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Média militaire américain - Le rédacteur du journal Stars and Stripes licencié par le Pentagone

Samedi 22 Août 2026

Le Pentagone a licencié une journaliste ainsi que le rédacteur en chef du Stars and Stripes, un média militaire américain, qui jouit depuis longtemps d’une indépendance éditoriale.  

 

Ils se sont fait montrer la porte après s’être publiquement élevés contre toute ingérence du département de la Défense. Il s’agit de la dernière mesure en date prise par une administration qui se montre de plus en plus agressive envers les médias.

 

L’éditeur du journal, qui avait annoncé son départ à la retraite imminent il y a quelques jours, a également été licencié.

 

Erik Slavin, rédacteur en chef de ce journal financé en partie par le Pentagone, a déclaré à l’Associated Press qu’il avait été licencié pour insubordination après une entrevue dans laquelle il s’était opposé à une éventuelle censure de la part de l’armée américaine. Il a reçu un avis de licenciement, tout comme l’éditeur Max Lederer – qui venait d’annoncer son départ à la retraite – et la journaliste spécialisée au Moyen-Orient, Lara Korte, a précisé M. Slavin.

 

Ces mesures interviennent à un moment où l’administration Trump, dans le cadre de son second mandat, se montre de plus en plus combative envers les médias – notamment en restreignant fortement l’accès au Pentagone pour les journalistes couvrant le département de la Défense. Donald Trump ou d’autres instances de l’exécutif se sont également opposés, tant sur le plan politique que devant les tribunaux, au Wall Street Journal, à l’Associated Press et au New York Times – en plus de recourir à la FCC pour cibler les chaînes de télévision.

 

M. Slavin a déclaré avoir été licencié « pour avoir affirmé, lors d’une entrevue accordée à CBS, qu’une censure hypothétique de l’information destinée aux militaires constituerait une ligne rouge ». Mme Korte avait participé à cette même entrevue.

 

« Je reste attaché au principe selon lequel Stars and Stripes doit conserver son indépendance éditoriale, comme l’exigent la loi et les propres politiques du département », a dit M. Slavin.

 

Les responsables des médias s’inquiètent

 

Le président du National Press Club, Mark Schoeff Jr., a qualifié le licenciement de M. Slavin de « nouvelle tentative effrontée du Pentagone de dicter la couverture médiatique de l’armée » et a déclaré qu’il devait être immédiatement annulé.

 

« Licencier un rédacteur en chef de journal après qu’il a publiquement défendu l’indépendance éditoriale de sa rédaction est profondément troublant, et cela devrait préoccuper chaque journaliste et chaque membre de l’armée américaine qui dépend d’une couverture médiatique indépendante », a soutenu M. Schoeff.

 

Ni M. Lederer ni Mme Korte n’ont immédiatement répondu aux demandes de commentaires envoyées par courriel.  

 

Mme Korte a écrit sur X : « Aujourd’hui, j’ai été informé que le département de la Défense me licenciait pour insubordination après avoir déclaré à un journaliste de CBS que je travaillais pour Stars and Stripes – et non pour le Pentagone, ni pour l’administration, ni pour aucun décideur politique. »

 

Plus tôt cette semaine, M. Lederer, éditeur de longue date, a annoncé son départ à la retraite à compter de fin septembre. Il a fait cette annonce quelques semaines après que le Pentagone eut nommé, à son insu, un nouveau rédacteur en chef adjoint – un militaire en service actif – sous ses ordres au sein du journal. Jeudi, trois sénateurs démocrates ont écrit au secrétaire à la Défense Pete Hegseth pour lui demander pourquoi ce nouveau rédacteur en chef adjoint – le capitaine de vaisseau William Urban – avait été nommé.

 

Le départ à la retraite de M. Lederer, qui travaillait au Stars and Stripes depuis trois décennies et en était l’éditeur depuis 2007, intervient alors que le Pentagone de M. Hegseth a pris des mesures pour exercer un contrôle éditorial et éliminer ce qu’il qualifie de « distractions woke ».

 

« Stars and Stripes sera entièrement adapté à nos combattants, a écrit en janvier sur X Sean Parnell, porte-parole de M. Hegseth. Il se concentrera sur les opérations de combat, les systèmes d’armement, la condition physique, la létalité, la capacité de survie et tout ce qui concerne l’armée. Finies les rubriques de potins de Washington détournées de leur objectif initial ; finies les reprises de l’Associated Press. »

 

En avril, le Pentagone a licencié Jacqueline Smith, médiatrice du journal, dont la mission était de garantir l’indépendance éditoriale.

 

M. Lederer, deuxième civil à occuper ce poste à temps plein, a écrit cette semaine dans une note interne adressée au personnel qu’il était « devenu évident que ma philosophie de direction, ainsi que ma conception de la valeur et de la mission du Stars and Stripes, différaient fondamentalement de l’orientation que la direction du ministère de la Défense souhaite donner à l’organisation ».

 

Le nouveau responsable du Pentagone expose son plan

 

Dans une lettre publiée sur le site de Stars and Stripes, M. Urban a exposé ses projets et déclaré : « Je comprends que je fais désormais partie d’une équipe engagée en faveur d’un journalisme éditorialement indépendant qui serve au mieux notre client le plus important, à savoir nos militaires, leurs familles et l’ensemble de notre communauté militaire. »

 

« Je suis un passionné des médias qui a exercé pendant plus de 20 ans en tant que professionnel de la communication, notamment en tant que porte-parole pour certaines des missions les plus difficiles en matière d’affaires publiques au sein de la Marine et du ministère de la Guerre », a-t-il écrit.

 

On ignore si M. Urban, qui porte actuellement le titre d’« adjoint militaire de l’éditeur », deviendra désormais éditeur en chef. « Je ne peux pas m’exprimer sur ce que sera mon rôle à l’avenir », a-t-il indiqué à l’AP.

 

Lors d’une entrevue téléphonique, M. Urban a déclaré que Stars and Stripes disposait « d’une solide équipe de journalistes professionnels qui se consacrent à la mission consistant à offrir à nos militaires et à leurs familles le meilleur produit possible. Cette mission va se poursuivre. Nous tous, à la direction, continuerons à œuvrer pour […] le meilleur journalisme possible à l’avenir. »

 

Il a précisé qu’il n’avait aucune expérience formelle dans le journalisme, mais a mis en avant ses années passées dans les affaires publiques et la communication. Il a indiqué qu’il s’attacherait à développer le journalisme numérique au sein du journal, car les militaires auxquels celui-ci s’adresse sont souvent jeunes et font partie de la « génération numérique ».

 

« Je pense que nous devons nous améliorer sur le plan numérique, a-t-il dit. Afin de nous assurer que nous touchons le plus grand nombre possible de militaires et que nous avons l’impact que nous devrions avoir. » [Associated Press]

 

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