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Le départ de Thierno Alassane Sall, au-delà de la sémantique entre «démis» et «démission»

Mercredi 3 Mai 2017

Le départ de Thierno Alassane Sall, au-delà de la sémantique entre «démis» et «démission»
C’est une vieille loi non écrite qui s’impose à tous les serviteurs des palais présidentiels (ou royaux, impériaux, etc.). Le chef, on le protège du mieux que l’on peut, en toutes situations et circonstances. Dans le cas précis relatif au départ de Thierno Alassane Sall du ministère de l’Energie, la présidence de la république sénégalaise a rendu public un communiqué informant de la décision du chef de l’Etat de mettre fin aux fonctions du susnommé au dit ministère. Mais en amont, des informations avaient déjà annoncé la « démission » du polytechnicien thiessois.
 
Ce crime de lèse-majesté a visiblement déplu à l’avenue Senghor car il mettait le Président de la République dans une posture défensive face à un collaborateur qui ne pouvait être que son subordonné. Il y a eu donc une bataille de communication subtile menée par le Palais et à travers laquelle le pouvoir a tenté de reprendre l’initiative perdue dès lors que c’est le ministre, ses proches ou des sources off qui ont les premiers fourni l’information à la presse, en insistant bien entendu sur la «démission» de Thierno Alassane Sall.  
 
L’insistance très forte sur l’autorité du Président de la République qui aurait pris lui-même la décision de se séparer du ci-devant ministre de l’Energie portait en elle un objectif de prestige: reléguer à l’arrière-plan de l’info du jour les éléments fondamentaux de rupture qui ont conduit Thierno Alassane Sall à quitter pour la deuxième fois un gouvernement nommé par Macky Sall.
 
La situation est extrêmement grave, pour dire le moins. Le départ de Sall intervient dans un contexte où empestent les effluves du binôme gaz-pétrole dans notre pays. Il y a quelques jours, Kosmos Energy annonçait dans un communiqué de presse le rachat par British Petroleum des participations minoritaires (30%) jusque là détenues par Timis Corporation dans le consortium noué autour des blocs Saint-Louis Offshore Profond et Cayar Offshore Profond. La validation de l’accord attendait approbation par le gouvernement sénégalais. Thierno Alassane Sall s’y serait-il opposé ?
 
Le deuxième élément potentiel de compréhension du départ de Sall semble beaucoup plus parlant. Sa démission a été actée le jour même où le gouvernement qu’il était censé représenter ès qualité signait deux accords de partenariat avec le groupe Total, une des Majors pétro-gaziers au niveau mondial. La présence à Dakar de Patrick Pouyanné, le Pdg de la compagnie française, témoigne à elle seule de l’importance primordiale de l’événement. Thierno Alassane Sall aurait-il refusé de parapher sa signature au bas de contrats ne prenant pas suffisamment en compte les intérêts bien compris du Sénégal ? On en saura très vite quelque chose, peut-être. En attendant, la partie française a eu le temps de faire remarquer l’absence de tout lien entre la signature des dits accords et le départ de l’ex-ministre de l’Energie.
 
Ce qui est intéressant à souligner et à mettre en exergue en fin de compte, c’est que les divergences de fond et de taille – divergences politiques en somme – sur le secteur énergétique entre l’ex-ministre et son chef hiérarchique vont plus loin qu’une simple bataille sémantique autour des vocables «démis» et «démissionné». C’est la question globale de la gouvernance vertueuse ou mafieuse des découvertes prometteuses d’hydrocarbures pour notre pays qui semble ainsi posée. Thierno Alassane Sall a-t-il fait le choix de dénoncer à sa manière des inavouables pratiques aux antipodes des intérêts du Sénégal ? (Momar Dieng)
 
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