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Affrontements à Khartoum - Des soldats américains débarquent en renfort au Soudan

Jeudi 20 Avril 2023


Explosions et tirs ont continué jeudi à secouer la capitale de ce pays d’Afrique, au sixième jour des combats meurtriers.

Les États-Unis dépêchent des militaires dans la région du Soudan pour faciliter une éventuelle évacuation du personnel de leur ambassade, dans le contexte des combats entre l’armée soudanaise et les paramilitaires à Khartoum, a annoncé jeudi le Pentagone.
 
«Nous envoyons des forces supplémentaires dans la région pour sécuriser et faciliter l’éventuel départ du Soudan du personnel américain de l’ambassade, au cas où les circonstances l’imposeraient», a indiqué un communiqué du Pentagone, qui ne précise pas le pays ni le nombre de soldats impliqués.
 
Le secrétaire général de l’ONU a appelé jeudi à un cessez-le-feu d’«au moins trois jours» au Soudan à l’occasion des célébrations de l’Aïd-el-Fitr, qui marquent la fin du mois de jeûne musulman du ramadan.
 
«C’est un moment important du calendrier musulman. Je pense que c’est le bon moment pour qu’un cessez-le-feu puisse tenir (…) Nous sommes en contact avec les parties, nous pensons que c’est possible», a-t-il déclaré à la presse après une réunion virtuelle avec les responsables de l’Union africaine, de la Ligue arabe et d’autres organisations régionales.
 
Aucun répit
 
L’armée soudanaise et les paramilitaires se mènent la guerre, menée par deux généraux rivaux, depuis déjà six jours. Aucun répit à l’approche des festivités marquant la fin du ramadan n’est entrevu.
 
Pour sa première réaction en six jours de combats, le général Abdel Fattah al-Burhane, chef de l’armée, a affirmé à Al-Jazeera qu’il n’y aurait pas «de discussions politiques» ni pourparlers «directs» avec son rival Mohamed Hamdane Daglo, dit «Hemedti», à la tête des redoutés paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR).
 
Dans un entretien téléphonique à la chaîne basée au Qatar, il a prévenu le général Daglo: soit il cesse de «vouloir contrôler le pays», soit il se fera «écraser militairement».
 
Cette mise en garde survient alors que, depuis le 15 avril, les affrontements entre les deux camps, principalement dans la capitale et la région du Darfour (ouest), ont déjà fait «plus de 330 morts et 3200 blessés», selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
 
À Khartoum, «l’odeur de la mort et des cadavres règne dans certains quartiers du centre», témoigne un habitant en route vers un quartier plus calme.
 
Dans cette ville de plus de cinq millions d’habitants, de nombreuses familles ont épuisé leurs dernières victuailles et n’ont plus d’électricité ni eau courante. Certaines se pressent sur les routes pour fuir les raids aériens et les combats de rue.
 
Balles perdues
 
«À 4 h 30 du matin, on a été réveillés par les bruits des raids aériens. On a fermé toutes les portes et les fenêtres parce qu’on a peur d'«une balle perdue», raconte à l’AFP un autre habitant de Khartoum, Nazek Abdallah, 38 ans.
 
À quelques dizaines de kilomètres de là, la vie suit son cours et des maisons s’ouvrent pour accueillir les déplacés. Traumatisés, ils ont roulé ou marché des heures durant.
 
Pour se mettre à l’abri, ils ont dû subir les questions ou les fouilles des hommes postés aux check-points des FSR du général Daglo et de l’armée du général Burhane, chef de facto du Soudan depuis le putsch mené par les deux hommes en 2021.
 
Surtout, ils ont dû progresser au milieu des cadavres qui jonchent les bords de route et éviter les zones les plus dangereuses, repérables aux colonnes de fumée noire qui s’en échappent.
Depuis que la lutte de pouvoir, latente depuis des semaines entre les deux généraux, s’est transformée en bataille rangée le 15 avril, et alors que les trêves annoncées par les deux camps ne sont jamais tenues, les civils ont aussi fui en nombre à l’étranger.
 
Entre 10 000 à 20 000 personnes, dont une majorité de femmes et d’enfants, ont ainsi trouvé refuge au Tchad voisin, selon les équipes du Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR) présentes à la frontière.
 
Comme à Khartoum, les combats font rage au Darfour, et des explosions ont retenti jeudi à El-Obeid, à 350 kilomètres au sud de la capitale.
 
Les patrons de l’ONU, de l’Union africaine, de la Ligue arabe et d’autres organisations régionales doivent se réunir jeudi pour réclamer une nouvelle fois un cessez-le-feu, alors que les musulmans s’apprêtent à fêter, vendredi ou samedi, l’Aïd-el-Fitr, la fin du ramadan.
 
Mais Tagrid Abdine, une architecte de 49 ans à Khartoum, n’est «pas optimiste à propos du cessez-le-feu». «Ça fait trois ou quatre fois que c’est annoncé, mais les deux camps ne l’ont jamais respecté», dit-elle.
 
Des deux côtés, pleuvent les annonces de victoire et les accusations mutuelles, impossibles à vérifier sur le terrain tant le danger est permanent.
 
L’armée de l’air, qui vise les bases et les positions des FSR disséminées dans les zones habitées, n’hésite pas à larguer des bombes, parfois au-dessus d’hôpitaux, ont témoigné des médecins.
 
Enfants dans des écoles
 
En cinq jours, «70% des 74 hôpitaux de Khartoum et des zones touchées par les combats ont été mis hors d’usage», selon leur syndicat: bombardés, ils n’ont plus aucun stock pour opérer ou bien des combattants en ont pris le contrôle, chassant médecins et blessés.
 
Dans la capitale, «des enfants sont à l’abri dans des écoles et des garderies tandis que les combats font rage autour d’eux et des hôpitaux pour enfant ont été forcés d’évacuer, les frappes aériennes se rapprochant», affirme de son côté l’Unicef.
 
Les organisations humanitaires ont pour la plupart été forcées de suspendre leur aide, cruciale dans un pays où plus d’un habitant sur trois souffre de la faim en temps normal.
Trois employés du Programme alimentaire mondial (PAM) ont notamment été tués au Darfour au début des combats.
 
Au milieu du chaos général, l’Égypte est parvenue, via une médiation des Émirats arabes unis, à évacuer «177 de ses soldats» stationnés sur une base aérienne du nord du Soudan, selon les deux pays.
 
Mais 27 autres, capturés par les paramilitaires puis remis à la Croix-Rouge, attendent toujours de quitter le pays à l’ambassade à Khartoum, selon l’armée égyptienne. (AFP)
 
 
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