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«Desserts aux tirailleurs sénégalais» : Macky Sall renverse l’historique dette coloniale

Lundi 28 Mai 2018

En reconnaissant à la France l’extrême générosité d’avoir offert des privilèges (desserts après repas) aux tirailleurs africains issus du Sénégal, le président de la République tente de réhabiliter les anciens colons français et retourne le principe de la dette coloniale due à l’Afrique en passe-droits au bénéfice des entreprises françaises qu’il sert si bien d’ailleurs depuis son arrivée au pouvoir.


«Les Français sont nos amis car nos tirailleurs avaient droit à des desserts pendant que d’autres africains n’en avaient pas…» (Macky Sall).
 
Maladresse coupable, conviction profonde, ou légèreté insoutenable ? Ces propos du président de la République du Sénégal, tenus dans le cadre de la présentation du tome 1 d’une série de quatre ouvrages consacrés à sa «Conviction républicaine», ont semé l’émoi et la consternation dans des milieux intellectuels et de la société civile dans notre pays et ailleurs sans doute.
 
La colère ambiante est dirigée non contre cet élément colonial factuel et discriminatoire au profit de nos compatriotes conscrits dans les armées françaises – l’attribution de desserts – mais contre le fait que ce soit le Président lui-même qui monte au créneau à la fois pour le rappeler mais aussi et surtout pour en tirer des justifications a posteriori concernant la politique des grands cadeaux qu’il développe à l’égard de la France depuis six ans.
 
La question que notre Président ne se pose pas et qu’il aurait dû se poser, c’est : pourquoi seuls les tirailleurs sénégalais du Sénégal avaient droit à des «desserts» ; pourquoi les tirailleurs issus d’autres pays africains étaient à ce point éliminés de la généreuse sollicitude des colons français. Cette double interrogation renvoie aux systèmes de traitement et de châtiment naguère mis en place par la colonisation française en Afrique francophone.
 
En même temps, elle jette un regard cru sur le rôle véritable que l’on faisait jouer aux Sénégalais et à leurs élites dans le cadre de la consolidation du projet colonial dans les autres territoires. Il est possible que ces privilèges liés au «dessert» aient été le résultat de négociations menées par ces mêmes élites auprès de la puissance occupante. Alors là, on comprendrait de quoi il retournait. Les desserts n’étaient pas gratuits, ils étaient une contrepartie coloniale!
 
C’est à ce niveau qu’il faudrait mettre en contexte les propos du chef de l’Etat. Si la France coloniale a si bien servi les compatriotes sénégalais engagés dans la «grande cause» française en Afrique, pourquoi n’en serait-il pas reconnaissant à la «patrie des droits de l’Homme» ? Ce coup de pouce politique bruyant à l’Hexagone ne sort pas du néant et ne ressemble pas à une boutade au détour d’un discours. La France, avec ses symboles comme le franc Cfa et ses armées de plus en plus présentes sur le continent et notamment dans le Sahel, est fortement contestée dans ses prérogatives historiques ou contractuelles en Afrique. Mais elle a encore le soutien de son pré-carré dont fait partie le Sénégal.
 
Réhabiliter la colonisation française
 
Ce qu’a donc fait Macky Sall, c’est une tentative de déconstruction politique et morale de l’image négative du colonialisme français sous nos tropiques au travers de dehors humanitaires qui camouflaient d’autres desseins. Alors que la «dette coloniale» française à l’endroit de l’Afrique reste «impayée», le président Sall va en sens contraire en payant à la France d’aujourd’hui une autre «dette coloniale», celle relative en particulier à la générosité dont justement les colons avaient fait preuve à l’égard des «tirailleurs sénégalais».

C’est à ce niveau qu’il faudrait situer la détermination quasi instinctive du président sénégalais, depuis son arrivée au pouvoir, à offrir de manière souveraine et souvent sans appel des marchés publics juteux aux entreprises françaises. A ses yeux, c’est un moyen économique moderne de solder «notre dette» envers le «grand-frère» gaulois.
 
En attendant, la vraie dette coloniale issue des politiques de répression et de liquidation des peuples africains sous l’empire colonial français va continuer à être dans l’impasse. Et l’on se retrouve subitement dans une perspective nouvelle qui place l’Afrique, selon Macky Sall, dans la posture du coupable condamné à expier des «dettes» au profit de l’ex-puissance coloniale… Une vraie trahison que l’Histoire a déjà retenue dans ses livres d’or.   
 
 
 
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