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SÉNÉGAL : Autopsie d’un « système » à l’épreuve de l’investigation parlementaire

Dimanche 11 Octobre 2026

Elimane Ndao (Pastef)
Elimane Ndao (Pastef)

Pendant un demi-siècle, la prévarication a tenu lieu de boussole à l'administration sénégalaise. Le « Système », ce vocable popularisé par Ousmane SONKO et la doctrine Pastef Les Patriotes n'est pas une simple trouvaille de campagne. C'est l'anatomie d'une captation méthodique des deniers publics, avec sa propre fabrique organique et ses propres codes. Or, cette machinerie se heurte aujourd'hui à un obstacle imprévu : un Parlement qui a tout simplement décidé de faire son travail.

 

Finie la chambre d'enregistrement. En 2 ans de législature, l'Assemblée nationale du Sénégal s'est muée en véritable juridiction de contrôle. 

 

Six (06) commissions d'enquête braquent désormais leurs projecteurs sur les angles morts de la République : conditions d'octroi des licences de pêche, exonérations fiscales, montages financiers complexes (Total Return Swap), gestion du domaine maritime et cessions du patrimoine bâti de l'État. 

 

Le constat populaire est sans appel

 

Armés de dossiers bétons et de questions calibrées, ces députés déterrent des scandales que la justice classique, souvent engluée dans le secret de l'instruction, aurait commodément ignorés.

 

Les faits exhumés donnent le vertige. Prenez le programme « Un étudiant, un ordinateur ». Vendu comme une ambition d'inclusion numérique, il s'est soldé par un naufrage organisationnel absolu. 

 

Les distributions ont chuté de 6 000 à moins de 2 000 machines par an pendant que les antennes universitaires fermaient au profit d'une centralisation dakaroise totalement opaque. Pire, les auditions révèlent l'ingénierie de ce pillage : 12 comptes et sous-comptes clandestins ont été créés pour capter des milliards de francs CFA sur le dos des étudiants.  

 

La gestion foncière obéit à la même logique de spoliation. Comment nommer autrement ce don foncier de 9 milliards de FCFA à la famille Peretz, bâti sur les cendres de l'ancien siège de la Gendarmerie et du Dojo national ? Comment justifier ce bail de 99 ans accordé à Serigne Bassirou Guèye pour 2 villas au Point E, contre la somme absurde de 100 000 FCFA par mois ? La légèreté coupable de l'État se chiffre également en pénalités absurdes, à l'image de ce 1,2 milliard de FCFA payé au fournisseur Real IT suite à une condamnation pour paiement indu.  

 

Pourtant, le grand soir institutionnel n'est pas garanti. Si l'impulsion originelle vient bien d'Ousmane Sonko, la recomposition politique en cours rebat dangereusement les cartes. La volonté de l'Exécutif de Bassirou Diomaye Faye de se démarquer de la matrice PASTEF, notamment via la création de l'entité #KIIRAY réveille de vieux démons. La transhumance s'organise. L'opportunisme s'offre déjà comme bouée de sauvetage aux rentiers d'hier, prêts à troquer leurs vestes pour recycler leurs réseaux et sortir la tête de l'eau.

 

Le grand déballage télévisuel de ces commissions ne suffira pas. Pour que le « logiciel » change véritablement, l'investigation parlementaire doit s'armer de coercition légale. L'opacité ne reculera que devant une judiciarisation implacable. Il faut criminaliser les contrats d'État asymétriques et contourner la discrétion du Parquet en imposant la constitution systématique de partie civile de l'État. C'est à ce prix, en traquant juridiquement les profits politiques mal acquis, que le Sénégal évitera de faire de ces enquêtes un simple théâtre d'ombres.

 

Elimane Ndao, 

Commissariat Scientifique ECOPLAN MONCAP

 
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