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Colombie: législatives historiques avec l'ex-guérilla Farc, cruciales pour la paix

Lundi 12 Mars 2018

La Colombie a voté dimanche lors d'élections historiques, avec l'ex-guérilla Farc pour la première fois en plus de 50 ans de conflit armé, mais où la droite dure est donnée favorite et pourrait mettre en cause l'accord de paix.

Le président Juan Manuel Santos a salué, sans donner de chiffre, la "participation massive" à ces législatives, autre nouveauté dans un pays où l'abstention flirte habituellement avec les 60%.

"Ce sont les élections les plus sûres, les plus transparentes (...) de l'histoire récente du pays", a-t-il ajouté, peu avant la clôture à 16h00 (21h00 GMT) de ce scrutin que le chef de l'Etat comme les ex-guérilleros des Farc ont qualifié d'"historique", sans la menace de la rébellion.

Les anciens Farc, qui ont quitté la lutte armée dans la jungle des Andes pour l'arène politique, ont voté visiblement émus, lors de ces législatives qui leur garantissent en outre d'entrer au Parlement.

"Je vote pour la première fois de ma vie et je le fais pour la paix", a assuré l'ex-commandant rebelle et futur sénateur Pablo Catatumbo, 64 ans, en votant sous la protection de gardes du corps.

- Premier scrutin avec l'ex-guérilla -

"C'est la première fois, en plus d'un demi-siècle, que les Farc, au lieu de saboter les élections, y participent", s'était félicité un peu plus tôt M. Santos, ajoutant que l'ELN, dernière guérilla active, avait "respecté" le cessez-le-feu unilatéral annoncé pour l’occasion.

L'accord de paix signé en 2016 avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc), après quatre ans de négociations garantit 10 des 280 sièges du prochain Parlement à l'ancienne guérilla marxiste, devenue la Force alternative révolutionnaire commune, sous le même acronyme.

Mais le nouveau parti à la rose rouge s'est retiré de la course à la présidence: son chef et candidat Rodrigo Londoño, alias Timochenko, 59 ans, a subi un pontage coronarien mercredi dernier après un infarctus. Il était crédité de seulement 1% d'opinions favorables.

Face à une gauche divisée, la droite dure pourrait emporter la majorité absolue et peser sur la présidentielle, prévue les 27 mai et 17 juin.

Plus de 36 millions d'électeurs étaient appelés à élire leurs députés et sénateurs, à l'issue d'une campagne marquée par des violences contre la Farc, qui a annulé tout meeting public et a attribué ces "actes de sabotage" à "ceux qui n'ont pu accepter que la guerre est terminée".

Les derniers sondages prédisaient un triomphe législatif du sénateur et ex-président Alvaro Uribe et de son parti, le Centre démocratique (CD), ainsi que d'autres mouvements opposés à l'accord de paix qu'ils jugent trop indulgent avec les ex-Farc, et qui a polarisé la quatrième économie d'Amérique latine.

Mais la droite pourra difficilement jeter aux orties ce texte, dont un point majeur, le désarmement des 7.000 guérilleros des Farc, est effectif.

Elle pourrait cependant bloquer la mise en oeuvre du reste du pacte, dont la réforme agraire et la justice spéciale de paix. Les ex-rebelles doivent avouer leurs crimes, dédommager les victimes et pourront bénéficier de peines alternatives à la prison, ce qu'elle rejette.

"Je suis uribiste, je suis d'extrême droite (...) je ne suis pas d'accord avec l'impunité", a déclaré à l'AFP Ruby Cascabita, 51 ans, psychologue, en votant à Bogota.

- La droite donnée favorite -

"Le seul fait de ne pas appliquer ce qui a été signé serait suffisant pour que cet accord reste sans effet", selon l'analyste Frédéric Massé, de l'université Externado.

La droite dure pourrait aussi remporter la présidence et retarder encore les pourparlers avec l'Armée de libération nationale (ELN, guévariste). Ils ont été gelées en février par le gouvernement après des attentats meurtriers de cette guérilla d'environ 1.500 combattants.

M. Santos, au pouvoir depuis 2010 et qui le quittera le 7 août, entendait parvenir à une "paix complète" en signant avec l'ELN. Après deux mandats, il ne peut légalement se représenter et sa majorité de centre droit s'est délitée au fil de scandales de corruption.

Ce dimanche avaient aussi lieu les primaires pour désigner les candidats à la présidence des deux principales tendances. Vingt des plus de 11.000 bureaux de vote n'ont pas disposé de suffisamment de bulletins pour cette consultation, menée en parallèle des législatives.

A droite, le sénateur Ivan Duque (CD), est favori. A gauche, Gustavo Petro, ancien maire de Bogota et ex-guérillero du M-19 dissout, devrait s'imposer. Avec le centriste Sergio Fajardo, ancien maire de Medellin, deuxième ville du pays, ils sont en tête des sondages.

Si Gustavo Petro l'emporte, il deviendra le premier ex-guérillero à diriger le pays et le premier président de gauche de l'histoire de la Colombie. Avec le handicap d'un Congrès dominé par la droite.
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