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Quand l’alternance ne suffit plus… Pour que la promesse survive au pouvoir, il faut que la conscience survive aux hommes (Par Astou Thiam)

Lundi 8 Décembre 2025

Le président Bassirou Diomaye Faye (d.) et le premier ministre Ousmane Sonko
Le président Bassirou Diomaye Faye (d.) et le premier ministre Ousmane Sonko

Ces jours-ci, un film sur Valdiodio Ndiaye est à l’affiche au Pathé. Un homme qui, en 1958, avait vu venir la fracture avant qu’elle ne devienne un gouffre. Un homme qui savait lire ce que d’autres refusaient de regarder.

 

Depuis que j’ai vu ce film, des questions me travaillent, obstinées, tenaces, dérangeantes. Et si ce que nous vivons aujourd’hui n’était qu’un écho ? Avec le parfum politique qui flotte dans l’air, est-ce vraiment une simple coïncidence ? Ou l’Histoire tente-t-elle, encore une fois, de nous tendre un miroir ? Connaissons-nous seulement notre propre récit politique ? Et surtout, avons-nous tiré la moindre leçon de nos rendez-vous manqués ?

 

La force de Valdiodio n’était pas de prédire l’avenir ; c’était de comprendre, avant les autres, que les crises les plus graves ne naissent pas des adversaires, mais des frères politiques qui cessent de se comprendre. Et ce malentendu-là, le Sénégal en porte encore la cicatrice.

 

J’avais répondu à ceux qui me demandaient d’écrire sur la situation que c’était de la foutaise. Mais la mémoire, parfois, vous rattrape par le col. Alors j’écris, non pas pour la polémique du moment, mais pour ce qu’il nous reste de mémoire, justement.

 

Le pays est sorti de l’euphorie. Nous entrons dans le temps du décanté. Même pas encore deux ans. C’est peu sur l’échelle d’une nation, mais assez pour voir qu’entre le rêve d’hier et les crispations d’aujourd’hui, quelque chose s’est déplacé. Le 2 avril 2024, nous avions cru assister à la réconciliation rare entre la rue, l’urne et l’espérance. Un président venu du rang, un Premier ministre forgé dans la contestation, un parti incarnant la rupture. Pour beaucoup, le duo Diomaye–Sonko n’était pas seulement un attelage, c’était un symbole. La preuve vivante que, parfois, l’histoire accepte de se laisser bousculer.

 

Mais le pouvoir a une manière bien à lui de tester les alliances, il ne les juge pas au moment des slogans ; il les éprouve au moment des contradictions. Et c’est là que nous en sommes. Nous avons fixé les yeux sur les acteurs. Et oublié le théâtre.

 

Il y a des moments où la nation ressemble à une maison silencieuse. On entend un craquement au plafond, on croit que c’est une poutre. Mais souvent, ce n’est pas la poutre qui est en cause : c’est la charpente entière. Ce que l’on appelle aujourd’hui « tension entre Diomaye et Sonko » n’est rien d’autre qu’un bruit dans la maison Sénégal. Et ce bruit révèle plus que deux hommes, il nous révèle.

 

Depuis quelques semaines, l’espace public s’enflamme, s’agite, s’embrase. On exige des clarifications, on prend parti, on déchiffre des mimiques, on scrute des silences. Mais à force de regarder la scène, nous ne voyons plus le théâtre. Nous commentons les acteurs en oubliant l’Histoire. Or l’Histoire est plus grande que ses acteurs.

 

Les fractures d’un pays ne naissent pas dans les urnes, mais dans les attentes. 

 

Les nations ne se brisent pas quand elles changent de dirigeants, mais quand elles réalisent que leurs attentes dépassent ce que ces dirigeants sont capables d’incarner. Ce qui se joue aujourd’hui au Sénégal ne relève pas d’une rupture électorale, mais d’une rupture intérieure. Un moment qui ne demande ni passion aveugle, ni vindicte facile : seulement le courage lucide de regarder en face ce que nous sommes devenus… et ce que nous avons promis d’être.

 

L’alternance de 2024 n’a pas été un simple changement de gouvernants : elle a été un acte de foi. Un peuple a cru qu’il pouvait enfin rafraîchir le pays, lui redonner souffle, dignité, justice. Le duo Diomaye–Sonko est né de cette foi, presque comme un enfant né d’une même espérance. Mais aujourd’hui, quelque chose se fissure. Non pas la promesse elle-même, mais la capacité à la porter ensemble. Et c’est là que commence la vérité.

 

Ce qui semble être une tension n’est souvent qu’un signal, un symptôme qui précède les véritables fractures. Ce moment politique ne fait que mettre en lumière des fragilités anciennes : perte de repères, fatigue morale, effritement du lien social. Elles précèdent la moindre divergence au sommet. Le duo ne crée pas la crise. Le duo la révèle. Et dans un pays blessé, même une ombre peut faire trembler le mur.

 

Nous n’avons pas élu deux camps, nous avons élu une cohérence.

 

Le peuple sénégalais n’a pas voté pour arbitrer, chaque matin, un bras de fer discret entre le Président et son Premier ministre. Il n’a pas voté pour devenir psychologue de l’exécutif. Il a voté pour un projet. Ce projet avait un visage pluriel, c’est vrai. Il reposait sur une confiance, le croyant en Diomaye, le militant de Sonko, le fatigué du système, le jeune au bord de la mer, tous avaient accepté l’idée qu’il n’y aurait pas de compétition interne, mais une complémentarité assumée.

 

Aujourd’hui, ce que le citoyen perçoit, au-delà des communiqués soigneusement rédigés, c’est autre chose : des prises de parole qui se répondent sans se rejoindre, des clarifications qui embrouillent davantage, des choix politiques qui semblent parfois plus guidés par des équilibres internes que par l’urgence du pays. Ce n’est pas un crime. C’est humain. Mais gouverner, ce n’est pas vivre ses humanités en direct. C’est savoir les dompter pour ne pas les faire payer aux autres.

 

Quand le duo vacille, ce n’est pas l’un ou l’autre qui tremble, c’est la promesse.

 

On peut discuter à l’infini pour savoir qui, du Président ou du Premier ministre, a « raison » sur telle nomination, telle stratégie, telle coalition. Mais la vraie question n’est pas là. La vraie question est : à chaque fois que le duo se fissure, que perdons-nous collectivement ?

 

Nous perdons du temps, d’abord. Or le temps, dans ce pays où la mer avale nos enfants et où l’inflation grignote les salaires, est devenu un luxe que nous n’avons plus. Nous perdons de la clarté. Or un peuple peut supporter la douleur, la lenteur, les détours…  

 

Mais il supporte mal l’opacité, l’impression qu’on lui cache la nature exacte des batailles qui se jouent au sommet. Nous perdons enfin cette force symbolique fragile : l’idée que, pour une fois, des hommes pouvaient habiter le pouvoir sans se laisser happer par lui.

 

Quand le Premier ministre rappelle qu’il « travaille pour le Sénégal » et non pour le Président, quand le Président compose avec des figures politiquement disqualifiées hier, au nom d’un réalisme politique mal expliqué, ce que le citoyen entend, au fond, c’est ceci : « Nous ne sommes plus sûrs d’être sur la même ligne. » Et si eux ne sont plus sûrs, comment nous demander de l’être à leur place ?

 

Le vrai danger n’est pas la dispute : c’est le glissement vers un ancien logiciel.

 

Nous ne sommes pas naïfs. Nous savons que tout pouvoir se discute, se négocie, se dispute. Nous savons que les alliances se tissent dans la complexité, pas dans les photos officielles. Le danger n’est pas là. Le danger, c’est de voir se refermer sur nous le piège que nous pensions avoir brisé : celui où un système en remplace un autre en copiant ses réflexes, ses réflexes de protection, ses silences, ses recyclages, une répétition inconsciente du passé.

 

Quand des visages de l’ancien monde réapparaissent sous des habits neufs, quand la presse se sent étranglée par des décisions fiscales sans concertation réelle, quand la justice est à nouveau prise à partie à coups de déclarations musclées, une question monte, simple, brutale : Avons-nous changé de régime ou seulement changé les contours d’un même récit ? Le danger n’est pas la dispute. Le vrai danger, c’est la reproduction discrète du vieux logiciel du pouvoir : l’entre-soi, la centralisation du contrôle, la peur de partager le mérite. Si nous n’en nommons pas clairement les mécanismes, nous finirons par rejouer, malgré nous, exactement ce que nous pensions combattre.

 

Il est temps de parler entre adultes, au pays, pas au fan-club.

 

Nous n’avons pas besoin d’apaisements de façade ni d’éclats calibrés pour des camps internes. Nous avons besoin d’une parole adulte. Une parole qui dit :

 

« Nous avons sous-estimé l’ampleur du désastre financier. »

« Nous avons peut-être péché par suffisance dans certaines nominations. »

« Nous avons parfois été tentés par le réflexe de clan. »

« Nous devons corriger la trajectoire, ensemble. »

 

Ce n’est pas de la faiblesse. C’est de la maturité.

 

On attend d’un Président qu’il soit le gardien du cap, d’un Premier ministre qu’il soit l’ingénieur de l’action, d’un parti qu’il soit la conscience exigeante, pas la meute.

 

On attend d’eux qu’ils se disputent s’il le faut, mais dans la discrétion des murs, pas sur la place publique démocratique comme un feuilleton où l’opinion serait réduite au rôle de spectatrice inquiète.

 

Le Sénégal n’est pas un stade. Ce pays n’a pas besoin d’ultras, il a besoin de citoyens.

 

Ce que nous devons aux morts, à la mer, et à ceux qui tiennent encore debout

Il y a une chose qu’on oublie trop vite dans les querelles de sommet : les morts. Ceux qui sont tombés lors des manifestations, ceux qui se sont noyés à quelques kilomètres d’ici, ceux qui ont mis leur jeunesse en gage sur la promesse d’un pays qui se relève. Quand des tensions éclatent au sommet de l’État, ce ne sont pas seulement des sensibilités blessées. Ce sont des sacrifices méprisés, si l’on n’y prend garde. Nous ne pouvons pas demander aux mères endeuillées, aux pères épuisés, aux jeunes en transit dans les gares routières du monde, de patienter encore, pendant que nous jouons à qui aura le dernier mot. Nous avons une dette.

 

Une dette envers ces vies cassées, envers ceux qui ont cru au point de risquer plus que leur confort : leur liberté, leur intégrité, parfois leur peau. Cette dette nous oblige, toutes et tous, à une posture différente.

 

Un mot pour chacun.

 

Cette contribution n’est pas pour prendre parti entre Diomaye et Sonko. Ni pour ajouter une voix à un chœur de supporters. C’est plutôt pour dire ceci, avec la fermeté que permet l’amour de son pays :

 

* Président Faye, vous n’avez pas le droit de vous laisser confisquer par les calculs, ni de vous laisser enfermer dans un cercle de conseillers qui vous éloigne de la vérité nue du terrain. Votre légitimité est immense, votre responsabilité l’est encore plus. Et il ne vous suffit plus d’arbitrer : il vous faut désormais nommer vos arbitrages, dire ce que vous acceptez, ce que vous refusez, ce que vous priorisez. Un pays ne peut pas deviner le cap : il doit l’entendre clairement.

 

* Premier ministre Sonko, vous n’avez pas le droit de rester dans la posture permanente du tribun en lutte. Vous êtes désormais aux commandes. Vos colères sont entendues, mais elles doivent se transformer en architecture, pas en échos. Votre parole pèse sur les institutions, pas seulement sur les foules. Et il ne vous suffit plus de porter le mouvement : vous portez désormais l’État, avec toutes ses contraintes, ses équilibres et ses responsabilités. Gouverner, ce n’est pas prolonger la lutte : c’est accepter la complexité du réel.

 

* PASTEF, vous n’avez pas le droit de vous fossiliser dans une identité victimaire ou héroïque. Vous êtes au pouvoir. Cela ne signifie pas renier vos combats, mais accepter de les traduire en politiques publiques évaluables, critiquables, perfectibles.

 

* À l’opposition comme à la société civile, vous n’avez pas non plus le droit de traiter cette crise comme une opportunité de scène. Votre rôle n’est pas d’attiser les braises, mais de maintenir vivante l’exigence démocratique. Le pays n’a pas besoin d’une concurrence de sarcasmes ; il a besoin d’une concurrence de visions. Critiquer est nécessaire ; contribuer est indispensable. L’histoire retiendra moins vos positions que votre utilité.

 

Et nous, citoyens, nous n’avons plus le droit de nous contenter de liker, de huer ou d’applaudir. Nous devons exiger, avec calme mais constance, que la maison Sénégal soit réparée avec sérieux, pas gérée comme un terrain de jeu politique.

 

La lucidité doit être plus forte que les egos.

 

Oui, le mal est profond. Plus profond que les slogans, plus profond que les rivalités actuelles, plus profond que les carrières individuelles. Mais c’est précisément parce qu’il est profond qu’il nous oblige à autre chose que des ajustements cosmétiques et des mises en scène de tensions. Un pays ne guérit pas sur les réseaux sociaux. Il ne se redresse pas à coups de phrases choc à l’Assemblée ou de conférences de presse soignées. Il se soigne :

 

* dans des arbitrages budgétaires courageux,

* dans une justice qui tranche sans trembler ni se venger,

* dans des dialogues politiques qui ne soient pas des monologues successifs,

* dans la capacité à dire « là, nous avons échoué, nous allons faire autrement. »

 

Agissez avec compassion. La compassion, ici, ce n’est pas la sensiblerie. C’est cette forme haute de responsabilité qui consiste à se souvenir, chaque matin, que derrière chaque décision de palais, il y a une famille qui compte, un jeune qui attend, une mère qui s’accroche.

 

Parce qu’un pays ne grandit pas quand ses dirigeants s’observent Il grandit quand ils s’occupent de lui. Alors, cessez de vous regarder, regardez le pays.

 

À ceux qui aujourd’hui tiennent la barre, nous ne demanderons ni perfection ni héroïsme. Nous demanderons ce qu’on devrait toujours exiger de ceux qui gouvernent :

 

* de la clarté sur leurs désaccords et la manière de les surmonter,

* de la loyauté envers la promesse qu’ils incarnent,

* de la discipline morale face à la tentation de se préférer eux-mêmes au pays.

 

Nous n’avons pas besoin que vous soyez d’accord sur tout. Nous avons besoin que vous soyez d’accord sur l’essentiel : le Sénégal ne peut pas être le dommage collatéral de vos egos.

 

Le temps des sandales sur les cendres est terminé. Il est temps de prendre les outils, d’entrer dans la poussière, et de se souvenir que l’histoire n’archive pas les querelles de couloir. Elle retient ce que l’on construit, ce que l’on répare, ce que l’on préserve. Le reste, elle l’efface.

 

05 Décembre 2025

Astou Thiam

Source : Ma Revue de presse

 
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1.Posté par Me François JURAIN le 09/12/2025 12:15
Réflexion empreinte de vérités, mais, en fait, le problème est beaucoup plus simple, et malheureusement, bien moins poétique.

Déjà, il faut quand même se souvenir que ce duo n'est venu, qu'en vitesse, en remplacement d'un solo annoncé, mais empêché par les lois de la République: j'espère quand même, qu'au parti PASTEF, on n'a pas oublié que le Sénégal était une république, avec ses lois, et surtout sa constitution.

D'aucun, et surtout un, le leader maximo dudit parti, a forgé toute sa réputation sur la "révolution", alors que l'entière majorité du peuple sénégalais n'a pas demandé ca! il a demandé une évolution, vers plus de justice sociale, plus de justice tout court, parfois (même souvent), plus de pouvoir d'achat, et plus d'avenir pour tous.

Ce n'est pas un duo qui a été élu: celui qui se présentait à l'élection Présidentielle était un certain Diomaye FAYE, illustre inconnu, mais adoubé par le parti devenu majoritaire, le PASTEF, et par son leader maximo, un certain Ousmane SONKO, qui, c'est vrai, a mené une rude bataille contre le régime en place de l'époque, a souvent été la victime injuste du parti alors au pouvoir, et qui a même fini, par suite d'imprudences répétées de sa part , dans de telles circonstances, à écoper d'une peine correctionnelle, le privant de pouvoir se présenter à une élection Présidentielle: pour le coup, ce n'est pas son adversaire juré, Macky SALL, qui le dit, mais la loi et la constitution. Mais l'affaire nous a été vendue comme un solo qui cachait en fait un duo: cela marche dans certaines dictature, comme la Russie, mais pas dans une démocratie. PREMIÈRE ERREUR.

Un pouvoir, quel qu'il soit, ne se partage pas, il s'assume par un seul homme, face à ses responsabilités.
Passé le temps de la victoire annoncée, la fête n'a pas porté sur la célébration de l'élection du Président élu, Diomaye , mais sur la victoire d'un parti politique, le PASTEF, et son leader maximo, Ousmane SONKO: normal, puisque c'est cela qui nous a été vendu, nous, peuple sénégalais tout entier. DEUXIÈME ERREUR.

Comme déjà dit précédemment, nous sommes ici au SENEGAL,où ce système démocratique a plutôt bien fonctionné, bon an mal an, depuis l’indépendance, c'est à dire depuis plus de soixante ans. mais toute la théorie du leader de Pastef, a reposée, et c'est ce qui a fait son succès, sur la rupture du système, sans bien évidemment préciser quel système! Et si vous supprimez le système démocratique, il vous reste quoi? le système dictatorial! Donc, dans l'esprit des militants, ce n'est plus le Président qui gouverne, mais le parti majoritaire, c'est à dire PASTEF: pour les militants, ce sont eux qui gouvernent, qui fixent la ligne à suivre, qui nomment les ministres: en un mot, celui qui gouverne, c'est le parti, qui doit passer avant la patrie, c'est PASTEF représenté par son leader, Ousmane SONKO, ce qui tombe bien, car les gigas meeting, où il peut, seul sur scène, se faire ovationner, il n'aime pas ça: il adore! Après tout, chacun a l'orgueil qu'il mérite. TROISIEME ERREUR.

Ce qui n'était pas prévu dans le schéma Pastefien, à savoir, que le Président élu grâce et à la place de SONKO, empêché de par la loi, c'est que le Président Diomaye FAYE, démocratiquement élu avec 54% des suffrages, a pris son rôle très au sérieux, et au lieu de rester tranquillement au Palais, ponctuant quelques journées à sortir inaugurer les chrysanthèmes, et faire des bons diners, a voulu assumer ses responsabilités de Président, conformément à la constitution, livre sacré sur lequel il a juré et prêté serment. Bien évidemment, les Pastefiens (qui ne sont pas 54% dans ce pays, et de loin) ne l'entendent pas de cette oreille, pour eux, celui qui dirige le pays, le vrai Président, c'est leur idole, leur Maître à penser, celui qui va faire d'eux des millionnaires, le magicien et leader maximo, Ousmane SONKO. La constitution, ils n'en n'ont cure, ils ne veulent même pas en entendre parler, puisqu'ils sont des révolutionnaires qui ont gagné la révolution et sont au pouvoir pour rompre avec "le système"! QUATRIEME ERREUR.

Ce qui devait arriver arriva, à savoir qu'une telle divergence de vue aboutit fatalement au clash. Le Président, fidèle au serment qu'il a prêté, entend jouer son rôle de Président, à savoir être le Président de tous les Sénégalais, ceux qui sont pour lui, comme ceux qui sont contre lui, jouant son rôle à fond de rassembleur, d'une part, j'ose l'espérer et je le pense être honnête et sincère avec ses propres principes moraux, et de l'autre , un Premier Ministre qui rage de ne pas être Président et se voit obligé d'obéir à un Président qui, le pense t-il, lui doit tout! Qui plus est, occupant la double fonction de leader maximo du parti majoritaire à l'assemblée nationale, LE PASTEF, et d'autre part, la fonction de Premier Ministre, c'est à dire nommé par le Président, et chargé d'appliquer la politique du Président! Vu l'orgueil de cet homme, galvanisée par l'adoration que lui porte une foule en délire chauffée à blanc, le clash était rendu inévitable, et après avoir couvé, le poussin a finit par naitre au grand jour, semant la panique dans le poulailler! En fait, SONKO poussé par ses militant, devait renverser la table, et au bout de bientôt deux ans, il a quelques peines a seulement secouer la nappe, tout simplement parce que les choses ne sont pas aussi simples que cela, et la réalité de la gouvernance a eu vite fait de rattraper la fiction de l'opposition (la real politique s'applique toujours dans tous les cas d'alternance, dans tous les pays du monde). CINQUIEME ERREUR.

Ces cinq erreurs seraient ennuyeuses, si le pays était dans une situation "normale", sauf que, et là ni SONKO ni FAYE n'en sont responsables, puisque pendant douze ans, les finances du pays semblent avoir été syphonnées par Macky SALL et ses amis (attendons que la justice fassent de présumés innocents des coupables patentés), faisant du pays l'avant dernier pays le plus endetté de tout le continent: un record, salué même par le FMI (qui, d'après moi, ne pouvaient pas ne pas être au courant, mais ont été stupéfaits par l'ampleur du désastre) et, alors que le pays, déjà pas très riche, se voit obligé, pour l'année 2026, de consacrer 60% de ses recettes au remboursement de sa dette , ce qui, de l'avis de tous les experts, est insoutenable sans une restructuration, notre leader maximo et accessoirement Premier Ministre a mené sur ce problème de la dette "cachée", ce qui pour moi est une appellation stupide, une communication des plus catastrophique, se tirant lui même une balle dans le pieds, car l'obligeant à a pousser son radicalisme encore plus loin, lui aussi jusqu'à l'insoutenable, faisant fuir le gros de la troupe, qui n'étaient "ni pour, ni contre SONKO, mais bon..." SIXIEME ERREUR.

Et alors, maintenant, on fait quoi? Bien difficile à dire, pour l'instant, pour tenir, on emprunte à tout va: 42% de la dette sénégalaise est détenue par la Côte d'Ivoire, ce qui n'est jamais bien bon, surtout pour ceux qui agitent des grands principes d'indépendance, 2026 va être plus que rude pour les finances, mais ce ne sera rien à côté de 2027, beaucoup d'emprunt qui ont été faits soit en devises étrangères, soit en taux d'intérêts variables, vont encore agrandir la profondeur du ravin au bord duquel nous sommes. La seule chose dont nous sommes sur, c'est que cela ne pourra pas continuer longtemps comme cela. Entre le radicalisme outrancier d'un leader maximo du principal parti majoritaire, contraint et forcé de pousser de plus en plus loin le bouchon du radicalisme révolutionnaire, et le réalisme sincère d'un Président de la République, qui entend ce démarquer de cette ligne "révolutionnaire" dont il a vite compris qu'elle était irréalisable et ne menait à rien, sauf à la catastrophe, l appartiendra au "père de la nation", au Président de tous les sénégalais, de trancher, au nom et dans l'intérêt de la Patrie, même si cela doit heurter ses sympathies supposées avec le Parti. Mais, sur le plan personnel, il connaitra la plus grande difficulté qu'a un homme (ou une femme), dans savie personnelle: devoir se séparer d'un ami, d'un frère, et ça, c'est une douleur que seuls ceux qui l'ont vécue peuvent comprendre.

Quand au peuple sénégalais, je leur dirai et conseillerai d'écouter ceux qui leur promettent de la sueur et des larmes. Ce n'est pas très vendeur, cela ne fait pas rêver, mais dans la vie, si le mensonge prend l'ascenseur et la vérité l'escalier, cette dernière finit toujours par le rattraper.
Bon courage!

Me François JURAIN

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