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Macky Sall ne peut pas être Secrétaire général de l’ONU et il ne le sera pas! (Par Professeur Ndiaga Loum)

Mercredi 11 Février 2026

Macky Sall, ancien président de la République du Sénégal, vit en exil au Maroc depuis avril 2024
Macky Sall, ancien président de la République du Sénégal, vit en exil au Maroc depuis avril 2024

Imaginez un seul instant le Sénégal soutenir officiellement la candidature de Macky Sall au poste de Secrétaire Général de l’ONU; c’est le reste de l’Afrique et du monde qui se retournera vers nous (et surtout contre nous) pour nous rappeler les « faits d’armes » horribles du « boucher de Marrakech » condamné volontairement à l’exil. 

 

1.     Le CV de Macky Sall pour candidater à l’ONU

 

Suprême ironie, c’est là, devant le siège de l’ONU à New-York, que les Sénégalais de la diaspora avaient placé, il y a seulement deux ans, des écrans géants projetant les images insupportables de ses assassinats, tortures et crimes. Lesquels actes moralement inadmissibles, pourraient demain, si la justice est rendue, recouvrer le qualificatif de « crimes contre l’humanité ». C’est l’auteur de ces faits (si l’on remontait l’échelle des responsabilités jusqu’au commanditaire) qui irait donc sur le piédestal du siège de SG d l’ONU, faire la promotion des droits des personnes, inviter au respect de l’État de droit, soutenir l’action symbolique de la Cour pénale internationale, dénoncer les crimes et assassinats des régimes sanguinaires, condamner les dictatures? C’est celui-là qui avait promis de réduire l’opposition à sa plus simple expression qui irait plaider l’importance de l’expression des voix discordantes dans le système démocratique? C’est celui-là qui s’était paré des plus vilains habits de la justice pour obtenir la condamnation et décider ensuite politiquement de l’exil forcé de son adversaire (Karim Wade), qui irait sermonner ses anciens pairs qui instrumentalisent le droit pour éliminer leurs adversaires politiques? C’est celui-là qui a orchestré l’arrestation, le jugement et l’emprisonnement de l’ancien maire de Dakar, Khalifa Sall (accusé d’avoir illégalement puisé dans les fonds d’avance de la capitale, dont, lui, Macky Sall, aurait bénéficié des largesses durant sa campagne électorale en 2012), qui irait faire la leçon sur la nécessaire séparation des pouvoirs en démocratie? C’est celui-là qui avait procédé aux modifications expresses du code électoral pour fonder juridiquement la perte des droits civiques de ses adversaires politiques après leur condamnation, qui irait ériger son parcours en exemple pour les autres? 

 

Il ne lui avait pas suffi de les priver de leur droit d’être élus, il avait poussé la « coquetterie » (pardon la cruauté, c’est pareil dans son subconscient) jusqu’à les déchoir de leur droit d’être électeurs. Pour parachever son dessein de réduire à néant l’opposition, il avait encore instrumentalisé une affaire de mœurs pour liquider juridiquement le leader du Pastef, Ousmane Sonko payant encore cher le prix d’une adversité redoutable dont il avait sous-estimé la force populaire. S’il avait reculé en mars 2021 (après 14 victimes froidement abattues) sous la pression des chefs religieux, ce n’était pas par sursaut de lucidité, mais par crainte, peur et lâcheté, ruminant sa revanche de parvenu surpris et perturbé dans ses certitudes acquises d’autocrate. 

 

C’est ce même Macky Sall qui tergiversait sur sa candidature à un 3e mandat inconstitutionnel (« je ne dirai ni oui, ni non ») qui nous invite à l’amnésie sans nous proposer en contrepartie sa contrition. C’est sous son règne, que près de 2000 personnes (certains des mineurs) ont été arrêtées et emprisonnées pendant une année ou plus, puis libérées, sans procès, après le vote d’une loi d’amnistie dont lui et ses « protégés » seraient les principaux bénéficiaires. C’est sous le règne de ce même Macky Sall que l’on a programmé et organisé la disparition de militaires ou gendarmes, laissant orphelins leurs enfants qui mourront peut-être, eux aussi, à petit feu, de chagrin. Ajoutez à ces crimes de sang, ceux de nature économique (détournements de fonds publics, accusations de blanchiment supposé d’argent impliquant ses proches et son propre fils, et dette cachée), voilà le CV de Macky Sall, candidat au poste de Secrétaire Général de l’ONU! Non, on ne peut pas tant détester son pays pour oser, j’allais dire penser une seule seconde, soutenir la candidature de Macky Sall à la tête de l’organisation onusienne. 

 

2.     Tourner définitivement la page des dinosaures

 

Le seul service que le peuple sénégalais pourrait encore rendre à Macky Sall (faute de pouvoir le juger pour haute trahison en terre sénégalaise, devant la Haute Cour de Justice) c’est de l’ignorer et de le laisser tranquillement jouir de son exil doré construit avec l’argent sans doute détourné des Sénégalais. Dieu fasse qu’il en profite pour purger les négatives réminiscences, et peut-être demain, il pourra solliciter le pardon du peuple sénégalais, quand après ses cours accélérés de religion, il retrouvera la foi et la sagesse pour enfin exprimer attrition et résipiscence. En attendant, les exigences primaires de moralité publique ne sont pas remplies par l’homme Macky Sall pour prétendre vouloir « diriger » quoi que ce soit, a fortiori le monde entier!

 

Quant aux promoteurs d’une telle candidature à l’ONU, il n’est jamais tard pour eux de réaliser que le monde a changé. L’histoire de l’Afrique a pris une tournure qui rompt définitivement avec le passé néo-patrimonial produit par la Françafrique représentée aujourd’hui dans le continent par cette petite minorité résiduelle mais encore visible de présidents nonagénaires et grabataires qui gouvernent une population dont l’écrasante majorité a l’âge de leurs arrière-petits fils. Prêter une oreille attentive à ces dinosaures désincarnés aux projets hors sol, comme celui-ci (parrainer une candidature de Macky Sall à l’ONU alors que les meurtres et assassinats politiques commis sous son règne ne sont pas encore élucidés), c’est prendre le contrepied de l’histoire. On n’a pas pas besoin d’être un diplômé en sciences politiques pour le comprendre. En revanche, ne pas le comprendre relèverait tout simplement d’une bêtise atavique de benêt pour qui on ne pourrait rien faire. Si l’histoire était figée et enfermée dans une logique binaire et manichéenne (les bons et les mauvais) Macky Sall serait sans aucun doute du mauvais côté de l’histoire. Les avertissements qui procédaient pourtant d’une simple vigilance intellectuelle n’avaient servi à rien, il considérait (lui et son entourage), tous ceux qui ne pensaient pas comme eux comme étant forcément contre eux, c’est-à-dire, des aigris condamnés à l’indignation figée. 

 

Ceux qui font la promotion de sa candidature à l’ONU aujourd’hui sont les mêmes qui, hier, l’avaient enchainé dans le fer rouge de l’exclusion, de la répression, de la méchanceté froide et contre-productive. Bref, le règne d’une logique autoritaire, sectaire, clanique et donc satanique qui l’aura poussé jusqu’à l’ultime provocation sous les yeux médusés de la communauté internationale choquée et qui l’a discrédité à jamais : reporter des élections présidentielles à la veille du démarrage de la campagne électorale. Le tout bâti sur un argumentaire monstrueux sur fond d’accusation de corruption des juges du Conseil Constitutionnel, avec encore, hélas, comme conséquence, son lot de nouvelles victimes venues s’ajouter aux précédentes, faisant monter le total à près de 80 morts. C’est comme si durant le second mandat de Macky Sall, le sang versé par le peuple était un moment de jouissance, symptôme d’une domination absolue sur un pays devenu son royaume d’enfance tant rêvé, celui tracé par la légende mensongère et imaginaire de ces griots des temps modernes qui lui ont inventé une lignée généalogique guerrière. 

 

Bref, si parmi les 8 milliards de personnes qui vivent sur cette terre, il ne restait que Macky Sall pour diriger l’ONU, autant dissoudre l’instance internationale et transformer son patrimoine immobilier en lieux de prières ou de yoga pour tous ceux qui auraient besoin de soulager leurs consciences affectées et « infectées » par leurs actes passés blâmables jusqu’à l’impardonnable. 

 

Ndiaga Loum, professeur titulaire, UQO

 

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