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Mélenchon à Dakar : un camouflet politique et diplomatique pour la France de Macron

Mercredi 15 Mai 2024

Jean Luc Mélenchon reçoit en cadeau une pirogue offerte par Ousmane Sonko le 16 mai 2024 à l'université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD)
Jean Luc Mélenchon reçoit en cadeau une pirogue offerte par Ousmane Sonko le 16 mai 2024 à l'université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD)

Jean Luc Mélenchon est á Dakar depuis mardi pour une « visite officielle » de quatre jours. Le chef de La France Insoumise (LFI), 3e force politique à l’assemblée nationale française (2e si on prend en compte un ‘’groupe Nupes’’) rend visite au Pastef (Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité) après le renversement démocratique et populaire du régime répressif et corrompu de Macky Sall le 24 mars 2024. L’ancien ministre socialiste est ainsi la première personnalité politique française d’envergure à rencontrer les nouvelles autorités sénégalaises auxquelles il a apporté un formidable soutien politique durant les années de répression sous l’ancien régime. Sa présence au Sénégal aux cotés du Président Diomaye Faye et du Premier ministre Ousmane Sonko révèle le fossé béant qui s’est creusé entre la France officielle et le pouvoir souverainiste qui gouverne désormais le Sénégal. 

 

Si Jean Luc Mélenchon est à Dakar aujourd’hui, c’est sans doute pour avoir été du bon côté de l’histoire tragique qui se déroulait dans notre pays sous les yeux du monde. Sur la base des principes fondamentaux de la démocratie et des droits des citoyens, il a justement critiqué, à travers des postures dénuées d’ambiguïtés, la nature autoritaire, violente et dangereuse du régime de Macky Sall et sa propension naturelle à l’exercer sur ses opposants avec l’appui de séides de l’appareil judiciaire.

 

Durant tout ce cycle qui a vu la mort de plusieurs dizaines de Sénégalais, Emmanuel Macron a implicitement soutenu les dérives de son « ami » avec ce cynisme propre à la personnalité politique des anciennes puissances coloniales. Des communiqués illisibles de 4 ou 5 lignes - si cela arrivait - balancés par d’obscurs fonctionnaires du Quai d’Orsay ont servi de réactions politiques du « partenaire » historique du Sénégal face à l’institutionnalisation de la terreur aux quatre coins du pays. En lieu et place d’une appréhension lucide du drame sénégalais et des ses implications politiques et stratégiques potentielles, Macron a délibérément joué la carte de l’émotion en observant le silence pour ne pas gêner ou affaiblir son poulain. 

 

Cette posture française a été d’autant plus suicidaire - et hypocrite - que dans le même temps, le chef de l’Élysée draguait assidument les jeunesses et sociétés civiles africaines. L’idée était simple : tenter de redorer le blason d’une France en totale perte de vitesse sur le continent africain, peu déterminée à joindre les actes aux paroles, et finalement contrainte de s’agripper aux régimes moribonds classiques avec qui elle a naturellement des atomes crochus. Le substrat de son discours de « renouveau » n’a pas varié : l’Afrique francophone doit rester dans son giron d’influence. Le reste n’est qu’accommodement. 

 

Aujourd’hui, Emmanuel Macron a joué et perdu en n’ayant pas jugé utile de « traverser » la rue de (l’Élysée) pour aller voir ce qu’il se passait sur la rive (sénégalaise) d’en face, comme il le suggérait aux chômeurs français dans le style railleur et arrogant qui peut être le sien. Scotché dans le mantra idéologique d’une France néo-coloniale à laquelle la notion de souveraineté ne dit plus grand chose, l’ex banquier d’affaires a ouvert la voie à Jean Luc Mélenchon. CE n’est pas plu mal pour notre pays.

 

Le leader des Insoumis français tire donc les dividendes d’une alliance politique et stratégique tissée avec un parti politique de type radical, en particulier sur les questions de souveraineté et d’indépendance. Et ce n’est pas seulement une affaire d’intérêts. Jean Luc Mélenchon est un militant acharné de l’émancipation des peuples et des communautés à travers le monde. En Afrique, en Asie, en Amérique Latine et jusque dans les territoires d’Outre Mer restes encore français comme la Nouvelle Calédonie, « Méloche » est une figure de résistance contre les abus et pratiques des puissances coloniales et impérialistes. Sa trajectoire et ses fréquentations politiques dans les pays du Sud Global le démontrent. Sur ce terrain, il semble en parfaite convergence avec Ousmane Sonko, figure de proue du nouveau radicalisme panafricain. 

 

Et c’est la France officielle qui en paie cash la note et les frais. Pour une fois, le Président élu du Sénégal n’est pas allé faire acte d’allégeance à Paris au lendemain de son élection. Le début de quelque chose semble se dessiner. Le tapis rouge de l’Elysée attendra…un peu avant d'être foulé par le Président sénégalais. Entre Mélenchon et Sonko, un discours de Dakar s'annonce sur l'avenir des relations entre l'Afrique et l'Europe !

 




 

Momar Dieng
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