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« Crimes contre l’humanité » : Juan Branco met le feu à une présidence marchand d'armes, livre la chaîne de répression à la CPI, décortique le système des ‘’nervis’’

Jeudi 22 Juin 2023

L’avocat franco-espagnol, avec l’aide de 30 avocats, de juristes et d’autres relais installés au Sénégal, a annoncé aujourd’hui la remise à la Cour pénale international (CPI) les dossiers de 112 autorités et hommes de main du régime sénégalais suspectés d’avoir commis des atrocités sur des populations civiles. Il les assimile à des « crimes contre l’humanité », soit des « accusations imprescriptibles ». Les 710 éléments de preuves tirés d’un fonds documentaire de 4500 éléments sont « largement suffisants pour que le bureau du procureur de la CPI ouvre une enquête », dit-il. Dans le lot, outre le président Macky Sall, il y a sa femme Marième Faye Sall, son fils Amadou Sall, et plusieurs cadres de la présidence.


L'avocat Juan Branco en conférence de presse le 22 juin 2023 à Paris (France)
L'avocat Juan Branco en conférence de presse le 22 juin 2023 à Paris (France)

 « Dans quel régime politique qui se veut démocratique une présidence de la république se fait livrer à usage exclusif 7 millions de munitions et quelles sont ses intentions dans la perspective de l’après…? »
 
Juan Branco a été particulièrement calme et solennel dans son face à face avec la presse française et internationale consacré à la présentation des éléments constitutifs de « crimes contre l’humanité » qu’il a déposés devant la Cour pénale internationale à la Haye et en France.
 
Au total, Juan Branco informe avoir livré au bureau du procureur de la Cour pénale internationale un document de 170 pages contenant 710 éléments de preuves diversement composés de documents, vidéos, contrats (dont en armes achetées), témoignages.
 
« La procédure pénale devant la CPI est stricte en ce qui concerne la sélection des éléments. Nous pensons que la base matérielle mise à disposition du Bureau du procureur de la CPI est largement suffisante pour ouvrir une enquête », a souligné Juan Branco.
 
112 personnes ont été identifiées en leurs noms et qualités sur la une longue chaine de commandement/répression en activité entre 2021 et 2023, a-t-il précisé.
 
Selon lui, le président sénégalais « a mis en place un système » composé de forces miliciennes dont les activités sont financées par le gouvernement et par les fonds spéciaux de la présidence sénégalaise. C’est le cœur du système de violence alimenté par « les nervis ».
 
« Macky Sall, sa femme Marième Faye Sall et son fils Amadou Sall sont responsables du recrutement et du financement de ces forces paramilitaires appelées nervis pour la commission de crimes contre l’humanité », a souligné l’avocat français d’Ousmane Sonko et de nombreuses parties civiles.
 
En lieu avec la présidence sénégalaise, d’autres personnes ont été « documentées » par leurs activités consistant à soutenir la répression par le recours « aux milices ». Branco cite le général Meïssa Sellé Ndiaye, aide de camp du président de la république, et le colonel Adama Guèye, gouverneur militaire du palais.
 
Le duo Ndiaye-Guèye « travaille de concert avec les réseaux officieux qui alimentent les nervis présidentiels et contrôle les fonds spéciaux qui permettent le financement d’une grande partie de ceux-ci, mais aussi de contrats d’armement. » D’ailleurs, ajoute-t-il, le colonel Guèye est « au cœur de la commande de 7 millions de munitions réservées à l’usage exclusif de la présidence sénégalaise. »

Selon Juan Branco, il travaille étroitement avec le Belgo-israélien Gaby Peretz qui serait le grand manitou des achats d'armes de la présidence. A ce propos, l'avocat révèle qu'un stock démentiel de 104 tonnes d'armes est stocké en partie sur les terres de l'ancien aéroport international Léopold Sedar Senghor à Yoff, "en dehors de tout contrôle démocratique".

Deux éléments notables sont relevés par Branco : l'activisme du chauffeur présidentiel Abdoulaye Sall alias "Laye Kara" et du "griot" du président de la république Farba Ngom
 
C’est toute la filière logistique et humaine de cette commande d’armes venue de Russie que Juan Branco indique avoir retracée et dont la réception a été l’œuvre « d’un ami très proche de Amadou Sall », le fils de Macky Sall.
 
A ce niveau, le « rôle cardinal » de Thierno Ndom Bâ est cité « dans un certain nombre d’opérations étranges d’achats d’armes. » Ce dernier est l’époux de Mme Aminata Tall, ancienne secrétaire de la présidence et ex présidente du Conseil économique social et environnemental (CESE).
 
Au niveau du cabinet civil de la présidence, le rôle de Mahmoud Saleh est mis en relief en tant qu’« idéologue » de Macky Sall. Le rôle d’Abdoulaye Daouda Diallo est également relevé en tant que directeur de cabinet jusqu’à sa nomination récente à la tête du CESE.
 
Yoro Dia, en charge de la communication du palais, est accusé d’être un des auteurs de la « tentative de légitimation des actes » perpétrés par les forces miliciennes du palais.
 
Ousmane Khouma, conseiller juridique du président Sall « joue un rôle majeur dans la nomination des juges et magistrats » au sein des juridictions sénégalaises. Selon Juan Branco, s’il n’y a eu aucune procédure d’enquête depuis les événements de mars 2021, ce serait en grande partie grâce à lui.   
 
Dans ce qu’il nomme « appareil répressif », l’avocat français identifie deux suspects les plus en vue. 
 
Antoine Diome, le ministre de l’Intérieur. Ancien magistrat ayant joué « un rôle essentiel » dans la déchéance politique et judiciaire de Karim Wade et Khalifa Sall, il porte un rôle essentiel depuis son arrivée à la place Washington « pour perpétuer le régime ».
 
Branco le soupçonne d’avoir « recruté » des cadres de la police particulièrement aptes à mener la répression contre les civils et les militants politiques, comme Seydou Bocar Yague, Masserigne Faye, Ndiaga Diop « et surtout Bara Sangaré », le patron de la Sûreté urbaine « suspecté de tortures » sur beaucoup de personnes passées dans ses services. Deux autres gradés sont cités : Modou Mbacké Diagne et Ibrahima Diop.
 
Moussa Fall, le patron de la gendarmerie depuis juin 2021 après le limogeage du général Jean-Baptiste Tine dans l’affaire « Sweet Beauté ».  Juan Branco lui attribue « un rôle fondamental ». Ses collègues Pape Souleymane Cissé (son chef de cabinet), Cheikh Sarr, Daouda Diop, Oumar Ndoye sont aussi cités dans la chaîne de répression.
 
Juan Branco note avoir perçu « un mouvement de retrait » de certaines autorités avec l’évocation de la Cour pénale internationale. « Une bascule vers les nervis et les réseaux paramilitaires » a pris le relais : la présidence reste le donneur d’ordre, l’exécution revient à l’Alliance pour la république (APR) le parti politique du président Sall.
 
Ici, Branco est très intéressé par le cas de Birame Faye, le ministre auprès du ministre de l’Intérieur chargé de la Sécurité publique.
 
« Son rôle est très important dans l’évolution du rôle des nervis que l’APR a progressivement transformés en milices grâce en particulier à des financements occultes. Sa mission est de légaliser ces réseaux violents auprès de l’autorité qu’est le ministre de l’Intérieur Antoine Diome. Donc il est à la fois ministre et organisateur de la répression.»
 
Dans cette strate, apparaissent les noms des politiciens Doudou Kâ, Pape Malick Ndour, Mame Mbaye Niang, Ibrahima Guèye (jeunesse APR de Saint-Louis), Aliou Dembourou Sow, Ahmed Suzanne Camara, Moustapha Diakhaté, etc.
 
Pour l’avocat Branco, Antoine Diome a peu à peu récupéré la tutelle partagée avec Moussa Fall pour procéder à la centralisation de la prise de décision et pour une meilleure coordination des actions de terrain. (IMPACT.SN)
 
  
 
 
 
 
 
 
 
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