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Des chercheurs affirment avoir découvert une nouvelle espèce humaine aux Philippines

Mercredi 10 Avril 2019

Il pourrait s'agir d'un nouveau membre de la famille Homo. Une équipe de chercheurs internationaux estime avoir découvert une nouvelle espèce humaine, aux caractères morphologiques singuliers, qui vivait sur l'île de Luçon, aux Philippines, il y a plus de 50 000 ans, ont annoncé les scientifiques mercredi dans la revue Nature.
 
L'analyse de treize restes fossiles (dents, phalanges de pied et de main, fragments de fémur), trouvés dans la grotte de Callao, a conduit les chercheurs à considérer qu'il s'agissait d'une nouvelle espèce, qu'ils ont nommée Homo luzonensis, annoncent-ils, mercredi 10 mai, dans la revue scientifique Nature (en anglais).
 
Cette espèce présente à la fois "des éléments ou caractères très primitifs ressemblant à ceux des Australopithèques et d'autres, modernes, proches de ceux des Homo sapiens", souligne le Français Florent Détroit, paléoanthropologue au musée de l'Homme, à Paris, et principal auteur de l'étude. Cela en fait une espèce "mosaïque", dit-il.
 
Cet Homo luzonensis "était probablement petit si on en juge par la taille de ses dents", même si "ce n'est pas un argument suffisant" pour l'affirmer, tempère le chercheur. Homo luzonensis, qui n'est pas un ancêtre direct de l'homme moderne, serait une espèce voisine, contemporaine d'Homo sapiens (qui est apparu il y a 300 000 ans). Ce serait donc un de nos cousins, tout comme l'homme de Néandertal.

Deux des fossiles analysés ont été datés directement par la méthode des séries de l'uranium et sont âgés respectivement de 50 000 ans et de 67 000 ans. Il s'agit des plus anciens restes humains connus aux Philippines, précédant les premiers Homo sapiens qui sont arrivés sur l'archipel il y a 30 000 à 40 000 ans, selon des ossements mis au jour sur l'île de Palawan.
 
Une molaire qui ressemble aux nôtres
 
L'analyse morphologique des restes fossiles de la grotte de Callao a réservé des surprises. D'abord au niveau des dents : les prémolaires d'Homo luzonensis présentent des ressemblances avec celles des Australopithèques (disparus il y a deux millions d'années, et qui vivaient en Afrique) et d'autre espèces anciennes du genre Homo comme Homo habilis ou Homo erectus. Entre autres, ces dents ont deux ou trois racines alors que celles d'Homo sapiens en ont généralement une, parfois deux, soulignent les chercheurs.
 
En revanche, les molaires sont très petites et leur morphologie très simple ressemble à celle des hommes modernes. "Un individu possédant ces caractéristiques combinées ne peut être classé dans aucune des espèces connues aujourd'hui", relève Florent Détroit.
 
Les os du pied aussi sont surprenants : une phalange proximale (située au milieu du doigt de pied) présente une courbure très marquée et des insertions très développées pour les muscles assurant la flexion du pied. Cela ne ressemble pas à une phalange d'Homo sapiens, mais plutôt à celle d'un Australopithèque, qui était probablement à la fois bipède et arboricole.
 
Nouvelle espèce ou pas ? 
 
"Nous ne disons pas du tout que Homo luzonensis vivait dans les arbres car l'évolution du genre Homo montre que ce genre est caractérisé par une stricte bipédie depuis 2 millions d'années", souligne Florent Détroit. La "réapparition" de caractéristiques primitives chez Homo luzonensis s'explique peut-être par l'endémisme insulaire, selon lui. Pendant le Quaternaire, l'île de Luçon n'a jamais été accessible à pied sec. Si des hommes se trouvaient là, il faut qu'ils aient trouvé un moyen de traverser la mer. Aux yeux du chercheur, les résultats de l'étude "montrent très clairement que l'évolution de l'espèce humaine n'est pas linéaire". "Elle est plus complexe qu'on ne le pensait jusqu'à récemment."
 
Il s'agit d'"une découverte remarquable" qui "va sans aucun doute susciter beaucoup de débats scientifiques", estime Matthew Tocheri de l'université Lakehead au Canada, dans un commentaire publié dans Nature.
 
Le Français Florent Détroit s'attend à ce que certains collègues "s'interrogent sur la légitimité à décrire une nouvelle espèce à partir d'un si petit assemblage de fossiles." Et le chercheur ajoute : "Si, dans le futur, des collègues montrent que l'on s'est trompé et que ces restes correspondent à une espèce que l'on connaissait déjà, tant pis, ce n'est pas grave, on oubliera"... (APS)
 
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