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Il y a 100 ans, dans l'ombre de la Conférence de Versailles de 1919, le premier Congrès panafricain

Dimanche 10 Février 2019

En février 1919, il y a exactement 100 ans, s’ouvrait à Paris le premier Congrès panafricain. But de cette réunion : tenter de faire exister les idées anticoloniales alors que se tient la Conférence de paix de Versailles. La France a donné son feu vert à ce congrès grâce au député du Sénégal, Blaise Diagne, notamment chargé de recruter des tirailleurs pendant la guerre de 1914-1918.


Blaise Diagne, en charge du recrutement des tirailleurs africains
Blaise Diagne, en charge du recrutement des tirailleurs africains
 
En ce début 1919, le monde entier est à Paris pour la conférence de paix de Versailles. Les leaders des pays victorieux sont là pour fixer les nouvelles règles internationales. C'est l’occasion qu’attendent nationalistes et anticolonialistes du monde entier pour tenter de s’exprimer et faire avancer leurs droits. C’est ainsi qu’un certain Ho Chi Minh essaye d'intéresser sur le sort de son pays. 
 
Mais le futur leader indochinois n'est pas le seul à ambitionner de se faire entendre. Les idées de panafricanisme, qui se développent depuis la fin du XIXe, entendent bien profiter aussi de l'événement en organisant un "congrès panafricain". La fin de l’esclavage, les suites du colonialisme portent en elles l’idée d’une histoire commune des peuples africains. Des idées qu'on avait déjà vu émerger avec la naissance du Liberia, mais aussi lors d'une première rencontre à Londres en 1900.
 
Pour l’heure, en 1919, le Congrès, qui s’inscrit dans un bouillonnement d’initiatives panafricaines, veut profiter de la période qui a vu la défaite d’une puissance coloniale (certes limitée), l’Allemagne, pour tenter de décoloniser les ex-terres allemandes en Afrique. Et au-delà, créer un "Etat noir" en Afrique.
 
Une personnalité américaine, William Edward Burghardt Du Bois, porte cette idée de congrès. Cet intellectuel, l'un des premiers Noirs à être diplômé d'Harvard, considéré bien plus tard comme "le père du mouvement de la Négritude", est un ardent militant de l'égalité raciale. Pour cette raison, les Américains ne sont pas favorables à l'idée de le voir partir pour Paris et c'est comme journaliste qu'il s'y rend.
 
Du côté français, le député du Sénégal, Blaise Diagne qui avait aidé le gouvernement à mobiliser des tirailleurs africains pendant la Première guerre mondiale, convainc Clémenceau des avantages qu'il pourrait tirer d'un tel congrès. La France, toujours coloniale, y voit une façon de montrer des signes d'ouverture tout en se battant pour récupérer une partie des colonies allemandes et répondre aux propositions américaines d'autodétermination des peuples.
 
Finalement, ce congrès s'ouvre le 19 février 1919 pour deux jours dans une salle du Grand Hôtel du boulevard des Capucines à Paris. Diagne en est élu président et Du Bois en assure le secrétariat. "Malgré toutes sortes de difficultés, 57 représentants purent arriver au terme de leur voyage venant de 15 contrées (...). On discuta l’adhésion de l’Afrique à la Société des Nations, on discuta les questions générales de la terre, du capital, du travail, de l’éducation, de l’hygiène et en particulier de la situation" faite aux Noirs, raconta un peu plus tard la revue France et Monde de 1921.
 
Une résolution est adoptée. Elle affirme que "les Noirs du monde réunis en un Congrès pan-africain, tenu à Paris, déclarent que dans l’intérêt de la justice et de l’humanité et dans le but d’apporter de nouvelles forces au progrès et à la civilisation", Il convient par tous moyens de favoriser l’évolution de 200 millions de Noirs qui peuplent la planète et qu’à cet effet, tout un ensemble de mesures s’impose immédiatement.
 
Ces résolutions sont plutôt réformistes. Elles affirment notamment l'"établissement d'un code législatif international pour la protection des indigènes d'Afrique, semblable au projet de code international du travail" ou "la garantie de la part des puissances coloniales de nombreux principes de gouvernement relatifs aux indigènes africains : l'accès à la terre, la juste répartition des ressources capitalistes de l'État, l'abolition du travail forcé et des châtiments corporels, l'accès à l'éducation et la participation des Africains au gouvernement de l'Etat".
 
Le Congrès a finalement peu d'effets. Ses résolutions assez timides s'expliquent notamment par le poids du parrainage français, mais le mouvement est parti et ne cessera de se développer. Si les débats sur le panafricanisme sont lancés, ce mouvement n'arrive pas pour autant à empêcher l'invasion du seul Etat indépendant d'Afrique, l'Ethiopie, par l'Italie fasciste. 
 
Finalement, c'est lors de la longue période de la décolonisation que se concrétise le panafricanisme à travers, notamment, les ambitions d'un Kwamé Nkrumah qui déclara : "Le nationalisme africain ne se limite pas seulement à la Côte d’Or, aujourd’hui le Ghana. Dès maintenant, il doit être un nationalisme panafricain." Il faut que l’idéologie d’une conscience politique parmi les Africains, ainsi que leur émancipation, se répandent partout dans le continent. »
 
En avril 1958, il organisa à Accra, capitale du Ghana fraîchement indépendant, la Conférence des Etats Indépendants d'Afrique à laquelle participèrent les huit Etats souverains du continent, les quatre du Maghreb (Maroc, Libye, Egypte et Tunisie) et les quatre d'Afrique subsaharienne (Ghana, Libéria, Ethiopie et Soudan). 
 
Ce combat donna naissance à la constitution de l'Organisation de l'Unité Africaine (OUA, 1963) qui se transforma en Union Africaine en 2002.
 
Celle-ci ne manque pas de rendre hommage dans sa charte  aux "nobles idéaux qui ont guidé les Pères fondateurs de notre Organisation continentale et des générations de panafricanistes dans leur détermination à promouvoir l’unité, la solidarité, la cohésion et la coopération entre les peuples d’Afrique, et entre les Etats africains". (francetvinfo)
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