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Mali, Migrations, Tchad, aide au développement : les confidences africaines d’Emmanuel Macron

Dimanche 30 Mai 2021

Emmanuel Macron avec des soldats français de la force Barkhane au Mali
Emmanuel Macron avec des soldats français de la force Barkhane au Mali
MALI : «l’islamisme radical avec nos soldats sur place ? Jamais de la vie.»
 
« (Aux chefs d’Etat ouest-africains, Je leur ai passé le message que je ne resterais pas aux côtés d’un pays où il n’y a plus de légitimité démocratique ni de transition (…)Au président malien Bah N’Daw, qui était très rigoureux sur l’étanchéité entre le pouvoir et les djihadistes, j’avais dit : “L’islamisme radical au Mali avec nos soldats sur place ? Jamais de la vie !” Il y a aujourd’hui cette tentation au Mali. Mais si cela va dans ce sens, je me retirerai. Depuis trois ans, j’ai dit au sein de plusieurs conseils de défense que nous devions penser à la sortie. Au sommet de Pau, j’ai préparé un chemin de sortie. Je suis resté à la demande des États, parce que je pensais que la sortie était un point de déstabilisation. Mais la question se pose, et nous n’avons pas vocation à rester éternellement là-bas. »
 
TCHAD : «une transition ne peut pas être une succession»
 
« Au Tchad, les choses sont claires. Nous venons au secours et en soutien d’un État souverain pour qu’il ne soit pas déstabilisé ou envahi par des groupements rebelles et armés. Mais nous demandons la transition et l’inclusivité politique. Quand je vais aux obsèques de Déby pour dire qu’on ne laissera pas le Tchad être menacé, c’est parce que je crains une libyanisation du pays – car c’était vraiment ce qui était en train de se jouer avec des groupes descendant de la Libye vers le Tchad.
 
Mais je parle aussi d’une transition qui puisse être inclusive sur le plan politique. J’ai eu un long échange avec Mahamat Déby [fils d’Idriss Déby et actuel président] à la veille du G5 Sahel. Le lendemain matin, avec les autres chefs d’État, nous sommes allés le voir pour lui demander cette ouverture politique avec le soutien de l’Union africaine. Et quand j’ai reçu le président congolais Félix Tshisekedi quelques jours après à Paris, alors que les manifestations étaient réprimées à N’Djamena, j’ai été très clair en affirmant qu’une transition ne pouvait pas être une succession. »
 
MIGRATIONS : «le sentiment d’une immigration subie»
 
« L’Europe n’arrive pas à maîtriser ce flux depuis cinq ans parce qu’il y a une confusion dans le champ politique français et européen sur ce que l’on entend par droit d’asile. Quand les migrants venaient du Soudan, de l’Érythrée ou d’Afghanistan, ils y avaient naturellement droit. Mais la plupart ne viennent plus de pays éligibles à l’asile. Il faut donc accélérer le développement de l’activité économique dans ces pays, car c’est ce que veulent ces jeunes. Aucun d’eux ne veut prendre tous les risques, traverser la Méditerranée dans des conditions atroces pour venir travailler chez nous. Il faut arrêter de faire croire cela aux gens.
 
Lors de ma campagne présidentielle en 2017, j’avais souligné l’esprit de responsabilité de la chancelière allemande pour sa politique d’accueil des réfugiés syriens. Leur modèle a été assez efficace. Mais ce qui est passé sous le radar, c’est que tous les migrants non éligibles au droit d’asile en Allemagne sont arrivés en France. Même chose avec ceux qui arrivent en Italie ou en Espagne. Ils ne s’y enregistrent pas toujours et viennent en France parce que beaucoup sont francophones. Moi, je n’accepte plus ce système. Je considère les flux supplémentaires qui arrivent chez nous comme un détournement du droit d’asile. »
 
« Sur la question migratoire, je n’ai jamais sous-estimé la réalité de ce sujet. Je suis attaché à nos principes et nos valeurs, je regarde la réalité en face, mais on ne peut pas y répondre par des mesures à l’emporte pièce. J’entends que certains veulent suspendre l’immigration pendant six mois. Mais je ne vais pas suspendre une immigration illégale que je n’organise pas et qui est tenue par des trafiquants ! La réalité, c’est que si on n’aide pas nos voisins à réussir, on n’y arrivera pas. Si on ne change pas une partie de nos règles qui ne sont plus adaptées à cette situation, on n’y arrivera pas. Il y a un sentiment dans notre pays d’une immigration subie et une confusion de toutes les échelles de valeur. On est un pays où la jeunesse a besoin de sens, d’une aspiration à l’universel tandis que la peur de l’autre monte.»
  
COMPTES A RENDRE : «ce sera un face à face»
 
« Je le dis avec lucidité, si on est complices de l’échec de l’Afrique, on aura des comptes à rendre mais on le paiera cher aussi, notamment sur le plan migratoire, assène-t-il. Ce sera un face-à-face, avec la Méditerranée pour théâtre. Peu de gens imaginent ce à quoi ça ressemblera. Si cette jeunesse africaine n’a pas d’opportunité économique, si on ne la forme pas, si on n’a pas de bons systèmes de santé en Afrique, alors elle émigrera. Le fait migratoire est donc un signal d’échec de nos politiques d’aide publique au développement. Il faut tout revoir, sinon on ne s’en sortira pas. »
(Extraits du JDD 29 mai 2021)
 
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