Connectez-vous

Entre espérance historique et désillusion collective

Mardi 26 Mai 2026

Madi Waké Touré
Madi Waké Touré

Les événements politiques que traverse actuellement le Sénégal réveillent dans bien des consciences de douloureux souvenirs. Qui aurait pu l’imaginer ?

 

Pourtant, les avertissements n’avaient pas manqué. Dès les premiers instants de cette aventure politique inédite, des voix, nombreuses et diverses, avaient appelé à la prudence. Mais beaucoup pensaient sincèrement que les deux hommes – Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye – ne pourraient jamais en arriver à une telle extrémité.

 

Mais voilà… la politique reste la politique, avec ses imprévisibilités, ses secousses et parfois ses tragédies silencieuses.

 

Le destin de la politique, ici comme ailleurs, est souvent de briser des fidélités que l’on croyait indestructibles. L’Histoire regorge d’amitiés fracassées sur l’autel des ambitions, des rivalités et des luttes d’influence.

 

Le tandem Sonko/Diomaye pouvait-il échapper à cette fatalité ?

 

Je réponds : oui. Oui, s’ils avaient prêté une oreille attentive aux nombreuses voix d’ici et d’ailleurs qui ne cessaient de dire :

« Attention ! La cohabitation ne sera pas aussi simple que vous le pensez. »

 

Le 2 mai 2024 déjà, nous publiions dans la presse une longue réflexion intitulée :« Le tandem Sonko/Diomaye peut-il réussir ? » Et ce que nous écrivions alors garde aujourd’hui toute sa pertinence :

 

« Je l’ai dit et redit : l’homme est fragile. Très fragile. Lorsqu’il évolue dans un environnement vicié par l’hypocrisie, dans un univers où chacun cherche à plaire au chef, c dernier  finit parfois par se croire au-dessus des autres. Voyez ce qu’était devenu Macky Sall à la fin de son règne. Sa manière de parler à son peuple traduisait une profonde déformation de la personnalité. L’homme était devenu arrogant, imbu de lui-même. Aucun respect, aucune considération pour ce peuple qui lui avait tout donné. Et dans son entourage, qui pour lui dire : “Monsieur le Président, vous faites fausse route” ? Personne. »

 

Et nous posions déjà cette interrogation essentielle :

 

« Ces réalités qui ont plombé tant de gouvernances africaines, le binôme Sonko/Diomaye y échappera-t-il ? L’avenir répondra. »

 

Aujourd’hui, l’Histoire semble avoir rendu son verdict avec ce fameux décret du 22 mai 2026.

 

Et il faut le dire franchement : beaucoup de Sénégalais ont accueilli cette séquence avec tristesse et désillusion. Ils espéraient de tout cœur que cette aventure politique se poursuivît. Ils voulaient croire à une expérience nouvelle, à une gouvernance portée par la confiance, la complémentarité et le sens supérieur de l’intérêt national. Mais c’était sans compter avec le choc des ambitions.

Triste réalité !

 

Le pouvoir, avec ses séductions et ses délices, finit souvent par brouiller les rapports humains. Les égos, les rivalités silencieuses, les influences souterraines, les différences d’approche dans les décisions stratégiques, tout cela a contribué progressivement à fragiliser les relations au sommet de l’État.

 

Et ce qui devait arriver arriva, hélas. Au fond, beaucoup le pressentaient. Mais l’on refusait d’y croire.

 

Le 21 novembre 2025 encore, j’attirais l’attention à travers ce texte : « Sonko/Diomaye : ne trahissez pas l’espérance d’un peuple debout ». Et j’y écrivais :

 

« L’Histoire vous observe. Le monde vous scrute. Et l’Afrique – cette Afrique qui avait placé tant d’honneur et d’espérance dans la victoire du 24 mars 2024 – retient son souffle.

 

Le doute s’installe

 

Et lorsqu’un peuple commence à douter, c’est que le feu couve sous la cendre./Les rumeurs qui traversent le pays ne tombent jamais du ciel. Elles révèlent toujours un malaise plus profond, une fissure inquiétante au cœur même du tandem Diomaye/Sonko. »

 

Aujourd’hui, une question demeure : ces turbulences politiques vont-elles replonger le Sénégal dans les traumatismes que nous avons connus entre 2021 et 2024 ? Je ne le crois pas.

 

Parce qu’au-delà des divergences et des blessures, quelque chose d’humain, d’historique et de symbolique a profondément lié ces deux hommes. Et cette mémoire commune peut encore éviter au pays des lendemains douloureux.

 

Messieurs, attention encore une fois !

 

Car les peuples pardonnent parfois les erreurs politiques ; mais ils pardonnent rarement la trahison de leurs espérances. Le Sénégal n’attendait pas un affrontement d’ambitions. Il attendait une œuvre historique.

 

Cette aventure politique que beaucoup imaginaient historique n’a pas encore produit les transformations profondes espérées par les populations.

 

Le train de vie de l’Etat ? Les changements annoncés tardent à se faire sentir ! La reddition des comptes ? Elle donne, pour l’instant, l’impression d’avoir accouché d’une toute petite souris ! Les écarts abyssaux entre les salaires des fonctionnaires ? Rien ou presque ne semble bouger véritablement.

 

Autant de signes qui nourrissent un sentiment diffus : les promesses faites au peuple n’ont pas encore répondu aux attentes immenses suscitées par l’espoir de rupture.

 

 On peut, par honnêteté intellectuelle, accorder à ce nouveau régime des circonstances atténuantes. Celui-ci n’a pas hérité d’une situation florissante. Le régime de Macky Sall, c’est un embouteillage de scandales en tous genres. Lui-même ne disait-il pas : « Bayina njucc njacc ! » (J’ai rompu avec les pratiques de prévarication et autres.)

 

Tout cela pour dire que l’héritage fut calamiteux. Et nous continuons d’en subir les répercussions. Faut-il, pour autant, absoudre entièrement le régime actuellement aux commandes ? Certainement pas !

 

Écoutons à ce propos la réflexion d’un homme de presse respecté et expérimenté, je veux parler de Vieux Savané :

 

« Une révolution n’est ni un slogan ni un culte de la personnalité. Une révolution authentique est un mouvement permanent de transformation politique, économique, sociale et culturelle. Elle implique  une capacité constante d’autocorrection, de remise en question et d’amélioration de la réalité  existante. La révolution attendue est donc l’émergence d’un leadership fort mais humble, d’autorités prêtes à s’investir pleinement avec détermination plutôt qu’à cultiver  leur image. La révolution, c’est replacer au cœur  du projet national la valeur  travail, le mérite, la discipline et la reddition des comptes. »

 

Mais Vieux Savané ne s’arrête pas là. Il nous renvoie à une réalité qui bouleverse profondément toute conscience humaine :

 

« Des enfants en âge d’aller  à l’école tendent des pots  de tomates pour mendier  quelques pièces, livrés à eux-mêmes, à la cruauté et à la perversion du monde adulte. »

 

Et ce n’est pas tout, poursuit encore l’excellent Vieux Savané ! Des véhicules flambant neufs pour nos “honorables députés” ! Des enveloppes de Tabaski distribuées à des catégories déjà privilégiées !

 

Alors où est la rupture tant annoncée ? Avec gravité, il répond :

 

« C’est ce décalage grandissant entre le discours et la réalité qui inquiète profondément. » Faut-il dès lors sombrer dans le pessimisme ?

 

AH………….. l’avenir pourrait devenir mouvementé si, de tous côtés, l’on ne fait pas preuve de mesure et de retenue. À lire certains commentaires, à regarder certaines vidéos ou certains textes qui inondent les réseaux sociaux, on sent poindre une tension réelle.

 

Il revient à Ousmane Sonko et à Bassirou Diomaye Faye d’appeler leurs partisans à l’apaisement. On ne peut pas effacer d’un revers de main des années de combat commun, de sacrifices partagés et de fraternité sincère. Les calculs politiciens n’en valent véritablement pas la peine. Absolument pas !

 

Qu’on évite les déballages ! Encore une fois : qu’on évite les déballages. Personne n’en sortirait grandi. Comme disent les Wolofs :

« Ko yor carném, mi ngui yor sa dictionnaire toog di khar ». Autrement dit : ce que tu sais de compromettant sur autrui, il en sait peut-être davantage encore sur toi.

 

Autrefois, l’Etat conservait autour de lui une certaine sacralité. Cette part de prestige et de mystère qui entoure les institutions ne doit pas être piétinée par des déclarations irréfléchies ou des écrits inspirés par la colère. Sachons garder raison !

 

Ce n’est un secret pour personne : les rapports entre Abdou Diouf et Léopold Sédar Senghor n’étaient pas particulièrement chaleureux après le départ du pouvoir de Senghor. Pourtant, jamais les Sénégalais n’ont entendu de part et d’autre des propos déplacés ou des règlements de comptes publics. Ces hommes-là avaient le sens de l’Etat. DE VERITABLES HOMMES D’ETAT !

 

Puissent Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye adopter eux aussi cette posture d’hommes d’Etat. Car l’homme d’Etat, selon mon entendement, est celui qui, dans les périodes de tension et d’incertitude, sait faire taire frustrations et ressentiments afin de ne voir que l’intérêt supérieur de la nation.

 

Les Sénégalais sont épuisés ! Au sens propre comme au sens figuré ! Ils ne sont pas près d’oublier les épreuves traversées sous le régime de Macky Sall.

 

Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye vont-ils éviter une confrontation ouverte ? Je le crois sincèrement. Leur intelligence politique les y oblige. Les liens forgés au fil des années les invitent au dépassement.

 

Les intérêts supérieurs de la nation leur imposent une attitude de dignité, de retenue et de grandeur.

 

C’est précisément dans ces périodes critiques que se révèlent les grands hommes d’Etat. Ils ne cèdent ni aux pressions des va-t-en-guerre ni aux flatteries des thuriféraires et autres larbins qui ne pensent qu’à leurs intérêts matériels. L’homme d’Etat qui traverse l’histoire avec honneur trouve dans la réflexion, la méditation, les échanges avec des esprits éclairés ou encore la musique, des ressources pour dominer les passions contraires et les idées sombres qui peuvent assaillir son esprit.

 

Je dois conclure ! Et c’est pour reprendre à mon compte ce commentaire brillant et lucide lu sur le NET et signé d’un certain Honoré le Mentor Glikpahoun. Son propos de haute tenue nous réconcilie avec l’élégance du verbe qui, bien comprise, aide à dépasser les périodes difficiles.

 

Méditons ensemble ces paroles de haute portée morale et sociale, qui nous éloignent quelque peu de la médiocrité ambiante faite de déclarations impulsives et de discours à l’emporte-pièce.

 

Écoutez ! Écoutons toutes et tous ce discours qui force le respect :

 

« Les périodes de tensions politiques sont  souvent des moments de vérité pour une nation. Elles révèlent  les caractères, les ambitions, les limites des hommes… mais aussi la maturité des peuples.

 

Dans ces moments, il est facile de choisir le bruit, les émotions et les divisions. Mais les grandes nations se construisent lorsque des  hommes décident de garder la tête froide pendant que tout le monde perd patience.

 

Un leader ne  se reconnaît pas seulement  à sa capacité  de conquérir le pouvoir. Un leader se reconnaît  surtout à  sa capacité à préserver l’intérêt du peuple au-dessus des égos, des rivalités et des intérêts personnels.

 

L’Afrique n’a plus besoin de guerres d’images, de camps qui s’insultent ou de passions  qui  aveuglent. Elle a besoin d’hommes capables de penser aux générations futures, même dans les périodes les plus sensibles. Le temps finit toujours par départager  ceux qui voulaient simplement gouverner  … et ceux qui voulaient réellement servir.

 

Que la sagesse, la  responsabilité et l’amour de la Nation restent  toujours plus forts que les circonstances. »

 

Fait à Pikine, le 25 mai 2026

Madi Waké TOURE, assistant social, conseiller en travail social, consultant, chroniqueur et formateur 

 
Nombre de lectures : 130 fois

Nouveau commentaire :















Inscription à la newsletter