Connectez-vous

Accord FMI-Sénégal : Restructuration ou non ? (Par Pr Abou Kane)

Samedi 5 Septembre 2026

Le professeur Abou Kane
Le professeur Abou Kane

Le Sénégal et le FMI sont parvenus, le 1er Septembre, à un accord d’un montant de 1 243 milliards de FCFA sur 3 ans. Cet accord soumis à l'approbation du conseil d'administration du FMI est censé restaurer la confiance des investisseurs et aider à rétablir la stabilité macroéconomique et la viabilité de la dette, entre autres. Pour certains c’est une bonne nouvelle, pour d’autres c’est un bras de fer perdu devant le FMI.

 

S’agit-il d’une restructuration ?

 

La restructuration est une renégociation des conditions de remboursement en vue de les rendre plus douces (délais, taux d’intérêt, montants) pour éviter un défaut de paiement. On le fait lorsqu’on sent qu’on est sur une trajectoire inquiétante en matière d’endettement comme c’est le cas au Sénégal.

 

Beaucoup se demandent pourquoi on a peur d’une restructuration. C’est juste parce qu’un pays qui dit officiellement qu’il veut restructurer sa dette reconnaît indirectement qu’il a des difficultés à faire face a ses engagements et peut perdre automatiquement la confiance des investisseurs. 

 

Dans cet accord, le FMI nous laisse le soin de présenter notre propre programme de réformes économiques et financières pour corriger les déséquilibres. 

 

Le Sénégal ira devant le cadre commun du G20 qui est un mécanisme multilatéral de traitement de la dette qui regroupe le club de Paris, les membres du G20.  Tout autre pays créancier du Sénégal peut prendre part aux négociations s’il le souhaite. C’est l’avis du comité des créanciers officiels qui déclenche l'approbation du conseil d'administration du FMI. C’est seulement après cette approbation qu’on va s’entendre sur les véritables réformes permettant d’avoir une trajectoire d’endettement viable.

 

Dans le fond c’est un processus de restructuration qui est enclenché même si ce n’est pas cette terminologie qui est utilisée. Cela se comprend puisque les marchés sont sensibles à ce type d'annonce. La preuve, et malgré tout,  Standard & Poor's a dégradé la note du Sénégal juste 3 jours après; c’est dire que les marchés ont compris une restructuration.

 

Quels sont les défis à relever ?

 

Le premier défi est celui de la communication du gouvernement.Il ne faut pas que l’accord soit perçu comme une capitulation du Sénégal (c’est ce que les agences de notation veulent imposer) mais comme un retour du FMI qui doit ouvrir des portes aux investisseurs qui attendaient son signal depuis 2 ans. 

 

Le deuxième défi est interne. Puisque la situation est préoccupante, le Sénégal a besoin de l’expertise de tous. L’enjeu est de taire les divergences politiques pour exploiter toute la force de proposition des experts du Sénégal pour apporter des ondes positives permettant à notre pays de tirer son épingle du jeu dans le processus de négociation qui s’annonce assez long.

 

Le troisième défi est de s’assurer que les réformes à entreprendre rationalisent la dépense publique sans compromettre le rôle moteur de l’Etat dans l’économie. Les subventions à l’énergie sont, en réalité, des investissements au Sénégal. C'est un levier a utiliser avec prudence car certains ajustements pourraient être économiquement improductifs, socialement désastreux et politiquement suicidaires. Les approches normatives (statistiques) classent souvent des personnes parmi les riches alors qu’elles ne le sont pas eu égard au taux de dépendance (un travailleur prend en charge entre 3 et 4 personnes qui ne travaillent pas) mais aussi au modèle social sénégalais où la famille prime souvent sur le ménage au sens statistique du terme (sens de l’ANSD). 

 

Il faut donc insister sur la décote (réduction du montant de la dette) pour réduire la nécessité de trop toucher aux subventions à l’énergie.

 

Conclusion 

 

La dégradation de la note souveraine du Sénégal par Standard & Poor's intervenue seulement 3 jours après l’annonce devrait nous pousser à savoir que les marchés ont perçu l’accord comme une restructuration. Il nous faut donc l’assumer et y aller en mettant tous les atouts de notre côté; des pays l’ont réussi et le Sénégal peut le réussir aussi.

 

J’ai dit et répété à plusieurs occasions (par écrit et à l'émission point de vue de la RTS en juin 2026) que le meilleur moment pour la restructuration c’était 2024 juste après l’annonce de l'existence d’une dette cachée et qu’il fallait convaincre le FMI qu’il s’agit d’un rebasing de la dette comme on ferait un rebasing du PIB (prendre en compte des activités qui jadis n’étaient pas comptabilisées).

 

La différence entre un plan de traitement de la dette devant le cadre commun du G20 et la restructuration de la dette, c’est la même qui existe entre "le Sénégal" et "le Pays de la Teranga"; vous pouvez ne pas retrouver l’un sur la carte mais si vous vous rendez aux deux endroits vous verrez la même chose.

 

Pr Abou KANE

FASEG/UCAD


Source : Ma revue de presse
 
Nombre de lectures : 141 fois

Nouveau commentaire :












Inscription à la newsletter