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Fmi & Banque mondiale : des partenaires, pas de bâtisseurs de nations (Pr Amath NDIAYE)

Dimanche 6 Septembre 2026

Professeur Amath Ndiaye (UCAD)
Professeur Amath Ndiaye (UCAD)

Le FMI et la Banque mondiale jouent des rôles différents mais complémentaires dans l’accompagnement des pays membres. Le FMI intervient principalement pour préserver la stabilité macroéconomique et financière, tandis que la Banque mondiale contribue plus directement au financement du développement.

 

Pour autant, le développement d’un pays n’incombe ni au FMI ni à la Banque mondiale. Il relève d’abord de ses citoyens, de ses entreprises, de ses institutions et de son État. Ces institutions internationales ne font qu’y contribuer, par des financements, souvent concessionnels pour les pays africains, ainsi que par leur expertise technique et leur accompagnement des politiques publiques.

 

Même si le développement et la réduction de la pauvreté figurent explicitement dans le mandat de la Banque mondiale, aucune institution internationale ne peut développer un pays à la place de ses habitants. Les financements extérieurs sont surtout efficaces lorsqu’ils viennent soutenir une stratégie nationale cohérente.

 

Le FMI : d’abord la stabilité macroéconomique 

 

La mission principale du FMI est de veiller à la stabilité du système monétaire international, de surveiller les politiques macroéconomiques de ses membres et d’apporter des financements aux pays confrontés à des difficultés de balance des paiements. Il ne finance donc normalement pas directement une route, un hôpital ou un barrage.

 

Il existe toutefois une exception importante : la Facilité pour la résilience et la durabilité (RSF), créée en 2022. Elle fournit des financements de long terme pour soutenir des réformes liées notamment au changement climatique. Elle reste cependant marginale par rapport au mandat traditionnel du FMI.

 

La RSF ne finance pas directement une centrale solaire ou une digue comme pourrait le faire la Banque mondiale. Elle finance plutôt un programme de réformes climatiques ayant des effets macroéconomiques.

 

Le Sénégal en a bénéficié en 2023 à hauteur d’environ 324 millions de dollars, notamment pour renforcer l’adaptation climatique et intégrer les risques climatiques dans la politique économique. Le Rwanda a également été parmi les premiers bénéficiaires de cette facilité.

 

La Banque mondiale : un appui concret au développement 

 

La Banque mondiale intervient beaucoup plus directement dans le financement des routes, de l’agriculture, de l’eau, de la santé, de l’éducation, de l’énergie ou encore du numérique.

 

Le Sénégal offre un bon exemple avec l’Autoroute de l’Avenir Dakar-Diamniadio. En 2009, la Banque mondiale a approuvé un crédit IDA de 105 millions de dollars pour le projet.

 

Mais elle n’a évidemment pas financé seule l’autoroute. Le projet associait l’État du Sénégal, la Banque mondiale, la Banque africaine de développement, l’Agence française de développement et le partenaire privé.

 

L’intervention de la Banque mondiale portait aussi sur la restructuration urbaine, les mesures sociales et environnementales et le renforcement institutionnel.

 

Cet exemple illustre parfaitement le principe : c’est le Sénégal qui conduit son développement avec l’appui de partenaires extérieurs, et non la Banque mondiale qui développe le Sénégal.

 

Le Rwanda : une utilisation stratégique des financements 

 

Le Rwanda a également utilisé de manière volontariste les ressources concessionnelles de la Banque mondiale dans le cadre de sa propre stratégie nationale.

 

La Banque mondiale a notamment soutenu le développement numérique, l’accès au haut débit, les services publics numériques, la protection sociale, l’éducation, l’agriculture et les infrastructures. À fin juillet 2026, ses engagements cumulés au Rwanda représentaient environ 9,25 milliards de dollars pour 141 projets.

 

La Chine et l’Inde ont elles aussi largement utilisé la Banque mondiale 

 

Recourir à la Banque mondiale ne signifie donc ni dépendance ni absence de souveraineté économique. La Chine et l’Inde, aujourd’hui parmi les principales puissances économiques mondiales, ont largement utilisé les financements et l’expertise de la Banque mondiale au cours de leur développement.

 

À fin juillet 2026, les engagements cumulés de la Banque mondiale représentaient environ 143,6 milliards de dollars pour 719 projets en Inde, et 70,1 milliards de dollars pour 454 projets en Chine.

 

D’autres grandes économies émergentes ont suivi la même voie : le Brésil, avec environ 75,6 milliards de dollars d’engagements, et l’Indonésie, avec près de 73,8 milliards.

 

Ces pays ont utilisé les financements internationaux tout en conservant leur propre stratégie industrielle, économique et sociale.

 

La véritable question 

 

L’enjeu n’est donc pas de savoir s’il faut travailler avec la Banque mondiale ou le FMI. La vraie question est : un pays possède-t-il une stratégie nationale suffisamment forte pour utiliser ces financements au service de ses propres priorités ?

 

Le développement demeure une œuvre nationale. Les institutions internationales peuvent fournir des ressources, de l’expertise et des financements concessionnels. Mais elles ne peuvent remplacer ni la qualité des politiques publiques, ni les entrepreneurs, ni l’administration, ni l’effort d’investissement, ni les citoyens.

 

En résumé, cessons de dire que « personne n’a jamais vu la Banque mondiale ou le FMI développer un pays » : cette affirmation n’a tout simplement pas de sens. Ce n’est pas leur rôle de se substituer aux États et aux citoyens ; leur rôle est d’accompagner, de financer et de soutenir les politiques économiques et de développement.

 

Pr Amath NDIAYE 

FASEG-UCAD

 
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