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Covid-19 en France - Le professeur Didier Raoult reçoit un blâme

Samedi 4 Décembre 2021

L’infectiologue a été sanctionné ce vendredi par l’Ordre des médecins pour avoir enfreint le code de déontologie en promouvant l’hydroxychloroquine.
 
Le professeur Didier Raoult a été sanctionné vendredi à Bordeaux d’un «blâme» par la chambre disciplinaire de l’Ordre des médecins pour avoir enfreint le code de déontologie médicale en promouvant l’hydroxychloroquine contre le Covid-19, malgré l’absence d’effet prouvé.
 
La chambre disciplinaire de l’Ordre des médecins de Nouvelle-Aquitaine, où l’audience avait été dépaysée loin de Marseille, n’a pas publié ses motivations, qu’elle réservera aux avocats, pour avoir prononcé cette sanction, la deuxième en importance après le simple avertissement alors que sa décision pouvait aller jusqu’à l’interdiction d’exercer.
 
«On s’attendait» à cette décision car «il était difficile de prononcer une interdiction étant donné que le professeur Raoult n’exerce plus», a expliqué à l’AFP Me Philippe Carlini, avocat de l’Ordre des médecins, qui n’aura les motivations de la chambre qu’en «début de semaine prochaine». Le conseil de l’ordre des Bouches-du-Rhône doit se réunir lundi pour analyser cette sanction.
 
Interrogé par l’AFP, un porte-parole de l’Institut hospitalo-universitaire Méditerranée Infection (IHU), dirigé par le docteur Raoult, n’a pas fait de commentaire.
 
Deux plaintes
 
Depuis fin 2020, l’infectiologue marseillais de 69 ans était visé par deux plaintes déposées par l’Ordre des médecins des Bouches-du-Rhône et le conseil national de l’Ordre des médecins (Cnom).
 
Il lui était reproché d’avoir fait la promotion de l’hydroxychloroquine pour traiter le Covid-19, «sans données scientifiques établies», ce qui s’apparente à du «charlatanisme», avait affirmé la rapporteure de la chambre disciplinaire lors de l’audience le 5 novembre à Bordeaux.
 
Le chercheur était aussi accusé d’avoir pris des «risques inconsidérés» en soignant des patients avec ce traitement «non éprouvé par la science», avait-elle ajouté.
 
Déposées sur la base de plusieurs signalements initialement effectués par la société de pathologie infectieuse de langue française (Spilf), les plaintes accusaient également le Pr Raoult d’avoir enfreint, par sa communication, l’article 56 du code de déontologie, en «manquant à son devoir de confraternité» envers d’autres médecins.
 
«Pas concerné»
 
Présent début novembre devant la chambre par «respect pour cette institution», Didier Raoult, à la retraite depuis le 31 août comme professeur d’université praticien hospitalier, s’était estimé «pas concerné» par d’éventuelles «sanctions».
 
«Ce sont les médecins qui se plaignent de nous, pas les patients», avait-il lancé à l’avocat des plaignants, assurant avoir reçu «plus de 600’000 patients» au sein de l’IHU durant la crise sanitaire, «sans aucune plainte» de leur part. Il avait défendu «la réussite» de son traitement conjuguant hydroxychloroquine et azythromicine pour traiter les malades du Covid-19, malgré l’absence d’effet prouvé aujourd’hui encore.
 
Petite victoire pour le professeur Raoult: le Dr Guillaume Gorincour, que l’infectiologue poursuivait pour «non-confraternité», a été de son côté sanctionné d’un «avertissement» par la chambre disciplinaire de Nouvelle-Aquitaine, composée de huit médecins et présidée par un magistrat administratif.
 
«On s’expose à cela quand on est sur Twitter», a commenté Me Carlini, estimant que cette plainte était surtout «un contre-feu allumé par le professeur Raoult».
 
En plus de cette procédure, le professeur Raoult est visé, avec l’IHU qu’il a créée en 2011, par plusieurs autres enquêtes sur les conditions dans lesquelles l’institut a conduit ses études autour du Covid-19.
 
«Possibles manquements»
 
Ces investigations ont été ouvertes cette année par l’université Aix-Marseille, par les hôpitaux de Marseille (AP-HM) et par l’agence nationale du médicament (ANSM), après un article de «L’Express» sur de «possibles manquements à la réglementation des essais cliniques».
 
L’IHU et son directeur sont également accusés, dans un article de Mediapart, d’avoir mené «une expérimentation sauvage contre la tuberculose». L’ANSM a annoncé «diligenter une inspection» au sein de l’IHU, l’AP-HM a lancé une enquête, tandis que le parquet de Marseille a demandé une «évaluation» des suites judiciaires à donner.
 
Enfin, le 4 novembre, c’est le ministre de la Santé Olivier Véran et sa collègue de l’Enseignement supérieur et de la recherche, Frédérique Vidal, qui ont demandé à l’Inspection générale des affaires sociales et l’Inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche de mener «une mission de contrôle» à l’IHU.
 
Le Pr Raoult ne devrait rester que quelques mois à la tête de cet institut, qui a enclenché depuis une semaine le processus de sélection d’un nouveau directeur. (AFP)
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