Connectez-vous

Le Sénégal compte environ un magistrat pour 100 000 habitants (Bassirou Diomaye Faye)

Jeudi 9 Avril 2026

Le Sénégal connaît un déficit de professionnels de la justice, avec environ un magistrat pour 100 000 habitants par exemple, a déclaré, jeudi, le chef de l’Etat, Bassirou Diomaye Faye, plaidant pour un plus grand accès à cette profession.

 

“Le Sénégal compte environ un magistrat pour 100 000 habitants, avec 530 magistrats, 472 greffiers et seulement 439 avocats inscrits au tableau de l’Ordre” des avocats du Sénégal, a-t-il fait savoir dans son discours prononcé à l’occasion de la rentrée solennelle de la conférence du stage du barreau de Dakar.

 

La ministre la ministre de la Justice, Yassine Fall, a pris part à cette cérémonie, de même que des représentants des barreaux de l’Union économique et monétaire de l’Afrique de l’Ouest (UEMOA), de ceux des Etats membres de l’Organisation pour l’harmonisation en Afrique du droit (OHADA), de l’Union internationale des avocats (UIA) ou encore de la Conférence internationale des barreaux (CIB).   

 

Selon le chef de l’Etat, le déficit en professionnels de la justice est “significatif, d’autant plus qu’il concerne une profession libérale dont l’accès ne saurait être indûment restreint”.

 

Soulignant le rôle “particulièrement déterminant” des juristes, des avocats en particulier, Bassirou Diomaye Faye les a invités à mettre leur expertise au service du pays, afin d'”éclairer les décisions” des pouvoirs publics, pour le Sénégal reste “une référence en matière de respect du droit”. [APS]

Nombre de lectures : 178 fois


1.Posté par Me François JURAIN le 10/04/2026 16:24
Notre Président a entièrement raison, mais il est en train d'appuyer là où ça fait mal.
Les magistrats: depuis onze ans que j'habite "à plein temps ici", ayant été confronté dès mon arrivée, au système judiciaire du pays, en raison d'une indélicatesse à mon égard, d’abord d'un ressortissant français, puis ensuite de l'avocat à qui j'avais confié la défense de mes intérêts, j'ai pu, en live, me faire une idée du système judiciaire du SENEGAL: je pense être objectif dans mes observations, -en tout cas, j'ai la preuve écrite et officielle de tout ce que j'avance ici- et le fait d'avoir gagné toutes les procédures engagées n'ont rien à voir dans mes observations personnelles.

Concernant les magistrats: ils sont bien formés, ce sont de bons, voir pour certains, et même la majorité d'entre eux, d'excellents juristes. Les jugements rendus sont bien motivés, tant en droit qu'en faits, les délais de renvois à quinzaine respectés, la police de l'audience est bien menée, à part un magistrat auquel j'ai eu à faire, qui était outrageusement pour les avocats en général, et pour l'avocat que j’attaquais personnellement, en particulier, mais cela a été vite corrigé en appel, donc, il faut se louer d'avoir, dans ce pays, un corps magistral de très bonne facture.

Seul problème, et non des moindres, ils sont trop peu nombreux, d'où les lenteurs excessives de la justice, qui souvent - voire tout le temps,- se retournent contre les magistrats eux mêmes alors qu'ils n'y sont pour rien.

Ce problème du nombre des magistrats n'est pas nouveau, et ce n'est en rien une spécificité sénégalaise, c'est avant tout un problème politique.

Tous les politiques, de tous bord et de tous poils, ont quelque chose à se reprocher, et ceux qui ne l'ont pas aujourd'hui l'auront demain: c'est normal, lorsque vous êtes exposés en permanence et encore plus depuis qu'existent ces malheureux réseaux sociaux qui je l'espère, seront règlementés un jour. Donc, les politiques se sont toujours méfié des magistrats, à tort ou à raison, mais c'est ainsi. Et le meilleur moyen d'entraver l'action de la justice, sans que cela ne se voit pas trop, eh bien, c'est de maintenir leur nombre en insuffisance notoire. Cette vieille recette a fait ses preuves depuis des siècles, elle fait encore ses preuves aujourd'hui, et je parie le peu qu'il me reste sur mon compte en banque pour qu'elle fasse ses preuves encore longtemps.

Je ne distingue pas, dans mes observations personnelles, les magistrats du siège et ceux du parquet: satisfecit pour l'ensemble.

Les avocats: c'est là que le bât blesse, et même si cela me fait mal de le dire, puisque cette profession a été ma famille pendant pratiquement trente ans, pour moi, c'est une catastrophe préoccupante, et à plusieurs niveaux.

Déjà, au niveau de la connaissance juridique: j'ai eu l'occasion d'assister à un nombre incalculable d'audiences, que je situerait entre 50 et 100 à Dakar: ayant le temps, car j'ai eu à "subir" de nombreux renvois de la partie adverse, je restais, par curiosité, aux audiences, afin de me faire une idée, pour ma culture personnelle, du système judiciaire sénégalais. Je n'ai pas été déçu!

Déjà, manifestement, on s'aperçoit vite que pour beaucoup d'entre eux, le code civil, la procédure civile, n'est qu'un lointain souvenir! Et je pense que le système instauré en FRANCE, qui était -je pense que c'est toujours en vigueur- d'obliger chaque avocat de faire 40 heures de formation étalées sur deux ans, sous peine d'être rayé du tableau, est une bonne formule, même si à mon sens, elle est incomplète: à titre personnel, je dirai que les côtés positifs sont la souplesse de la formule : 40 heures sur deux ans, mais que les conférences destinées à cette remise à niveau offertes (moyennant paiement) par l'ordre des avocats, n'étaient certainement pas au niveau de l'ambition du système. Il fallait donc viser plus haut, mais une conférence de haut niveau, à l'échelon national, coutait à l'époque (il y a plus de dix ans) facilement entre 5/600 euros. A cela s'ajoutent les frais de déplacement, d’hébergement car souvent sur deux jours, et à la sortie, sans faire d'excès, vous en avez vite pour 1000€, soit environ 700.000 francs CFA pour dix heures validées. Tous les cabinets ne peuvent pas se permettre ça plusieurs fois dans l'année, malgré l'utilité et l'intérêt de la chose.

Mais, en ce qui concerne les avocats, il y a plus préoccupant: spécifiquement au SENEGAL: déjà l'organisation.

Concernant l'inscription au tableau, c'est à dire l'appartenance au seul barreau du pays, celui de DAKAR. Je n'ai à titre personnel aucune expérience puisque je n'ai jamais cherché à m'inscrire au barreau de DAKAR, mais j'en veux pour preuve, l'expérience d'un ami sénégalais d'origine, ayant vécu au Sénégal pendant toute son enfance et son adolescence, mais ayant fait ses études de droit à PARIS, parce que ses parents (sénégalais) avaient déménagé. Après avoir réussi tous ses examens, avoir été stagiaire, puis collaborateur dans plusieurs cabinets en FRANCE, il souhaitait revenir au pays et s'installer comme avocat au SENEGAL; il prend rendez vous avec le bâtonnier de l'époque, lui expose sa situation et son désir. Le bâtonnier s'est levé et en lui serrant la main lui a dit: "au revoir Monsieur"! dire que le barreau de DAKAR est un barreau fermé me semble être un euphémisme... à mettre en parallèle avec les barreaux français qui eux, à mon avis, sont beaucoup trop ouverts: mais entre les deux, il me semble que l'on pourrait trouver satisfaction avec une situation intermédiaire.

Le nombre des barreaux:Il n'y a qu'un seul barreau, celui de DAKAR. alors que la géographie du pays justifierait pleinement qu'il y en ait quatre: un à SAINT LOUIS, un à ZIGUINCHOR, celui de DAKAR, et un autre à TAMBACOUNDA ; mais le nombre des barreaux n'est pas anodin: notamment, lorsqu'un client est mécontent de son avocat, ce qui peut arriver, puisque cela m'est personnellement arrivé, il faut alors soit vous défendre vous-même, soit confier la défense de vos intérêts à un avocat...qui n'appartient pas au même barreau que celui que vous attaquez! Difficile, lorsque dans le pays, il n'existe qu'un seul barreau! Et prendre un avocat à ABIDJAN ou CONAKRY n'est pas forcément à la portée de toutes les bourses...Bien sûr, vous avez, avant toute procédure, la possibilité de saisir le bâtonnier -du barreau de DAKAR! - qui en principe, doit rendre une décision impartiale, sauf que...l'impartialité n'est pas un mot qui doit exister en wolof, mais en tout cas, certainement pas à l'ordre des avocats du barreau de DAKAR!!!

Donc, une ouverture à la profession, la création de plusieurs barreaux, dans le cadre d'une décentralisation de la profession, aura le mérite d'assenir une profession qui en a grand besoin, et ne s'en portera que mieux, car il faut bien reconnaitre que, dans l'opinion publique en général, la réputation des avocats au SENEGAL n'est pas des meilleures, si l'on s'en réfère aux avis des usagers, et en faisant la part des choses, car souvent, malheureusement, le plaideur qui perd son procès en tient pour responsable son avocat!

Donc oui, une réforme de la justice est grandement nécessaire. Augmenter le nombre des magistrats est une mesure hautement nécessaire, évoquée par toute nouvelle équipe dirigeante, mais malheureusement jamais mise en œuvre ou dans des proportions tellement ridicules qu'elles fâchent plutôt qu'elles ne calment. Quant à la réforme des avocats, depuis onze ans, j'ai attentivement écouté ou lu les beaux discours de chaque bâtonnier nouvellement élu: tous ont promis une grande réforme, dont nous n'avons jamais vu le jour. Mais si on reprend les textes de la création de l'ordre des avocats du barreau de DAKAR, tout est dedans: il s'est agi de créer une caste à part, nantie de droits et de privilèges exorbitants, et qui ne voit pas, à ce jour, l'utilité de renoncer à cette situation: comme on les comprend!!!

Donc, comme le Président DIOMAYE ne veut pas être en reste avec ses prédécesseurs, il nous promet une grande réforme de la justice, qu'il ne fera pas, ce qui permettra à son successeur de faire la même chose, et de nous annoncer en grande pompes: demain, tout va changer: ce sera comme d'habitude!

Me François JURAIN

Nouveau commentaire :















Inscription à la newsletter