Conseillère municipale depuis 2020 et adjointe au maire chargée du lien social et intergénérationnel à Réhon (département de Meurthe-et-Moselle), Aurore Katramiz figure à nouveau sur la liste sans étiquette du maire sortant Jean-Pierre Weber en vue des prochaines élections municipales. La publication récente des portraits des colistiers, dont le sien, a toutefois provoqué une vague d’injures sur les réseaux sociaux, principalement en raison du voile qu’elle porte.
« Franchement quand j'ai pu voir les nombreux commentaires et la vague de haine qui a déferlé sur les réseaux sociaux, ça a été vraiment très très violent », confie-t-elle. L’élue dit s’attendre, en période électorale, à des réactions critiques, mais reconnaît avoir été frappée par la brutalité et le caractère assumé des propos. « Je m'attendais à avoir des commentaires plus ou moins forts et explicites, mais à ce point décomplexé, c'était assez violent », ajoute-t-elle, tout en assurant que cela n’entame « en rien » sa détermination.
Parmi les messages reçus figurent des injures telles que « rentre dans ton pays », ainsi que des amalgames avec le terrorisme. « J'ai eu des propos qui me ralliaient au Bataclan, aux Frères musulmans, à l'Iran, tout type de propos qui n'ont rien à faire avec le fait que je puisse porter le voile », dénonce-t-elle, évoquant un « amalgame total ».
La décision de porter plainte s’est imposée lorsqu’elle a pris conscience que se taire pouvait être perçu comme une forme de résignation. « Quand j'ai compris que le silence pouvait être interprété comme une acceptation, je me suis dit qu'il fallait pas se taire », explique-t-elle. « Les propos racistes, les propos xénophobes sont un délit pénal et je me devais d'aller porter plainte. » Elle souligne avoir bénéficié du soutien du maire dans cette démarche.
Interrogée sur l’évolution du climat politique depuis son premier mandat, l’élue ne parle pas nécessairement d’une violence nouvelle, mais d’une banalisation. « Je pense que c'est sincèrement les réseaux sociaux qui font attiser cette haine et le fait que les gens puissent se cacher derrière leur écran », analyse-t-elle. « Les attaques personnelles deviennent banales. Le racisme est banalisé. »
Certains commentaires l’ont qualifiée d’« antirépublicaine », une accusation qu’elle rejette fermement. « Mon engagement, il est profondément républicain », affirme-t-elle, rappelant que « la République nous garantit la liberté et l'égalité ». À ceux qui voient une contradiction entre son voile et les valeurs républicaines, elle répond sans détour : « Il n'y a pas d'opposition entre le voile et la République », rappelant que la loi autorise les élus à porter des signes distinctifs, contrairement aux agents territoriaux.
Sur le terrain local, ces attaques n’ont pas, selon elle, altéré sa relation avec les habitants. « Bien au contraire », assure-t-elle. « J'ai reçu énormément de soutien de la part des citoyens. » Elle précise que les messages haineux proviennent majoritairement de personnes extérieures à la commune, alors que, localement, « les gens se connaissent entre eux » et connaissent son engagement associatif.
Aurore Katramiz situe cette affaire dans un contexte plus large. « Cette islamophobie, c'est plutôt au niveau national », estime-t-elle, tout en refusant d’endosser un rôle de porte-parole. Elle insiste sur sa volonté de rassembler : « Notre boussole, actuellement, c'est nos valeurs républicaines face à la haine. […] Restons unis face à cette haine, face à ces propos qui n'ont pas lieu d'être. »
L’élue dit également regretter l’absence de réaction claire de certains adversaires politiques locaux, évoquant un possible « deux poids, deux mesures » dans la condamnation des propos racistes selon les situations. « À partir du moment où on condamne d'un côté, on doit aussi condamner de l'autre », plaide-t-elle, appelant à recentrer la campagne sur « un débat d'idées » plutôt que sur les polémiques.
Au-delà de son cas personnel, Aurore Katramiz espère que cette séquence n’éloignera pas les citoyens de l’engagement public. « Chacun a sa place au sein de notre République et dans la vie publique », affirme-t-elle, souhaitant que les générations futures puissent s’investir « sans barrière de culture, sans barrières sociales ». Une ambition qui, à l’approche des municipales, interroge plus largement la capacité du débat démocratique à résister aux discours de haine.
Sur le plan national, les données disponibles confirment une progression marquée de l’islamophobie ces dernières années. Selon le ministère de l’Intérieur, les actes antimusulmans enregistrés par les forces de l’ordre ont connu une forte hausse récente : sur les premiers mois de 2025, les signalements ont augmenté de plus de 70 % par rapport à la même période de l’année précédente, traduisant une recrudescence des menaces, injures et violences visant des personnes de confession musulmane ou perçues comme telles.
De son côté, le Collectif contre l’islamophobie en Europe fait état d’une dynamique similaire dans ses rapports annuels, avec une augmentation continue des actes islamophobes recensés depuis 2022, dépassant le millier de faits signalés en 2024. L’association souligne que ces chiffres, fondés sur les témoignages directs des victimes, restent largement supérieurs aux statistiques officielles, en raison notamment du non-dépôt de plainte. [AA]






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