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Restauration des terres : des jeunes entrepreneurs veulent en faire un moteur d’emploi

Mardi 25 Août 2026

Daniel Halman, de l'entreprise Féro, plante un jeune arbre au Sénégal. À Kholpa, l'entreprise collabore avec une coopérative de 50 agricultrices sur un projet associant 15 serres à un hectare d'agroforesterie, afin de soutenir les revenus tout en restaurant des terres dégradées. (Photo : ONU Info)
Daniel Halman, de l'entreprise Féro, plante un jeune arbre au Sénégal. À Kholpa, l'entreprise collabore avec une coopérative de 50 agricultrices sur un projet associant 15 serres à un hectare d'agroforesterie, afin de soutenir les revenus tout en restaurant des terres dégradées. (Photo : ONU Info)

Valorisation des déchets agricoles, serres à haut rendement, agriculture de précision ou encore capteurs alimentés par l’intelligence artificielle : ces jeunes entrepreneurs développent des modèles qui cherchent à concilier restauration des sols, productivité agricole et création de revenus, avec le soutien d’une initiative soutenue par les Nations Unies.

 

Au Sénégal, Daniel Halman mise sur une idée simple : produire davantage sur une surface réduite pour libérer une partie des terres agricoles au profit de la restauration.

 

Son entreprise, Féro, associe des serres à haut rendement à des systèmes agroforestiers. Les cultures sous serre génèrent des revenus à court terme, tandis que des arbres fruitiers et des espèces indigènes sont plantés ailleurs sur les exploitations.

 

« On peut bien sûr choisir d’agir dans le cadre d’une ONG, mais j’ai délibérément choisi de poursuivre cette démarche en tant qu’entreprise », a-t-il déclaré lors d’un événement à Oulan-Bator, en Mongolie, à l’occasion de la 17e Conférence des Parties à la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification.

 

Le principal défi était le temps : les arbres peuvent mettre des années à produire des bénéfices, alors qu’une entreprise doit générer des revenus bien plus rapidement. Féro mise donc sur des cultures sous serre dont les récoltes peuvent être vendues rapidement.

« Au Sénégal, les gens raffolent des oignons ; nous avons donc vu là une excellente opportunité », explique M. Halman.

 

Produire mieux pour restaurer davantage

 

Au Nigéria, Ritkatmun Bwemana, cofondatrice de Green Eden Farms, est partie de son expérience de petite agricultrice pour développer des solutions permettant de produire davantage sur des sols de moins en moins fertiles.

 

Son entreprise a mis au point ScareGrow, un système d’agriculture de précision fonctionnant à l’énergie solaire. Il aide les agriculteurs à déterminer la quantité d’eau et d’intrants réellement nécessaire, afin d’éviter les gaspillages.

 

« Nous voulons savoir s’ils économisent réellement de l’eau, utilisent moins d’intrants et emploient les ressources au bon moment et aux bons endroits », souligne-t-elle.

 

Pour Mme Bwemana, la restauration ne pourra prendre de l’ampleur que si elle apporte un bénéfice concret aux agriculteurs.

« Si vous allez voir un agriculteur pour lui dire "C’est de la restauration des terres", mais que cela n’a pas de sens économique pour lui, il n’adhérera pas au projet. »

 

Transformer les déchets en solution

 

En Équateur, Carlos Alfredo González Vargas a trouvé une autre voie. Son entreprise Pacchar transforme des résidus forestiers et agricoles, souvent brûlés ou abandonnés, en biochar, un matériau riche en carbone réintroduit dans les sols.

 

Grâce à sa structure poreuse, le biochar peut contribuer à retenir l’eau et les nutriments, réduire les besoins en engrais et stocker du carbone sur de longues périodes.

 

Fondée en 2021, Pacchar travaille aujourd’hui avec des producteurs de cacao, de bananes, de roses et de légumes. L’entreprise affirme avoir collaboré avec plus de 100 communautés agricoles et contribué à la restauration de plus de 500 hectares.

 

« Cela me fendait le cœur de voir des terres agricoles productives et des écosystèmes se transformer en déserts », raconte M. González. « Cela a créé chez moi un véritable sentiment d’urgence de lancer l’entreprise, car la restauration des terres ne peut pas attendre. »

 

Mais convaincre les agriculteurs nécessitait des preuves indépendantes. Pacchar s’est donc associée à des universités et à des instituts de recherche pour tester ses résultats sur différents sols et cultures.

 

« Les innovations doivent aller de pair avec la recherche pour que nous puissions bâtir notre crédibilité », estime-t-il.

 

Quand l’intelligence artificielle aide les agriculteurs

 

Au Bangladesh, Mashrur H. Shurid cherche, lui aussi, à transformer la technologie en outil de restauration et de résilience.

 

Son entreprise Aunkur, créée en 2021, combine des données sur les sols, la météo et les exploitations pour aider les petits agriculteurs à déterminer quoi planter, quand le faire et comment adapter leurs pratiques aux conditions changeantes.

 

Le système soutient aujourd’hui plus de 33.000 exploitations au Bangladesh et fait l’objet de projets pilotes dans d’autres pays.

 

Pour les agriculteurs, toutefois, les données ne valent que si elles débouchent sur des décisions concrètes.

 

« Voici la semence que vous devriez choisir, voici l’engrais que vous devriez utiliser et voici le dosage à appliquer », explique M. Shurid.

 

Une fois ces informations jugées fiables, Aunkur peut également mettre les producteurs en relation avec des acheteurs et des institutions financières. Les données permettent alors de mieux évaluer les exploitations et peuvent faciliter leur accès au financement.

 

Vers une économie de la restauration

 

Les quatre entrepreneurs participent au Youth Ecopreneur Programme (YECO), une initiative du Centre du commerce international et de la G20 Global Land Initiative de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification. Le programme accompagne de jeunes entrepreneurs dans le développement de modèles économiques durables et leur préparation à l’investissement.

 

Lors de sa dernière édition, YECO a soutenu 225 entrepreneurs dans le monde, dont 25 ont bénéficié d’un accompagnement avancé portant notamment sur les modèles économiques, la propriété intellectuelle et la préparation à l’investissement.

 

L’ambition est plus large : faire émerger une véritable « économie de la restauration », dans laquelle restaurer les terres devient une activité économiquement viable plutôt qu’une action dépendant durablement de financements publics ou de dons.

 

« Nous avons besoin de solutions émanant des communautés et capables de dynamiser les marchés, afin de rendre le changement et la restauration durables », explique Fabiola Nava, de la G20 Global Land Initiative.

 

Pour ces jeunes entrepreneurs, l’enjeu est désormais de changer d’échelle. Car si leurs modèles parviennent à conjuguer rentabilité, emplois et restauration des écosystèmes, restaurer les terres pourrait ne plus être seulement une nécessité environnementale, mais devenir un véritable secteur économique. [ONU Info]

 

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