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Chronique d’Albert : La jeunesse politique perd ses marques

Jeudi 9 Mai 2019

La jeunesse des partis politiques n’a pas  finalement manifesté devant le Parlement au moment du passage du vote de la révision de la constitution sénégalaise. Les responsables de la protestation ont été arrêtés, gardés à vue pendant deux jours. Ils retrouvent la liberté. Le scénario- interdiction, manifestation- arrestations- libération- est récurrent sous la gouvernance du  premier mandat du Président de la République. Le deuxième mandat sera sans nul doute rythmé par des manifestations, des arrestations et l’usage de la force. L’opposition et la jeunesse devraient peut-être  modifier les formes de lutte au cours du deuxième mandat ?
 
 La jeunesse est le moteur des partis et de l’action politique au Sénégal. Un parti sans une jeunesse organisée derrière, ne peut faire face à la majorité du moment contrôlant l’appareil d’Etat, la police, la gendarmerie et l’armée..Depuis l’accession du Sénégal à la souveraineté internationale à la première alternance survenue en mars 2000, la jeunesse en général, singulièrement, les élèves et les étudiants, ont été le fer de lance de la lutte politique.
 
L’histoire du Parti Socialiste, du  Parti Démocratique Sénégalais, des partis se réclamant de la gauche révolutionnaire, témoigne de l’importance de la jeunesse dans le dynamisme des formations politiques et son rôle dans la mobilisation sociale, la protestation contre l’autorité publique nationale et / locale.
 
La jeunesse est  ainsi devenue une force à la fois physique, morale et politique des responsables gouvernants le pays ou aspirant à le gouverner démocratiquement. Généralement, le parti au pouvoir qui perd la jeunesse, perd le pouvoir. Inversement, un parti qui gagne la confiance de la jeunesse, finit toujours par exercer le pouvoir.  La demande sociale a eu raison du pouvoir socialiste et du pouvoir libéral dans des contextes quasi identiques- protestations, marches et sanction électorale massive des jeunes.
 
La jeunesse a joué une fonction  déterminante  dans la chute de ces deux pouvoirs exercés par des formations historiques implantées sur l’ensemble du territoire et contrôlant tous les leviers politiques et sécuritaires. La jeunesse a mené la bataille de la rue, la résistance dans les quartiers, la protestation, la marche pacifique. Les jeunes sénégalais ont réussi à faire changer des régimes politiques relativement puissants et influents à un moment donné de l’histoire du Sénégal. L’ancien Président de la République, Abdou  Diouf a eu sa jeunesse mal saine. L’ancien Président de la République, Abdoulaye Wade, aura sa jeunesse révoltée.
 
La seconde alternance placée sous le signe du gouverner ensemble entame le deuxième mandat présidentiel. La jeunesse des partis de l’opposition a mené diverses luttes et des manifestations. Les jeunes du Parti Démocratique Sénégalais, du mouvement des Karimistes et les militants de la coalition de l’ancien maire de Dakar, Khalifa Ababacar Sall, ont été certainement, les plus remarqués sur le terrain de la lutte politique contre le régime en place. Beaucoup de ces jeunes et responsables ont séjourné en prison.
 
 Force est de relever que la jeunesse des partis se réclamant de l’opposition au régime du Président de la République, Macky Sall n’a pas réellement su mobiliser les jeunes et les populations. La dernière manifestation de la jeunesse des partis de l’opposition et du mouvement citoyen s’inscrit d’ailleurs dans cette logique des échecs récurrents des marches pacifiques de l’opposition et de sa jeunesse.
 
La stratégie de l’opposition se heurte en réalité à un mur infranchissable. Toutes les manifestations interdites des adversaires du régime ont connu un sort identique. Répression, arrestations, emprisonnements. Puis un éternel recommencement. Ne faudrait-il pas dès lors revoir cette forme de lutte contre le pouvoir étatique?
 
 L’opposition n’a gagné aucune bataille politique majeure  par la rue depuis plus de 7 ans. La lutte politique est complexe. Elle associe des moments favorables et des périodes non favorables. On parle à juste raison de période de flux et de reflux. Les acteurs politiques doivent tenir compte de chacun de ces contextes et des enjeux. Le choix d’une forme de lutte (marche, grève de la faim, colloque) dépend de son contexte, du rapport de forces et de l’état de l’opinion et de l’adversaire. Ce n’est point simple. La politique est aussi, cet art à  apprendre à lire, à prévoir et à engager au bon moment la bonne action susceptible de mener à la victoire. La défaite prépare toujours la prochaine victoire.
Mamadou Sy Albert
 
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