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LA FIN DU POLITIQUE AU SÉNÉGAL ? (Version français facile)

Dimanche 26 Juillet 2026

Bassirou Diomaye Faye (g.), président de la République et Ousmane Sonko, président de l'assemblée nationale
Bassirou Diomaye Faye (g.), président de la République et Ousmane Sonko, président de l'assemblée nationale

Le Sénégal vit aujourd'hui un moment important de son histoire politique.

En ce 25 juillet 2026, le pays traverse une période incertaine. Depuis l'arrivée de Pastef au pouvoir, on parlait surtout de la dette cachée, de la vie chère, du chômage, de la réforme de l'État. Aujourd'hui, on parle de plus en plus d'autre chose : qui va garder le pouvoir.

 

Il y a maintenant deux formes de légitimité. D'un côté, le président de la République, qui tient son autorité de la Constitution. De l'autre, Ousmane Sonko et Pastef, que beaucoup considèrent comme les vrais créateurs du projet politique qui a mené, et Diomaye et Sonko, au pouvoir.

 

À cause de cela, le débat public quitte peu à peu le terrain des vraies politiques publiques. Il se déplace vers les rapports de force entre les deux hommes forts et vers la préparation de l'élection de 2029. Cela rappelle, un peu, la crise de 1962 entre Senghor et Mamadou Dia. Mais le contexte est différent : le Sénégal est aujourd'hui un pays pluraliste, et personne ne pense sérieusement à interdire Pastef.

Par contre, une autre logique semble apparaître.

 

Le président Bassirou Diomaye Faye pourrait chercher à construire, petit à petit, sa propre majorité politique. En mélangeant deux façons de faire de notre histoire : d'un côté, la concentration du pouvoir autour du chef de l'État, comme le faisait Senghor. De l'autre, la coalition large, comme celle que Macky Sall avait construite avec Benno Bokk Yaakaar, pour « réduire Pastef à sa plus simple expression ».

 

De son côté, Sonko semble suivre une autre direction. La grande campagne de vente des cartes de Pastef n'est pas seulement une façon de renforcer le parti. Elle ressemble à une stratégie pour garder la force du mouvement, afin de provoquer un raz-de-marée électoral, le cas échéant. Les citoyens regardent cette recomposition du pouvoir, sans pouvoir en contrôler le rythme. Mais ce n'est pas le plus grave.

 

Le vrai changement touche le discours politique lui-même. La parole des politiciens redevient peu à peu démagogique. Une partie des soutiens du gouvernement commence à revenir sur le récit fondateur du Projet. Ce qui était présenté hier comme une vraie rupture est aujourd'hui parfois présenté comme un idéal difficile à réaliser, à cause des contraintes économiques et budgétaires.

 

À la place, on entend un discours de résignation. On demande aux Sénégalais de revenir à une résilience classique : lutte contre la pauvreté, programmes sociaux traditionnels, recettes économiques du FMI et de la Banque mondiale.

 

À l'inverse, le discours révolutionnaire de Pastef perd peu à peu de sa force. Pas forcément parce qu'il est abandonné, mais parce que le temps politique long ( jusqu’en 2029?) impose sa loi. Une révolution ne se juge plus par ses slogans, mais par ses résultats réels.

 

Ce temps joue maintenant contre tous les acteurs, à l’exception des électeurs qui auront eux au moins celui de se faire leur choix en toute connaissance de cause. Chaque mois qui passe augmente l'exigence de résultats. Les citoyens veulent de moins en moins de promesses, et de plus en plus de changements concrets dans leur vie. Pendant ce temps, les problèmes de politique publique continuent de s'accumuler.

 

La dette publique, la dette cachée, le chômage, l'école, l'université, la santé, l'agriculture, l'industrie, la justice, l'énergie, les collectivités locales, la pauvreté, la souveraineté économique, la réforme de l'administration, la qualité des dépenses publiques… Tous ces chantiers demandent de la compétence, de la stabilité, et une vision à long terme.

 

Or un pays pauvre et très endetté, avec autant de contraintes, ne peut pas se permettre de passer un mandat entier en campagne électorale permanente. Chaque heure passée à conquérir ou garder le pouvoir est une heure qui n'est pas donnée à la résolution des problèmes des Sénégalais. 

 

Des milliers de citoyens ont financé Pastef, milité pendant des années, parfois connu la prison, la violence, ou perdu des proches. Ils pensaient participer à une vraie révolution démocratique, capable de transformer l'État. Aujourd'hui, beaucoup ont le sentiment d'assister davantage à une bataille de leadership qu'à la réalisation du Projet qu'ils avaient soutenu. Ils deviennent les grands oubliés de cette période. Ils ont donné leur engagement, leur argent, parfois leur sang. Et pourtant, ils regardent aujourd'hui un affrontement qu'ils ne contrôlent plus. Leur seul vrai pouvoir reste celui du vote.

 

Ce que je souhaite pour le Sénégal, ce n'est pas une démocratie réduite à une compétition permanente entre ambitions présidentielles.

Je souhaite une vraie démocratie constitutionnelle. Une démocratie où l'élection n'est pas le début de la campagne suivante, mais le début de l'exécution d'un mandat confié par le peuple. Une démocratie où les institutions comptent plus que les personnes. Une démocratie où les promesses électorales deviennent des obligations politiques. Une démocratie où l'on juge les gouvernants sur leurs résultats, plus que sur leurs discours.

 

La politique n'est pas un but en soi. Elle est un outil au service des politiques publiques. Après les élections, le combat devrait quitter les tribunes pour aller vers les écoles, les hôpitaux, les tribunaux, les entreprises, les fermes, les universités et les administrations. L'histoire retiendra moins les rivalités entre dirigeants que leur capacité à transformer le pouvoir en développement, la démocratie en efficacité, et les espoirs du peuple en progrès concrets.

 

C'est à cette condition que le Sénégal retrouvera le vrai sens du politique. Sinon, la politique continuera de parler d'elle-même, pendant que les vrais problèmes du pays, eux, continueront d'attendre. Les hommes politiques pourront tromper une partie des électeurs, une partie du temps mais pas tous les électeurs d’ici 2029 !

Boubacar Tall

 
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