux qui, pour une raison précise et motivée, s’abritent derrière un pseudo pour dire leurs sentiments, raconter leurs vies, rapporter ces histoires vraies ou fabriquées connues sous le nom de «roman». C’est en ce sens que «Le long périple de la Maât», édité en 2014 à l’Harmattan Paris sous un nom d’emprunt qui n’a rien de sénégalais, Melki Sedek So, échappe à l’ordinaire.

Justement, c’est peut-être parce que le nom de l’auteur n’a rien de sénégalais que l’ouvrage est foncièrement une contribution intellectuelle et historique de très belle facture dédiée à l’Afrique. Narrative, démonstrative et pédagogique, il ballote utilement l’Afrique d’une époque lointaine à l’ère contemporaine, de son brillant passé égyptien à ses errements dramatiques d’aujourd’hui qui en font le continent le plus mal famé de la planète.

«Toutefois, tempère l’auteur, l’Afrique a su contenir dans des limites non chaotiques, les graves conflits ethniques potentiels ou réels qui se sont présentés à elle, depuis le génocide des Tutsis au Rwanda.» Il est heureux alors que le pire ait pu être évité après que les Nations-Unies ont alerté contre une situation «pré-génocidaire» en Centrafrique.

A la lumière de sectes évangéliques qui poussent comme des champignons, et des menaces que porte le djihadisme ambiant qui éclore aux quatre coins du continent, l’auteur ouvre une fenêtre impressionnante sur le rapport ancestral que l’Afrique a toujours entretenu avec la Religion, avec des considérations qu’il aurait été intéressant de confronter à d’autres thèses. Mais dans tous les cas, «nous devons nous rappeler encore une fois que toutes les grandes religions monothéistes sont d’essence africaine et celles-ci ont parfois une présence de plus de trois millénaires sur le continent. Nous ne devons pas non plus perdre de vue cette fameuse loi qui veut que la nature ne revienne jamais au même point dans son processus d’évolution.»  
 
«Soumission et obéissances aveugles»
A côté, les ressorts nés et consolidés durant la colonisation par les agents politiques et religieux au service de l’Occident constituent un casse-tête de taille dont les conséquences désastreuses n’ont pas fini de faire du tort aux Africains. L’auteur rappelle ainsi les recommandations – en réalité des ordres – d’un certain Jules Renquin, ministre des Colonies de Belgique à des missionnaires envoyés en Afrique : «Révérends pères et chers compatriotes (…) Soyez les bienvenus dans notre seconde patrie, le Congo-Belge. (…) Insistez particulièrement sur la soumission et l’obéissance aveugles. Cette vertu se pratique mieux quand il y a absence d’esprit critique. Donc, évitez de développer l’esprit critique dans vos écoles. Apprenez-leur à croire et non à raisonner... Dites-leur que leurs statuettes sont l’œuvre  de Satan. Confisquez-les et allez remplir nos musées (...). Faites oublier aux Noirs leurs ancêtres...» (Jean-Philippe Omotundé, Les racines africaines de la civilisation européenne, vol 2, Paris, Menaibuc, 2002, pp. 59-62.)
Du colonisateur impotent à Cheikh Ahmadou Bamba, il n’y a qu’une moitié de pas que l’auteur franchit pour amener les peuples africains à transformer en perspective politique l’énergie et la psychologie libératrices construites par le fondateur du Mouridisme. «Il a vécu dans l’adversité pendant trente-deux ans et les Français ont usé de tous les moyens pour l’humilier et même l’assassiner, mais lui considérait cela comme des épreuves à franchir obligatoirement, sur le chemin de son ascension spirituelle, en vue d’accéder à un rang qui lui permettra d’intercéder en faveur des fils d’Adam.»

Dans ce voyage à travers les âges, une figure est omniprésente : celle de Cheikh Anta Diop. L’auteur lui rend hommage à la fois pour «son œuvre monumentale» et pour le rôle de berger qu’il trouve en lui «parce qu’il nous faudra traverser le terrain sinueux et glissant de l’histoire, et c’est lui essentiellement qui nous y guidera pas à pas…»

 
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1.Posté par A-FREE-CAN.COM le 15/12/2017 18:53
Un superbe ouvrage que nous proposons sur notre site avec livraison dans le monde entier. Vous avez très bien situé le contexte. Son contenu très apprécié par les lectrices et lecteurs qui se le procure. En voici le lien direct: http://A-FREE-CAN.COM/Livre-LE-LONG-PERIPLE-DE-LA-MAAT-par-Melki-Sedek-So . Et, Bravo à Impact pour la qualité de éditoriale.

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