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Indignation et théories du complot après la mort en prison de Jeffrey Epstein

Dimanche 11 Août 2019

Théories du complot, relayées par Donald Trump, demandes d'enquêtes indépendantes: l'indignation est à son comble aux Etats-Unis après la mort en prison samedi du riche financier Jeffrey Epstein, beaucoup voulant croire à un meurtre plutôt qu'à un suicide pour ce sexagénaire aux nombreuses connexions dans les cercles du pouvoir.
 
Le ministre américain de la Justice William Barr, qui s'était dit "effaré" samedi de ce décès, a annoncé l'ouverture de deux enquêtes, l'une du FBI, l'autre des services de son ministère, sur le décès, apparemment par pendaison, de celui qui fut longtemps une figure de la jet-set avant d'être incarcéré à New York début juillet pour de multiples agressions présumées sur mineures.
 
Les interrogations ont été renforcées dimanche par des révélations du New York Times. Des responsables pénitentiaires anonymes cités par le quotidien ont reconnu que les procédures prévues pour la surveillance du détenu n'avaient pas été respectées: des rondes, prévues toutes les 30 minutes, n'avaient pas eu lieu, et il était seul dans sa cellule alors que la règle veut qu'ils soient toujours deux.
 
Jeffrey Epstein, 66 ans, était accusé d'avoir fait venir des dizaines de jeunes adolescentes dans ses luxueuses résidences, notamment à New York et en Floride, les forçant à des "massages" qui tournaient presque toujours aux rapports sexuels forcés.
 
Sans attendre le résultat des enquêtes annoncées, beaucoup voulaient croire au meurtre de cet homme qui avait invité tant de puissants dans ses jet privés ou à ses soirées - dont Donald Trump, Bill Clinton ou le prince Andrew, fils de la reine Elizabeth II - que certains risquaient de se retrouver, sinon dans le viseur de la justice, au moins dans l'embarras à l'approche de son procès.
 
Donald Trump a lui-même encouragé ce flot de spéculations, rassemblées sous le mot-dièse "#EpsteinMurder": il a retweeté samedi soir une vidéo publiée par le comédien Terrence Williams, affirmant qu'Epstein "avait des informations sur (l'ex-président) Bill Clinton" et en sous-entendant que cela serait lié à sa mort.
 
- "Faire monter la colère"
 
Un retweet dénoncé dimanche par plusieurs candidats démocrates à la présidentielle 2020, dont le Texan Beto O'Rourke et le sénateur du New Jersey Cory Booker.
 
"Ce que (Trump) fait est dangereux: il donne vie non seulement à des théories du complot mais il fait aussi monter la colère et pire contre certaines personnes", a ainsi estimé M. Booker.
 
Pour attiser les théories du complot, toujours promptes à enflammer les réseaux sociaux, beaucoup mettaient en avant les quelque 2.000 pages de documents judiciaires rendues publiques vendredi, détaillant les accusations contre Epstein d'une certaine Virginia Giuffre dans une action intentée au civil.
 
Elle citait plusieurs hommes politiques avec lesquels elle aurait été forcée par Epstein d'avoir des relations sexuelles. Tous ont démenti.
 
La prison fédérale où se trouvait Epstein, le Metropolitan Correctional Center de Manhattan, est réputée l'une des plus sûres du pays. C'est là que fut enfermé jusqu'en juillet le narcotrafiquant mexicain Joaquin Guzman "El Chapo", à l'origine de deux évasions spectaculaires au Mexique.
 
- Surveillance relâchée?
 
Beaucoup s'interrogeaient par ailleurs sur les raisons pour lesquelles Jeffrey Epstein ne bénéficiait plus - depuis le 29 juillet, selon plusieurs médias - d'une surveillance renforcée anti-suicide, alors qu'il avait apparemment fait une première tentative le 23 juillet.
 
Il avait alors été retrouvé allongé dans sa cellule avec des marques au cou, même si ses blessures s'étaient avérées sans gravité.
 
"Les pédophiles inculpés de crimes fédéraux ont un haut risque de suicide" et "demandent une attention particulière", a ainsi tweeté l'ex-ministre adjoint de la Justice Rod Rosenstein.
 
Certains commentateurs n'excluaient pas non plus que Jeffrey Epstein ait pu, grâce à son argent, bénéficier d'aide au sein de l'établissement.
 
Des spécialistes du système judiciaire ont néanmoins fait valoir que les suicides étaient un problème grandissant, mais mal documenté, dans les prisons américaines.
 
En 2014, dernière année pour laquelle des chiffres sont disponibles selon The Atlantic, 249 personnes se seraient suicidées dans les seules prisons fédérales et des Etats.
 
Au milieu de ce tourbillon de spéculations, alors que plusieurs victimes présumées d'Epstein regrettaient que sa mort les empêche d'obtenir justice, le procureur fédéral de Manhattan a promis samedi soir de poursuivre l'enquête et de confondre ses éventuels complices - n'excluant pas de nouvelles inculpations. (AFP)
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