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Assemblée nationale - L’étau Diomaye sur la machine Sonko

Mardi 18 Août 2026

Une séance de l'Assemblée nationale du Sénégal
Une séance de l'Assemblée nationale du Sénégal

L’implosion du duo Diomaye-Sonko fait un bien fou au système démocratique sénégalais. De la Haute politique est déroulée sous nos yeux entre Pastef, replié sur son bastion de l’Assemblée nationale, et le Palais de la République fort d’une puissance institutionnelle quasi structurelle dans tous les démembrements de l’Etat. Et tant que les prérogatives des uns et des autres sont respectées, il n’en sortira rien de dangereux pour notre pays si les garants du bon fonctionnement des institutions (que ne sont heureusement ni le Parlement ni la Présidence de la République) font leur travail en âme et conscience. Depuis plus de 18 mois, les cris d’orfraie sur une crise institutionnelle font choux blanc. Le vote de la loi sur la déclaration de patrimoine et sa publicité apparait ainsi comme le résultat probant d’un compromis politique bienvenu quoique forcé devant une opinion très exigeante.

 

La suite s’annonce tout aussi musclée. Le ministre de la Justice, Moussa Sarr, a annoncé l’organisation d’un referendum visant à intégrer ces déclarations de patrimoine du PR, du PAN et du PM (entrées et sorties de fonction) dans un package de réformes plus large qui comprendrait les réformes politiques consensuelles issues des Assises initiées par le Président Faye. 

 

A ce niveau également, se joue une bataille politique de prestige. Pastef peut revendiquer le vote de cette loi en tant qu’avancée majeure dans la politique de transparence publique et la mettre dans son escarcelle des engagements électoraux tenus. En face, le camp présidentiel est en situation de pouvoir récupérer « la mise ». Par son amendement, il s’est invité dans un processus législatif auquel il n’était pas convié ou qu’il ne souhaitait pas intégrer. Une grosse couleuvre que Pastef a dû avaler pour sauver un texte et un acquis que le vote bloqué était en mesure de réduire à néant.  

 

Ce schéma des rapports de force risque de s’imposer durant ce qu’il reste de cette 15e législature dont certains prophétisent la fin en décembre 2026. Non représenté dans l’hémicycle, le Président Bassirou Diomaye Faye n’entend laisser aucune marge de manoeuvre à son rival Ousmane Sonko, patron d’une majorité monocolore. Les jeux semblent faits dans un scénario déjà écrit : les initiatives parlementaires de Pastef seront soit diluées par les amendements du gouvernement, soit neutralisées par le droit de véto de l’Exécutif. La voie a déjà été tracée par l’invalidation, le 9 juillet 2026, de la loi de révision constitutionnelle votée par Pastef, après un recours présidentiel. 

 

 

Pour Diomaye et Sonko, l’enjeu est crucial à un peu plus de deux ans de la fin du mandat présidentiel. Fondateur d’un parti politique où tout reste à bâtir, le Président Faye est dans la posture du sprinter contraint de rattraper le temps perdu et de mettre en place un appareil politique digne de soutenir sa candidature éventuelle en 2029. C’est pourquoi il s’échine à appliquer la vieille méthode macroniste du « en même temps » : verrouiller les leviers institutionnels à son avantage tout en construisant la base politique de son mouvement. 

 

La « récupération » de la loi sur la déclaration de patrimoine et sa dilution dans un prochain rendez-vous référendaire marquent l’entame d’une ligne dure du Palais envers l’Assemblée nationale. Comme Abdoulaye Wade et Macky Sall en leur temps, Bassirou Diomaye Faye entend, à travers le peuple, se débarrasser du titre de « Président légal » dont certains l’ont affublé.   

 
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