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KEDOUGOU-SARAYA-SABODALA-KIDIRA - Les frustrations populaires gagnent du terrain…

Mercredi 15 Mars 2017

Au Sénégal oriental, de Kéniaba à Kédougou en passant par Kidira, Sabadola et Saraya, les populations sont frustrées par le calvaire incessant de leur existence. Blasés par les promesses des autorités jamais respectées, comme piégés par leur propre enclavement, elles doivent également se priver d’électricité et se passer de structures de santé viables. Pis, faute de forage, elles doivent par ailleurs, dans plusieurs localités bordant les rives de la Falémé, se contenter de l’eau du fleuve comme boisson vitale. Découverte
 
 
Dans la zone qui sépare le Mali du Sénégal, de Kéniaba à Kédougou en passant par Kidira, des populations habitants souffrent avec le sentiment  d’être abandonnés à leur sort. Frustrés, elles le sont face aux montagnes de promesses non tenues à leur endroit et qu’elles estiment destinées à les endormir.
 
Dans des domaines aussi importants que l’eau, l’électricité, les routes, la santé, les habitants de plusieurs localités de l’extrême- Est du Sénégal attendent. Si ailleurs au Sénégal ça se passe moins mal, chez eux ça ne bouge pas. A Kédougou par exemple, les problèmes renvoient à l’insalubrité, au foncier, à l’éducation, à l’insécurité, à l’environnement. Erigée en région, cette grande localité court toujours derrière un hôpital digne de son statut.
 
Mal servie en éclairage public, elle est sevrée d’infrastructures adéquates lors de grands événements. Cette situation a d’ailleurs motivé le déplacement à Dakar d’une délégation locale venue faire un plaidoyer à la place de l’Obélisque. C’était lors du « luuma jafé jafé » (marché pour les précaires) du mouvement  Y en a marre.
 
Par la voix de Mohamed Baba Touré, la délégation avait alors étalé tous ses maux. Paradoxe de taille: Kédougou, c’est Sabodala, ce village malinké distant de 123 km à l’Est et dont le sous-sol recèle d’importantes ressources comme l’or. Mais cela n’empêche pas la pauvreté d’y être reine. Dans le département de Saraya où sont enfouis des millions de tonnes de réserves de fer, pas de grand impact positif sur les populations.
 
A Saraya, mis à part le centre de santé qui aurait été offert à l’Etat par une compagnie minière, l’électricité fait cruellement défaut dans la plupart des localités. Dans ses traits de gros village, Saraya manque également d’eau. Les abris provisoires y foisonnent et rien n’indique que des solutions vont être apportées à tous ces problèmes, du moins dans le court terme.
 
Habitant de la localité, l’enseignant Babacar Samb ne cache pas son dépit. « Il est vain de revenir sur toutes les promesses faites par les autorités aux populations ou sur les requêtes restées sans réponses dans des domaines aussi variés que l’eau, la santé, l’électricité, l’habitat, les routes », dit-il avec une certaine résignation. Entre frustrations et déceptions, le plus banal incident peut entraîner de graves tensions. Les récents évènements survenus en février dernier à Khassonto qui ont fait tâche d’huile jusqu’à Saraya et que la gendarmerie locale a tenté de gérer avec diplomatie peuvent en attester.
 
Même si le mobile varie, les troubles de Saraya sont semblables à ceux survenus à Kédougou le 23 décembre 2008. Pour rappel, c’est à la suite d’une manifestation d'étudiants originaires de la région pour réclamer une meilleure distribution des ressources aurifères que les violences avaient éclaté et dégénéré avec la mort de Mamadou Sina Sidibé.
 
Autre terroir même décor
Dans le département de Kidira, par exemple sur l’axe qui part de cette ville frontalière avec le Mali jusqu’à Kéniaba, plusieurs localités vivent un calvaire digne des habitants de la préhistoire. Sans eau avec des forages inexistants ou tombés en panne, les populations entourent Takhoutala n’ont plus que le fleuve pour s’approvisionner en eau ou pour se baigner.
 
« Nous nous abreuvons à la même source que nos animaux domestiques et les bêtes sauvages », confie Boubacar Konaté, un résidant. « Lors du dernier voyage du Président Macky  Sall en France, un mémorandum des ressortissants de l’association des émigrés de notre localité lui avait été remis en mains propres, mais il n’y a pas encore eu de suite », ajoute-t-il. En attendant que le bureau de l’association obtienne une audience hypothétique avec le ministre en charge du Plan Sénégal Emergent, le préfet de Kidira a été saisi des complaintes populaires.
 
Si le calvaire de ces villageois persiste, c’est en partie parce que leur terroir n’a jamais été raccordé au réseau d'alimentation en eau potable de Kidira. Le seul forage de la localité qui était fonctionnel est tombé en panne depuis plusieurs années. «L’autorité a été informée de la situation, mais elle n’a pas réagi, nous obligeant à boire l’eau du fleuve avec toutes les maladies que cela cause », poursuit Konaté.
 
Plus grave encore, lorsque le fleuve tarit à une certaine période de l’année, pour boire, les habitants de cette partie du Sénégal dans la région naturelle du Guidimakha, se tournent vers les marécages. Ils creusent pour trouver de l’eau.
 
Zone difficile d’accès, il n’y aucune route praticable qui mène aux localités concernées. Cet enclavement empire pendant l’hivernage, période où les populations sont souvent emprisonnées par les eaux pendant plusieurs jours sans aucune possibilité de déplacement d’une localité à une autre.
 
Eau de fleuve comme breuvage
«On nous a promis à chaque fois de raccorder notre terroir au système de transfert d'eau, promis des digues et des ponts, mais rien n'est fait pour le moment», dénonce Konaté. En effet, preuve que l’enclavement est réel dans cette zone, son sol est en proie à d'importants glissements de terrains dus à l'absence d'ouvrages d'évacuation des eaux pluviales.
 
«Nous n’avons pas cessé de demander la construction du tronçon qui nous relie à la route nationale, mais les autorités ne semblent pas être dans les dispositions pour régler le problème», clame avec amertume Konaté, porte-parole des populations. À Takhoutala, Sembédou, Hamdallaye, Guita, Gourel Bocar Samba jusqu’à Kéniaba, les villageois reprochent à l'État de  trainer les pieds  pour la satisfaction de leurs  besoins vitaux. «La vie dans nos villages est devenue un calvaire.
 
La politique adoptée par les pouvoirs publics a poussé de nombreux citoyens à l'exode. Tout le monde veut aller en ville. Des habitants sont prêts à abandonner leurs maisons pour habiter un bidonville tout près d'un centre urbain », fait savoir Boubacar Sidibé, porte-parole des chefs des villages.
 
Nos interlocuteurs disent être confrontés aux mêmes problèmes avec l’électricité et le réseau mobile qui sont des luxes attendus dans la contrée. Avec les maladies qui sont occasionnées par la consommation d’une eau de mauvaise qualité, la santé est devenue un vrai casse tête chez eux.  M. Diatta, volontaire de la santé pour aider les populations, déplore un taux de mortalité élevé qu’il impute aux conditions d’existence qui prévalent dans la zone.
 
En tant qu’infirmier chef du poste qui couvre plusieurs villages, Diatta déclare noter dans ses consultations beaucoup de cas de diarrhée et de vomissement dont certains se soldent par la mort. Travaillant la nuit à l’aide d’une lampe torche, il déplore lui aussi l’état des routes qui rend difficiles les évacuations.
 
« Si on évacue pendant la saison sèche à bord de charrettes, durant l’hivernage, c’est par le fleuve que nous évacuions les malades vers Kidira sur un trajet de 38 km que nous parcourons pendant 7 heures avec la pirogue», indique-t-il. Non sans  révéler que ses patients retenus au poste couchent sur des lits de fortune. (Ndiogou CISSE)

 
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