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CHRONIQUE JUDICIAIRE – PALAIS DE JUSTICE DE DAKAR: «Vous êtes pêcheur et vous vendez du chanvre indien...»

Dimanche 10 Juillet 2016

La salle 1 du palais de justice affiche comble ce matin  à 09h 00. Plus possible de trouver un siège libre. Les plus téméraires ont décidé de suivre les audiences debout en espérant que les affaires qui les intéressent soient en haut du rôle d’audience. L’affaire qui nous intéresse concerne le prévenu Mame Abdou Aziz Thioune poursuivi pour offre et cession de chanvre indien.

A l’évocation de son nom par la présidente du tribunal, un garde lui fait signe de sortir du box et de rejoindre la barre, ce qu’il fait d’un pas mal assuré, emmitouflé dans un boubou «Obasanjo» vert militaire avec un visage empreint de désolation.
Les faits remontent au 23 juin dernier. Les éléments de la brigade de la gendarmerie de Diamniadio bénissent encore leur scanner mobile : ils découvrent dans une voiture un sac appartenant au sieur Thioune et contenant 500 grammes de chanvre indien dans 18 cornets, et une paire de ciseau.

«Reconnaissez-vous les faits qui vous sont reprochés» ?, lui demande la présidente du tribunal. «Euh… Non. Je ne sais pas où ils ont trouvé autant de cornets de yamba. Je suis allé remettre le soukarou kor à ma mère, bredouille le prévenu. C’est au retour que je suis allé voir des copains qui m’ont donné un joint pour mon usage personnel. Je vous jure madame sur le Saint Coran que je ne sais pas d’où viennent ces cornets.» Le juge lui rétorque : «Mais à qui donc appartiennent-ils ? Je ne sais pas madame.»

Passablement énervée, la juge l’interpelle sur un autre sujet : «Vous exercez quelle profession ?»
«Je suis pêcheur. Je ne connais que mon travail qui me permet de venir en aide à ma mère qui ne compte que sur moi», répond Thioune du tac au tac. «Alors pourquoi ne pas vous limiter à la pêche», lui demande la présidente. Un grand murmure envahit la salle d’audience. Le prévenu ne répond pas, préférant fixer son interlocuteur dans les yeux.

Comme souvent avec les prévenus, il est question des propos contenus dans le document ficelé par les gendarmes au terme de l’enquête préliminaire. «Pourtant, vous aviez reconnu que le sac contenant la drogue vous appartenait. Où est la part de vérité ?» «Je ne suis pas instruit et je ne sais pas ce que les flics m’ont fait signer. J’implore votre clémence. Je vous jure que je ne fumerai même plus de cigarette à plus forte raison du chanvre indien joint.»

Pour la défense de son client, Me Iba Mar Diop plaide l’usage personnel. En cela, il réclame que les faits soient ramenés à leur juste proportion. Agacé, le procureur, d’une voix forte et ferme, rappelle justement les faits en insistant sur l’importance de la quantité de drogue saisie sur le prévenu et qui ne saurait être uniquement à la consommation personnelle. «Deux ans ferme», requiert-il.

La main de la présidente ne tremblera pas : Mame Abdou Aziz Thioune est déclaré coupable des faits d’offre et de cession de chanvre indien à la peine requise par le maître des poursuites. Tête basse, le condamné est conduit hors de la salle par les gardes pénitentiaires. Destination : prison de Rebeuss…

Abibatou NGOM
 
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