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Pression foncière, gré à gré, rupture de confiance des bailleurs…: Le port minéralier et vraquier de Bargny-Sendou en eaux troubles

Jeudi 13 Septembre 2018

Infrastructure phare tendant à faire du Sénégal un hub maritime sous-régional, le port minéralier et vraquier de Bargny–Sendou fait grincer des dents aussi bien du côté des populations impactées que chez les bailleurs stratégiques qui craignent qu’il ne soit pas réalisé dans les délais annoncés et selon un cahier de charges en phase avec les normes internationales.


Image virtuelle du Port de Bargny-Sendou
Image virtuelle du Port de Bargny-Sendou
Considéré comme l’un des principaux projets structurants du Plan Sénégal Emergent (Pse), le port minéralier et vraquier de Bargny – Sendou, dont la première pierre a été posée le 27 novembre dernier, devrait permettre au Sénégal de franchir un palier dans son ambition d’être un hub maritime en Afrique de l’ouest et du centre. D’un coût global de 290 milliards de francs Cfa, le port sera, si l’on se fie aux dires du Premier ministre Mahammad Dionne, opérationnel au plus tard en 2021.
 
« Expropriations en cascade »
 
L’infrastructure, qui occupera une assiette foncière de 500 hectares, est toutefois objet d’une levée de boucliers de populations riveraines qui se disent victimes de spoliation foncière et craignent que leurs activités génératrices de revenus telles que la pêche et l’agriculture soient impactées. Une requête relayée par le maire de Sendou, Daouda Dia.
 
Ce dernier déplore le flou entretenu par les porteurs du projet, et indique que les deux tiers des habitations seront touchées, ce qui entrainera inéluctablement la disparition du village traditionnel de Sendou. S’il se dit en phase avec le principe des expropriations pour cause d’utilité publique, il plaide en faveur d’une juste indemnisation des "victimes" et déplore que les limites initiales du projet et ses répercussions sur Sendou soient plus importantes que ce qui leur avait été annoncé.
 
Dans la même veine, des centaines de mécaniciens qui avaient établis leur quartier à Thiaroye et qui ont été impactés par le tracé de l’autoroute à péage avaient été recasés en 2014 sur un site viabilisé de 6 hectares comptant 448 parcelles à usage de garages et de services automobiles. Ils sont sommés d’aller voir ailleurs malgré les assurances des impôts et domaines qui leurs avaient pourtant délivré des autorisations d’occuper les lieux en bonne et due forme. D’où l’acuité des réclamations des personnes touchées par le projet qui réclament une juste compensation à l’Etat du Sénégal.
 
«Entente directe»
 
Au demeurant, il est de notoriété publique que Senegal Minergy Port (Smp), une société à usage spécial mise en place pour diligenter, sans aucune forme d’appel d’offres, les études de faisabilité et la réalisation du port vraquier et minéralier de Bargny – Sendou, aura le monopole de l’exploitation de ladite infrastructure durant  25 ans avant sa cession à l’Etat du Sénégal. Une situation justifiée par le ministre de la Pêche Oumar Guèye selon qui on n’a pas besoin d’appel d’offre ou d’appel à concurrence pour ce genre de réalisations.      
 
Interpelé par la chaîne de télévision « Tv5 Monde » sur la proximité entre le directeur de Senegal Minergy Port, Dame Diané, et la Première dame du Sénégal, qui justifierait qu’on lui ait confié ce marché, il bat aussi  en brèche. «Ce que nous cherchons en tout cas c’est tirer le Sénégal vers le haut et non vers le bas. Si on prend ces considérations en compte on n’ira nulle part. Chaque fois que quelqu’un veut faire quelque chose on dit qu’il est proche d’untel ou d’untel. Ce qui compte c’est le résultat final et c’est dans cette dynamique que nous conduit le président Macky Sall» assure-t-il. Last but not least, il ressort des investigations de Tribune que le montage financier sous tendant le projet bat de l’aile, à tel point que le promoteur serait contraint de revoir ses plans. Avec toutes les incidences qui en découlent. Ce malgré les assurances du Premier ministre qui laissait entendre, lors de la pose de la première pierre, que «le financement du Port minéralier et vraquier de Bargny-Sendou est entièrement réalisé par la société «Senegal Port Minergy» qui regroupe des investisseurs privés nationaux et américains».
 
«Les bailleurs de fonds émettent des réserves»
 
Il nous revient, de source proche du dossier qu’entre 2012 et 2014 des négociations avaient été ouvertes avec l’agence gouvernementale américaine Overseas Private Investment Corporation (Opic) qui avait confirmé son intérêt pour le financement du projet. Une autre agence gouvernementale américaine United States trade and development agency (Ustda) a quant à elle subventionné les travaux de faisabilité du projet à hauteur de 1,5 millions de dollars américains.
 
Ces partenaires stratégiques se sont toutefois désengagés du projet pour non-conformité à leur charte éthique, notamment en raison de l’incapacité de justifier pourquoi un acteur sans expérience particulière serait sélectionné pour être promoteur d’un projet hautement technique et en détiendrait 30% des parts. Malgré les réticences susnommées, l’Etat a tout de même accordé une concession de 492 hectares pour une durée de 25 ans à la société Senegal Minergy Port qui a commencé des travaux de terrassement sans supervision d’un bureau de contrôle, en violation des normes requises dans le secteur.
 
Cette opacité fait douter nombre de partenaires de la viabilité du projet du nouveau port vraquier et minéralier de Bargny Sendou, pourtant considéré comme l’un des principaux projets structurants du Pse. Résultat des courses, les bailleurs de fonds pressentis tardent à matérialiser leur intérêt et mettent en avant leurs craintes que le promoteur ne soit dans l’incapacité de mener à bien ce projet dans les délais annoncés et selon un cahier de charge rigoureux respectueux des normes internationales.
Par Mohamed NDJIM
 
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