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Cordon sanitaire présidentiel autour du frère : Macky, le bouclier d’Aliou

Vendredi 14 Juin 2019

En mobilisant le parquet, la police judiciaire et la gendarmerie nationale pour traquer les éléments objectifs qui commandent qu’Aliou Sall réponde devant la justice des faits de corruption présumés qui lui collent à la peau depuis plusieurs années, Macky Sall ne soutient pas seulement un frère de sang. Il protège peut-être et surtout ses propres arrières dans un dossier brûlant dont il est devenu le premier problème.


Jusqu’où ira le président de la République dans cette obstination rigide à protéger son jeune frère Aliou Sall embrouillé dans les révélations inédites de la BBC sur ses relations d’argent avec le sulfureux Franck Timis ? La comédie judiciaire jouée mercredi par le procureur de la République Serigne Bassirou Guèye a donné une première réponse à la question susmentionnée : il ne donne pas l’impression de vouloir le lâcher. Plus simplement : il n’aurait pas les moyens de le lâcher, pour mille et une raisons que l’histoire se chargera un jour peut-être de clarifier.
 
Pour l’heure, on est en plein délire dans un jeu d’inter-pouvoirs où le chef de l’Etat se voit contraint d’adopter un profil bas, où le directeur général de la Caisse des dépôts et Consignations (CDC), son frère, fait le dos rond, réduit à compter ses soutiens dans la galaxie présidentielle. Visiblement, il n’en aurait pas beaucoup, mais cela pourrait ne pas être dérangeant pour lui.
 
En acceptant d’être le pisteur local du trader Franck Timis afin de lui faciliter l’accès aux hydrocarbures du Sénégal, Aliou Sall a dû obtenir ou arracher de solides appuis dans l’appareil d’Etat sénégalais, au sein du gouvernement, au cœur du palais de la République. Entre les sphères intermédiaires de décision et le bureau présidentiel où la signature des décrets met fin au parcours de la paperasse bureaucratique qui formalise le quotidien de notre pays, il n’aurait pas ménagé ses efforts pour mériter une rémunération mensuelle de 14 millions de francs Cfa durant au moins cinq années, un montant révélé dans l’enquête de la radiotélévision anglaise.
 
En livrant ainsi des blocs d’hydrocarbures au groupe Timis tout en sachant que son frère était son partenaire d’affaires, Macky Sall ne pouvait ignorer la portée de sa signature, la gravité d’un engagement contractuel d’Etat avec une personne considérée comme peu recommandable au niveau international. Il savait ce qu’il faisait car il est un homme du métier, à moins de considérer qu’il n’aurait rien retenu de ses humanités et de ses expériences professionnelles. Les liens du sang ont pris de la place dans la décision, le business également, des intérêts pour le Sénégal aussi. Tout cela, il faut qu’il ait le courage de l’assumer. Ce qui n’est pas gagné d’avance.
 
Liens de sang et business
 
La réalité est têtue : le président Macky Sall, détenteur de la quasi-totalité des pouvoirs d’Etat, s’est transformé en bouclier fast-track pour Aliou Sall. Non seulement il le maintient à la tête de la CDC, mais il mobilise la magistrature du parquet, la police judiciaire et la gendarmerie nationale pour le tirer d’affaire en simulant de manière grotesque les conditions d’une «relaxe» écrite d’avance.
 
Que craint-il ? La chute d’Aliou Sall et son exposition de plus en plus incontournable à une justice indépendante comporteraient-elles des éléments qui lui seraient préjudiciables ? Pourquoi protéger les turpitudes présumées de son frère quand lui Président a l’occasion de démontrer, au moins pour une fois, que la patrie passe bien avant la fratrie dans la théorie de la gouvernance vertueuse qu’il peine à vendre depuis sept ans ?
 
Dans la situation anormale dans laquelle se trouve notre pays, le renvoi instantané d’Aliou Sall de ses fonctions d’Etat aurait été le premier acte de transparence du président Sall. En défiant le bon sens commun, il dévoile une fragilité dangereuse pour le pays et qui, à son niveau de responsabilité, signifierait qu’il n’est pas libre de faire ce qu’il voudrait faire. Ce qui serait inquiétant, pour dire le moins !
 
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1.Posté par Mayday le 15/06/2019 08:02
Les slogans racoleurs à l'épreuve de la réalité.
L'ennemi du mensonge est le temps. Nous y sommes.

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