Macky Sall avec Catherine Colonna, la cheffe de la diplomatie française le 22 juin 2023 au Palais Brogniart à Paris, 1er jour du Sommet pour un nouveau pacte financier mondial
Dans sa conférence de presse de ce 22 juin, Juan Branco n’a pas été tendre avec certaines personnalités qu’il soupçonne de soutenir le président sénégalais. Eu égard aux éléments de preuves qui composent son dossier de 168 pages, l’avocat franco-espagnol estime qu’il y a matière à faire quelque chose dès à présent. « Si la France était un Etat de droit absolu, Macky Sall serait arrêté ici même à Paris », a-t-il lâché en direction des journalistes.
Le président sénégalais est arrivé jeudi en France en provenance de Lisbonne où une partie de la communauté sénégalaise lui a manifesté sa désapprobation et sa défiance. Il prend part au sommet pour un nouveau pacte financier international convoqué par Emmanuel Macron, aux côtés d’une quinzaine de chefs d’Etat africains.
Juan Branco est très remonté contre Emmanuel Macron et son gouvernement dont l’apathie face aux exactions répétées des forces de sécurité sénégalaises et de leurs supplétifs civils armés est jugé inacceptable. Non seulement Paris « n’a rien fait pour éviter les massacres au Sénégal », mais elle apporte un soutien quasi-total au président Sall. Depuis les événements de ce mois de juin, « la France n’a fait aucune déclaration condamnant les actes du régime » de Macky Sall.
Cette posture est d’autant plus rageante, poursuit l’avocat, que la France dispose d’un point focal important dépêché au ministère sénégalais de l’Intérieur. Ce fonctionnaire est un conseiller technique de rang 6 qui supervise la coopération technique, permettant ainsi aux plus hautes autorités françaises d’être au courant de ce qui se fait. Ce conseiller technique a suivi au quotidien des réunions qui ont porté sur l’organisation de la répression contre les civils et opposants sénégalais, accuse Me Branco.
Auprès de la gendarmerie sénégalaise, Juan Branco affirme que le colonel Jean-François Gaume, tient le même rôle avec le général Moussa Fall. Agé de 54 ans, il a servi au Congo Brazzaville avant d’être nommé commandant en second de la gendarmerie de Savoie en 2013.
Pour Branco, les deux gradés sont des complices potentiels de la commission de crimes contre l’humanité.
Karim Khan, le procureur de la Cour pénale internationale de la Haye a été interpellé par l’avocat français. Qui estime que les 710 éléments de preuves tirés d’un fonds documentaire de 4500 éléments sont « largement suffisants pour que le bureau du procureur de la CPI ouvre une enquête ».
La responsabilité de Karim Khan, procureur du bureau de la CPI
Pour Branco, « Macky Sall pense pouvoir échapper à la justice internationale » depuis que Karim Khan « a commis une erreur grave en se rendant à Dakar alors qu’il y avait déjà 14 morts » suite aux manifestations de mars 2021. « Il a donné aux autorités sénégalaises l’impression qu’elles pouvaient continuer le massacre », analyse l’avocat.
Or, « la CPI est la seule juridiction qui inquiète des individus auteurs de violences, affirme Branco. C’est l’institution qui empêche certaines autorités d’autres pays de venir faire des courses dans le 8e arrondissement de Paris. »
Interrogé sur les délais que peuvent prendre une éventuelle étude des dossiers par le bureau du procureur, Juan Branco a répondu par une autre question qui renvoie à…Karim Khan : « est-ce qu’il considère les citoyens sénégalais au même titre que les citoyens ukrainiens quand il faut appliquer de la diligence aux enquêtes » sur des crimes imprescriptibles ?
Dans l’inaction de cette juridiction, il y aurait un acte de complicité avec les auteurs de ces crimes commis au Sénégal, l’avocat Juan Branco.






FRANCE


