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Présidentielle US : dans l’Ohio, les salariés de l’automobile partagés sur Trump

Dimanche 25 Octobre 2020

En 2017, quand Donald Trump a garanti que les entreprises allaient créer davantage d’emplois industriels locaux, les salariés de l’usine General Motors de Lordstown, dans l’Ohio, étaient tout ouïe. Deux ans plus tard, le site a fermé.
 
Cette fermeture a porté un coup à la région de la vallée de Mahoning, dans l’un des Etats-clés de l’élection présidentielle américaine du 3 novembre, qui fait face depuis des décennies au déclin de l’industrie manufacturière et est, comme le reste des États-Unis, désormais menacée par le coronavirus.
 
«Ne vendez pas votre maison», avait lancé le président américain à une foule de partisans lors d’un passage à Youngstown, à une vingtaine de kilomètres de Lordstown, assurant que «tous» les emplois reviendraient. Une promesse peu réaliste compte tenu de l’automatisation de nombreux pans de l’industrie automobile.
 
«Quand (Trump) a dit ça, j’ai pensé qu’il s’adressait à moi», se rappelle Tommy Wolikow, employé à l’usine de Lordstown pendant neuf ans.
 
Après le départ de GM, le bâtiment a été racheté par une entreprise locale spécialisée dans la fabrication de véhicules électriques, un phénomène de plus en plus courant dans cette région conservatrice que certains entrepreneurs souhaitent transformer en «vallée de la tension électrique» («Voltage Valley»).
 
Dans l’Ohio, où ils sont au coude-à-coude, Donald Trump et son adversaire démocrate Joe Biden se disputent le soutien d’électeurs comme Tommy Wolikow, qui estime que le président a fait de son mieux sur le plan économique et n’est pas responsable de la fermeture de l’usine, mais qu’il a échoué dans sa gestion de la pandémie.
 
«Je suis partagé au sujet de Trump», confie l’ouvrier, qui travaille désormais pour GM dans le Michigan et n’a pas voulu dire pour qui il voterait le 3 novembre.
 
Transition
 
Pendant la campagne de 2016, Donald Trump s’était engagé à redonner vie aux villes industrielles sinistrées du Midwest américain et à pousser les constructeurs automobiles à relocaliser leur production depuis le Mexique, ce qui lui avait permis de l’emporter largement dans l’Ohio.
 
Mais ces ambitions sont loin d’avoir été satisfaites: en février, avant la crise du coronavirus, la vallée de Mahoning comptait 25’246 emplois dans le secteur manufacturier, environ 3.750 de moins qu’en janvier 2017 lors de l’investiture de M. Trump, selon des données de la Réserve fédérale. En août, ce chiffre est tombé à 22’551.
 
Après plus d’un demi-siècle d’existence, l’usine de Lordstown a fait les frais de la transition de GM vers les véhicules électriques, entérinant sa fermeture après une grève menée par le syndicat United Auto Workers (UAW).
 
Ancien président de l’UAW de Lordstown, Dave Green, estime que le départ de GM est au moins en partie dû au démantèlement des normes antipollution par l’administration Trump, qui a donné au constructeur «une incitation supplémentaire pour fermer l’usine».
 
Le syndicaliste, qui travaille désormais pour GM dans l’Indiana, accuse le président de semer la division et de «ne pas être sain d’esprit.» Dave Green compte voter pour Joe Biden. Mais d’autres ex-employés continuent de soutenir le président.
 
«J’aime le fait que ce soit un homme d’affaires et qu’il ait de la poigne», justifie Brian Milo, qui a passé 10 ans de sa vie professionnelle à Lordstown. «L’Amérique a été fondée par des rebelles… Et Trump, c’est en quelque sorte un rebelle», ajoute-t-il.
 
Brian Milo, aujourd’hui salarié d’un hôpital où il gagne presque autant que lorsqu’il travaillait pour GM, considère Joe Biden comme un politicien professionnel et est prêt à pardonner Donald Trump de ne pas avoir rempli ses objectifs industriels.
 
«Vache maigre»
 
Lordstown Motors, qui a investi l’ancienne usine de GM, veut y construire sa camionnette électrique Endurance, avance son patron, Steve Burns.
 
L’entreprise a déjà embauché près de 200 salariés et experts et prévoit de salarier 800 personnes au démarrage de la production commerciale en septembre 2021.
 
GM envisage pour sa part de nouer un partenariat avec le groupe coréen LG Chem et d’investir 2,3 milliards de dollars pour la construction d’une nouvelle usine d’assemblage de constituants de batteries à Lordstown, avec 1100 emplois à la clef.
 
Le maire de Lordstown, Arno Hill, un partisan de Donald Trump, assure que la ville est sur la bonne voie malgré le départ de GM, qui a coûté 3 millions de dollars de recettes fiscales. «On aura quelques années de vache maigre, mais après cela, on devrait plutôt bien se porter», prédit-il. (ATS)
 
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