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Macron, entre cuisine française et marmite africaine

Dimanche 7 Mai 2017

Macron, entre cuisine française et marmite africaine
Par Momar DIENG
Il est de bon ton, pour certains éditorialistes de la presse africaine, de s’interroger sur ce que sera la politique africaine de la France. D’une France qui vient d’élire un nouveau Président. De cette France qui vient de confier cinq ans de son destin tricolore à un jeune homme considéré comme ambitieux, compétent, intelligent, sachant ce qu’il veut et où il va. Emmanuel Macron est donc le 8e Président de la 5e République Française.
 
La cuisine interne franco-française, au-dessus d’un feu incandescent en partie entretenue par le projet raciste d’une extrême droite hystérique et hors de l’histoire, va sans doute bouffer toute l’énergie créatrice de ce jeune banquier plein de culot, d’audace et finalement de mérite, même si les mauvaises langues soutiennent, à tort ou à raison, qu’il serait l’homme de la Finance, où, disons-le nettement, le pion du grand capital. Entre précarités, exclusions, divisions, fractures, pauvreté, nationalisme, racisme, chômage durable, l’ancien secrétaire général adjoint de l’Elysée est parti pour gérer un quinquennat d’enfer. Mais ça, c’est une autre histoire.
 
Elu pour redresser la France, Emmanuel Macron devrait donc y consacrer toutes ses forces. Il l’a dit en substance: sa priorité est de défendre les intérêts vitaux de la France, en France bien sûr, mais aussi dans le monde, évidemment. Alors, quelle place pour l’Afrique, cette pauvre Afrique qui roule sa bosse éreintée depuis plusieurs siècles au service des colonialismes et de ses déclinaisons, soumise à des intérêts obscurs et mafieux, aux mains de groupuscules guerriers accrochés aux basques de politiciens et potentats locaux sans vergogne pour leur patrie ?
 
Pour dire vrai, il est dur d’être optimiste sur la relation que Macron voudra bien établir avec le continent africain, notamment avec ses anciennes colonies francophones. Pour une raison historique essentielle et transversale: ses prédécesseurs ont tous été bien gentils avec les Africains, mais dans le fond ils ont toujours été intraitables et sans état d’âme dans la protection des intérêts vitaux de l’Hexagone, même quand il a fallu piétiner ceux du Sénégal,  de la Côte d’Ivoire, de la Guinée, du Togo, du Congo, du Mali, etc.
 
Que peut faire monsieur Macron en direction de l’Afrique ? Pas grand-chose à notre sens s’il reste dans le carcan politique et bureaucratique où tous ses devanciers, souvent plus expérimentés et prestigieux que lui, ont été incarcérés par un legs puissamment établi. Enormément, s’il a le courage et le temps de révolutionner des pratiques complètement hors normes qui privilégient une certaine idée de la relation franco-africaine en sacrifiant d’une manière ou d’une autre des dizaines  de millions de personnes sur notre continent.
 
L’idée n’est pas de réduire à néant l’action positive de la France en Afrique francophone. Cela n’aurait pas de sens et découlerait d’un extrémisme pathologique certain. L’idée est simplement de rappeler que si les Etats n’ont que des intérêts, il va falloir que les dirigeants africains, du moins les plus sérieux d’entre eux, regardent froidement, avec des yeux ouverts et intelligents, ce que sont les rapports entre pays dans le monde d’aujourd’hui. Il est temps qu’ils s’engagent enfin dans cette modernité politique et citoyenne qui met en exergue la dignité politique des Etats et des Nations et qui, naturellement, les encourage à être constamment en quête de bonheur pour leurs peuples. Cela serait un grand pas pour l’Afrique.
 
Mais qui ose encore cette démarche sur le continent ? La marmite des Africains continuera de bouillir jusqu’au fin fond des contrées villageoises et rurales, avec le disponible en termes de légumes et autres condiments vitaux pour les repas quotidiens. Mais elle serait sans doute mieux garnie si les partenaires de nos pauvres et faibles Etats étaient moins égoïstes, plus humanistes et, surtout, s’ils avaient en face d’eux quelques patriotes dévoués à leurs pays. Des patriotes, le mot favori de Marine Le Pen et des flibustiers-aventuriers de la galaxie d’extrême droite française, on en a encore plus besoin chez nous. En Afrique.
 
 
 
 
 
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