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Cheikhna Nenni Moulaye Zeine (ambassadeur de Mauritanie au Sénégal): «Ceux qui disent qu’il y a 250 000 esclaves en Mauritanie n’en savent rien.»

Vendredi 9 Juin 2017

Dans ce grand entretien accordé au groupe Dmédia, le diplomate mauritanien dénonce les «activistes» qui dénaturent la réalité dans son pays sur la question de l’esclavage. Et aborde des questions brûlantes autour de la relation avec le voisin sénégalais.


Excellence, où en est-on dans les relations entre la Mauritanie et le Sénégal ?
Je suis de ceux qui croient que les relations entre les deux pays sont excellentes et elles doivent davantage se renforcer dans un proche avenir. Elles s’expriment par des visites entre les autorités des deux pays. Récemment, vous avez vu le ministre de la Pêche de la Mauritanie recevoir celui du Sénégal, en l’occurrence M. Oumar Guèye, sans oublier ceux de Gambie, Guinée, Sierra Léone et Cap-Vert qui sont tous membres de la sous-commission des pêches qui travaille dans la sous-région.
 
Nous avons réussi à débloquer une situation qui perdurait depuis 1993. Donc, c’était de bien revoir la situation de nos côtes et pouvoir travailler ensemble. D’autres ministres mauritaniens ainsi que le chef d’état-major des armées sont également venus au Sénégal lors de la fête de la célébration de l’indépendance du Sénégal. Sur la question de la sécurité, nous avons des patrouilles communes qui sont organisées par nos forces de défense et de sécurité.
 
Où ont-elles lieu, ces patrouilles ?
Cela se passe par moment au niveau de la rive gauche et dès fois sur la rive droite. Il faut dire qu’il y a une circulation normale des personnes et des biens. Récemment, le Président Macky Sall a aussi rencontré son homologue de la Mauritanie en Guinée. C’était en marge du sommet de l’OMVS.
 
Par ailleurs, les autorités religieuses des deux pays travaillent ensemble et se rendent visite mutuellement. Par exemple, récemment Serigne Bassirou Abdou Khadre (ndlr: porte-parole du khalife général des mourides) est venu en Mauritanie, de même que les autorités des Moustarchidines. (…) Les relations entre les deux pays sont excellentes.
 
Des pêcheurs sénégalais se font néanmoins tirer dessus par des gardes-côtes mauritaniens.
Les relations entre les deux pays sont des relations séculaires. Malheureusement, nous avons des frontières qui sont formelles et doivent être respectées. Autant nous respectons la frontière, autant les pêcheurs sénégalais devraient aussi la respecter. Le même problème revient chaque jour, mais il n’est pas souhaitable qu’il y ait mort d’hommes.
 
Cependant, il faut dire qu’il y a des procédures, des sommations et surtout que cela arrive très tard dans la nuit. Depuis quelques années, la Mauritanie a mis en place une autre politique dans le secteur de la pêche puisque nous voulons une ‘’mauritanisation’’ du secteur. Donc, les Sénégalais ne sont pas les seuls concernés par cette mesure. Maintenant, il y a le régime international qui permet le transbordement en haute mer.
 
Malheureusement, les pirogues sénégalaises ne peuvent pas bénéficier de ce régime qui concerne les pêcheurs industriels qui ne font que dans le pélagique. Pour le régime national, il est applicable aux Mauritaniens et exige le débarquement sur les côtes mauritaniennes pour permettre le contrôle par rapport aux prises. Ce dont les pêcheurs sénégalais n’ont pas voulu. Nous souhaitons seulement qu’ils se soumettent à la loi mauritanienne afin de régler ce problème. Je rappelle que le nombre des licences attribué aux Sénégalais a été augmenté de 25% avec des prix dérisoires.
 
Après un premier débarquement en Mauritanie, est-ce que les pêcheurs sénégalais ont le droit de ramener leur gain à Guet-Ndar ?
Bien sûr ! L’essentiel est qu’ils soient tous contrôlés comme le sont tous les autres qui viennent pêcher. Car, il y a des gens qui font de la pêche de juvénile. En tout cas, nous sommes prêts à faire ce qu’il faut.
 
Savez-vous pourquoi les pêcheurs sénégalais refusent une telle démarche ?
Ce n’est pas mon rôle de le dire. Tout ce que je peux dire est que nous avons une loi très claire qui s’applique à tout le monde. Donc, tout le monde est concerné et nous voulions même construire un quai au niveau de Njago. Je suis avec attention tout ce qui se passe à la frontière et on ne m’a jamais signalé des problèmes. Nous sommes très stricts sur les questions de migration. Donc, ceux qui ont des problèmes sont plutôt concernés par le problème de l’émigration.
 
N’y-a-t-il pas un autre moyen que celui de tirer ou de détruire du matériel ?
Ce qui est sûr, c’est que les visites des pêcheurs à des heures tardives de la nuit sont récurrentes. Il y a quelques années, il y a eu des mesures demandant aux gardes-côtes mauritaniens de tirer sur le moteur des pirogues pour pouvoir l’immobiliser. Alors, les pêcheurs se couchent sur les moteurs pour le protéger. Donc, il faut comprendre ce qui se passe et ce n’est pas nullement pour tirer sur des personnes.
 
Compte tenu des relations entre les deux pays, ne faudrait-il pas interdire aux gardes-côtes mauritaniens de tirer ?
Malheureusement, nous n’avons pas mis en place ces frontières. Donc, on doit les respecter. Dans ce monde où l’on a des terroristes qui pourraient même passer par la mer, il faut surtout rappeler que la menace est devenue atlantique. Nos amis pêcheurs sénégalais doivent s’organiser pour respecter les frontières en attendant la signature de l’accord suivant les conditions posées par les deux pays.
 
Avec la journée de l’abolition de l’esclavage, la Mauritanie est toujours citée comme un pays où la pratique demeure. Qu’est-ce qui l’explique ?
Le problème de l’esclavage est un problème très ancien. La Mauritanie est l’un des rares pays à l’avoir constitutionnaliser en tant que crime contre l’humanité. Ce qui est entré en vigueur avec la  réforme de 2012. En tant qu’Etat, nous avons déjà mis des mécanismes pour éradiquer les dernières tares de ce fléau. Le gouvernement et la société civile travaillent ensemble au niveau de plusieurs commissions.
 
Nous avons mis en place des institutions de solidarité pour aider les personnes qui ont souffert de cette pratique. Et si le gouvernement arrive à débusquer une personne qui pratique encore l’esclavage, elle sera châtiée. D’ailleurs, trois tribunaux ont été créés pour juger toutes les personnes qui continuent cette pratique abominable.
 
En tout cas, nous travaillons pour la réintégration de toutes les personnes qui ont subi les séquelles de cette pratique. Ceux qui disent qu’il y a près de 250.000 esclaves en Mauritanie ne savent rien de ce qu’ils disent. La Mauritanie est un pays ouvert et tout le monde peut voir ce qui s’y passe.
 
Et les réfugiés mauritaniens au Sénégal ?
Pour les réfugiés mauritaniens au Sénégal, l’actuel Président (ndlr: Mohamed Ould Abdl Aziz), entre le 1er janvier et le 31 décembre 2009, avait ramené 25.000 réfugiés mauritaniens. Un retour clôturé à l’époque avec l’actuel secrétaire général des Nations-Unies (ndlr: Antonio Guterres) en mars 2012 au niveau de Rosso Mauritanie. D’ailleurs, M. Guterres disait que c’était l’une des rares opérations de réfugiés à avoir réussi à cent pour cent. Donc, le Président tient à l’égalité des hommes, même s’il est difficile de tout éradiquer. Mais, les gens y travaillent.
 
Mais, la question de l’esclavage persiste avec des résistances peut-être au sommet de l’Etat…  
Il n’y a pas résistance au sommet de l’Etat car l’Etat s’exprime par les textes. Quand on ratifie toutes les conventions, que l’on crée des organes de contrôle sans oublier des comités interministériels pour la mise en œuvre des décisions, c‘est qu’il y a une volonté d’éradiquer ce phénomène. Donc l’engagement existe. Mais souvent, des politiques en panne d’idées et de programmes défendent des positions qui ne tiennent pas la route. La Mauritanie respecte bel et bien les droits de l’homme.
 
Sur la question du terrorisme, beaucoup d’observateurs se disent impressionnés par les méthodes de lutte de la Mauritanie. C’est quoi la formule ?
Il ne faut pas oublier que la Mauritanie a subi des actes terroristes entre 2004 et 2008. En face, la situation de l’armée était assez alarmante, moribonde. Aussi, pour faire face, l’actuel Président a mis en place une stratégie de renforcement de l’outil militaire et des moyens ont été mis à la disposition des armées.
 
Notre territoire est vaste puisque nous avons 2100 kilomètres avec le Mali sans oublier le Sénégal ou encore le Sahara. Nous avons mis au niveau des frontières des groupes spéciaux d’intervention mobiles. Il y a aussi plusieurs lignes de défense qui sont bien outillées avec des armements modernes. Nous travaillons également en parfaite collaboration avec d’autres pays. Des pays comme le Niger l’ont expérimentée et commencent à combattre les groupes terroristes. Nous travaillons aussi avec le Sénégal sur les questions liées au terrorisme.
 
Qu’en est-il du fameux pont devant relier les deux pays au niveau de Rosso ?
Les deux gouvernements viennent de signer les accords de financement avec la Banque africaine de développement (Bad) et les autres fonds qui y travaillent. Le projet doit incessamment commencer sans oublier que les deux pays sont tombés d’accord sur l’unité de gestion qui sera basée en Mauritanie.
 
Je rappelle que la Mauritanie, par rapport à son optique d’intégration et contrairement à ce que beaucoup pensent, en tout cas, au niveau de l’Afrique, ne cesse de montrer le chemin, surtout avec la signature de la convention pour ce pont, sans oublier la signature de l’accord de libre-échange avec la Communauté des États de l’Afrique de l’ouest (Cedeao), il y a juste quelques semaines. Donc, pour le bien-être des deux populations des deux rives, le pont sera construit et renforcera beaucoup de choses.
 
Mais pourquoi la Mauritanie veut-elle revenir à la Cedeao ?
Nous n’avons jamais quitté la Cedeao. Car en ce qui concerne l’essentiel des pays de cet espace, nous avons avec eux des accords de libre-échange. De manière formelle, nous avons quitté la Cedeao, mais je sais qu’il y a une volonté affirmée de l’actuel Président de renforcer toutes les relations avec les pays de la sous-région ouest-africaine. Donc, nous ne croyons pas être en dehors de la Cedeao puisque nous travaillons avec le Sénégal, la Gambie, le Niger, la Guinée et j’en passe. 
 
Il est indiqué que des officiels auraient minimisé le rôle joué par le Président Macky Sall dans le dénouement de la crise gambienne.
Je pense que la crise gambienne est une affaire close. Et tous les pays et organisations qui ont travaillé pour son dénouement doivent être remerciés. En tout cas, d’après ce que je sais, le Président Abdel Aziz tenait à ce qu’il n’y ait pas d’effusion de sang en Mauritanie. Donc, il a travaillé pour le règlement de cette crise.
 
Plusieurs personnes sont venues sans réussir à faire partir Yaya Jammeh. Ce dernier qui voulait avoir des garanties a poussé le Président de la Mauritanie à effectuer le déplacement pour éviter encore une fois une effusion de sang. L’Afrique n’a pas besoin de tension au niveau de la sous-région. D’ailleurs, le Président Macky Sall l’a remercié sans oublier plusieurs autres autorités. Tout le monde sait que le travail effectué a été extraordinaire.
 
C’est pour dire qu’Abdel Aziz est un Africain qui ne veut voir aucun problème dégénérer en Afrique. Il a même risqué sa vie au Mali en y allant en hélicoptère. Il est toujours là comme il a été en Côte d’Ivoire ou encore en Libye. En tout cas, tout est en ordre.
 
 
 
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