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Accord sur le nucléaire iranien : "Aucune action efficace de l'UE" (Téhéran)

Mercredi 9 Janvier 2019

L'Iran affronte depuis quelques mois, de nombreux défis dont le retrait des Etats-Unis de l'accord de Vienne sur le nucléaire iranien et des problèmes économiques. Le pays pose ses conditions à son maintien dans l'accord, notamment en appelant les signataires européens à satisfaire ses exigences en matière d'économie.
 
Dans cette interview, notre correspondant à Téhéran, Javad Montazeri évoque ce contexte avec le Premier vice-président de la République islamique d'Iran, Es'haq Djahanguiri, mais il l'interroge aussi sur d'autres événements comme les manifestations récentes en Iran en lui demandant si elles ont d'après lui, une ressemblance avec le mouvement des Gilets jaunes en France.
 
Javad Montazeri (Euronews)
 
"Où en est-on de l'accord sur le nucléaire ? Il semble que les Iraniens en aient assez d'entendre toujours les mêmes arguments à son sujet. Que répondez-vous à ceux qui critiquent ce texte ? Que dites-vous pour le défendre ?"
 
Es'haq Djahanguiri (Premier vice-président de la République islamique d'Iran)
 
"Cet accord a été l'une des mesures les plus importantes adoptées par la République islamique d'Iran. Il a été conclu pour lever des allégations sur lesquelles on s'est appuyé pour imposer des pressions à notre pays et à sa population. Que ce soit pendant les négociations ou bien aujourd'hui, nous avons toujours essayé de présenter les choses de manière honnête à nos concitoyens.
Malheureusement, les sanctions américaines ont été réinstaurées de façon encore plus préoccupante suite à la décision unilatérale de Washington de se désengager de l'accord.
 
Dans cette nouvelle série de sanctions, les Etats-Unis ont employé tous les moyens à leur disposition notamment en usant de leur pouvoir de séduction et en menaçant d'autres pays et des entreprises pour les empêcher de travailler avec la République islamique d'Iran.
 
En réaction, nous avons adopté des mesures dans un certain nombre de domaines. Nous avons par exemple, affirmé que tant que les autres signataires de l'accord respectent leur part du marché et en particulier, tant que l'Union européenne prend des mesures concrètes de ce point de vue, nous souhaitons son maintien et nous continuerons d'agir pour le préserver."
 
Javad Montazeri
 
"Je voudrais parler de trois membres de l'Union européenne en particulier : l'Allemagne, la France et le Royaume-Uni. Qu'ont fait ces pays pour préserver l'accord sur le nucléaire ?"
 
Es'haq Djahanguiri 
 
"Les trois pays que vous évoquez font partie des pays qui étaient d'accord pour respecter leurs engagements et obligations dans le cadre de l'accord si l'Iran tenait ses promesses. On attend de ces pays, mais aussi de la Russie et de la Chine qui sont les autres signataires de l'accord, qu'ils remplissent tous leurs engagements.
 
Jusqu'à présent, l'Union européenne en général et ces trois pays que sont l'Allemagne, la France et le Royaume-Uni se sont comportés comme il le fallait et en temps opportun, au niveau politique, en prenant des positions diplomatiques que nous avons jugées satisfaisantes. Pour autant, en termes de mesures pratiques, concrètes, ces trois pays n'en ont pris aucune qui nous permette de nous appuyer sur cet accord pour servir les intérêts de notre population et de notre économie.
 
Je crois que c'est l'un des tests les plus décisifs pour l'Union européenne depuis la Seconde Guerre mondiale. L'Union peut-elle prendre des décisions en étant indépendante du gouvernement américain, en particulier quand c'est une administration comme celle de Donald Trump qui est en fonction ? Les Européens sont-ils capables de défendre leurs propres intérêts et leurs engagements internationaux ?
 
En réalité, il n'y a eu aucune action efficace de la part de l'Union européenne [pour préserver l'accord]."
 
Javad Montazeri
 
"Pensez-vous que l'Union européenne a la volonté nécessaire ou plutôt, la capacité de s'opposer à Donald Trump ?"
 
Es'haq Djahanguiri
 
"Nous supposions que l'Union européenne avait la capacité de le faire. Dans la théorie et dans les positions qui ont été prises, ses membres ont fait de bonnes choses. Mais, dans la pratique, la structure financière de l'Union et en particulier, son système bancaire ont montré qu'elle n'est pas capable de se présenter en tant que décideur indépendant et en tant qu'entité puissante pour pouvoir préserver les résultats qu'elle a atteints et remplir ses engagements. Pour autant, nous gardons l'espoir que les Européens respecteront leurs obligations."
 
Javad Montazeri 

"Quelle est votre ligne rouge ?"
 
Es'haq Djahanguiri 
 
"À chaque fois que nous devons prendre une décision au plan international, nous tenons compte des coûts engendrés pour notre pays et de nos intérêts nationaux.
 
Quand les avantages dépassent les coûts, nous nous tenons à nos décisions. Bien que nous ayons été largement déçus du manque de capacité de l'Union européenne à prendre une mesure concrète, nous pouvons encore espérer qu'elle puisse faire quelque chose pour que nous puissions récolter les fruits de cet accord sur le nucléaire.
 
Au plan intérieur, le gouvernement a subi des pressions importantes de la part de ceux qui pendant tout ce temps, ont estimé que l'Union ne respecterait pas ses engagements et qu'il ne fallait pas lui faire confiance.
 
Il est vrai que cette pression s'est faite de plus en plus forte dès lors que l'Union européenne a échoué à remplir ses engagements.
 
Pour autant, nous croyons que l'accord doit être préservé tant que les intérêts de la population iranienne l'exigent."
 
"Nous ne prendrons aucun engagement en dehors de l'accord"
 
Javad Montazeri 
 
"Le gouvernement iranien envisage-t-il comme option de prendre de son propre chef, d'autres mesures en contrepartie du respect par l'Union européenne de ses promesses ? Je veux parler d'engagements en dehors du cadre de l'accord sur le nucléaire."
 
Es'haq Djahanguiri 
 
"Non, nous ne prendrons aucun engagement en dehors de l'accord. Aujourd'hui, cet accord nous sert de cadre et il prévoit que toutes les parties qui l'ont négocié et signé respectent leur part du contrat."
 
Javad Montazeri 
 
"Les élections européennes doivent se tenir en mai et il est possible que Mme Mogherini et son équipe quittent leur poste après ce scrutin en cas de changement de majorité au Parlement européen. Comment voyez-vous l'avenir des relations entre Téhéran et Bruxelles en cas de départ de Mme Mogherini ?"
 
Es'haq Djahanguiri 
 
"Les gouvernements vont et viennent. Les engagements pris par des personnalités comme Mme Mogherini qui représente l'ensemble de l'Union européenne ne sont pas pris au niveau individuel. Ce sont des engagements pris par une entité appelée l'Union européenne au même titre que l'Allemagne, la France et le Royaume-Uni. Qui est en fonction et qui détient le pouvoir, ce n'est pas le plus déterminant. Nous attendons de l'Union européenne qu'elle remplisse toutes ses obligations en vertu de l'accord sur le nucléaire quels que soient les changements qui pourraient survenir."
 
Javad Montazeri 
 
"L'hypothèse de l'ouverture d'un bureau de l'Union européenne à Téhéran reste d'actualité. Quelles sont les dernières informations à ce sujet ?"
 
Es'haq Djahanguiri 
 
"Le ministère des Affaires étrangères de la République islamique d'Iran suit cette question. J'espère que le ministère et l'Union européenne pourront arriver à un arrangement le plus tôt possible."
 
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